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Coubertin, jugé d'avance par ceux qu'il entend interpeller, reçoit des encouragements clairsemés. On le devine inquiet, tourmenté de doutes. Rien à voir avec les certitudes de Moïse au retour du Sinaï.
Coubertin parle : molle attention de l'auditoire mondain… quelques sportifs se content à mi-voix leurs épopées. L'envoyé du ministère de l'Instruction publique prend des notes en vue de l'établissement des leçons de culture physique dans les écoles, un des thèmes majeurs de son « entretien »… tel que l'orateur qualifie modestement son discours.
La nuit tombe. Coubertin en a presque fini. De courtois applaudissements saluent la conclusion de son texte : le rétablissement des Jeux Olympiques.
Tout est accompli ! Une causerie comme tant d'autres sur l'enseignement de Socrate, les refus d'Érasme, le mouvement perpétuel, sinon la quadrature du cercle…
Mais que voulait-il donc avec ce sport ? Rien ? Rien de nouveau n'a été senti !
L'intervention de Coubertin, pour beaucoup, n'était que la distraction d'une heure. Nous savons aujourd'hui que cette conférence du 25 novembre 1892 a ouvert la voie à un nouvel espoir d'aller vers un monde où les rapports sociaux seraient plus simples.
J'ai cherché un texte aussi important qui engage l'avenir, un texte qui aurait pris sa force dans le souffle des nations. J'ai trouvé mille désirs plus utopiques les uns que les autres. Rencontré mille efforts limités dans le temps, mais pas grand-chose dont les conséquences aient surpassé les espérances de leur initiateur, sinon ses craintes.
Le texte de la Sorbonne ne vise aucunement à réformer le monde. Prenant ses sources dans l'Antiquité et sa connaissance de l'âme, il incite à penser au bonheur de la réconciliation de l'homme avec son corps, l'esprit et la matière, opposés souvent par ignorance. L'être, corps et âme, se retrouve gagnant lorsque la compétition devient une nouvelle conquête de la situation et de l'instant, autant que de soi-même. L'athlète, le champion, sait vivre une histoire d'amour raisonnée entre sa chair et son esprit.
Coubertin, nourri de son époque, de son milieu, de son éducation faite d'humanité, a compris qu'à la culture de la tête, il faut ajouter celle du corps. Mû par l'enthousiasme, au sens grec du terme – theos : dieu ; enthousiasmos : transport divin -, il ouvre une voie nouvelle pour y parvenir : le rétablissement des Jeux Olympiques, sublime inspiration ou l'homme d'exception rencontre son destin.
Pas plus que l'auditoire, il ne peut appréhender l'immense portée de sa proposition, mais il pressent cette fraternisation des sportifs unis en un affrontement chevaleresque qui le pousse à inciter à développer la pratique du sport à l'école.
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