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Ce précieux manuscrit est le texte de la conférence tenue par Pierre de Coubertin le 25 novembre 1892 à la Sorbonne à Paris. Celui-ci entend y faire le bilan de cinq années d'activités d'une société sportive née en 1887 et dont il a la charge depuis1890, et exposer ses projets pour l'avenir. Dans ce rapport moral Pierre de Coubertin fait preuve d'un étonnant alphabet chorégraphique. Il passe d'un pied sur l'autre avec une puissance sans égale et une sensibilité remarquable aux problèmes de la paix. Son analyse le place très vite sur le plan de la politique et du rapport qui existe entre le corps et l'esprit, entre le trouble et la paix.
Ce texte extraordinaire qui exige une analyse acérée et une lecture entre les lignes, dévoile la vision prophétique que Coubertin a de l'avenir dont il nous est aisé, un siècle plus tard, de mesurer l'exactitude.
C'était un double cadeau du ciel que de fournir un socle aussi solide à ma démarche et un honneur de l'ajouter à l'histoire de l'humanité. Lumière violente que ces lignes projettent sur Coubertin, sur son génie – n'ayons pas peur de la puissance du terme – et sur l'habileté du moment pour réclamer le rétablissement des Jeux Olympiques.
Si on parle aujourd'hui d'un monde, et si on ose parler d'un rêve, le discours de la Sorbonne est, en effet, d'avantage qu'un vibrant appel à l'entente : le rêve d'un français visionnaire, fruit d'une civilisation occidentale millénaire mûrie de réflexion, de résolution et de lucidité qui a permis de faire naître, Platon, Aristote, Spinoza, Diderot et Voltaire.
Ce rêve de paix, n'est pas seulement une utopie mais le désir de voir cet immense brasier dont il est l'étincelle, illuminer le cœur des hommes et répandre sur eux la chaleur de la fraternité. S'il est long le chemin qui mène à la lumière, s'il est parfois entrecoupé d'éclipses, l'obscurité abyssale de la nuit est toujours vaincue par quelques braises qui font rejaillir le feu.
Rien dans la proclamation d'une idée qui va changer le monde n'annonce ce bouleversement. Rien, à cet instant, n'oblige les peuples à l'entendre ni à deviner sa puissance.
Depuis Waterloo jusqu'au Derby d'Epsom, le sport était anglais. La boxe s'apprenait à Liverpool, les chevaux se débourraient à Greenwich, mais à Paris, à cette époque… on palabrait.
Et si le génie, à travers les vérités toujours reprises d'un passé d'incertitude, n'était que de saisir, par hasard, quelques virtualités de l'avenir ? On qualifie souvent de génie des célébrités factices, confondant avec trop de légèreté un acte ordinaire avec une prouesse à dimension universelle, alors que l'acte de génie réel est un moment rare et exceptionnel, et n'est cautionné que par l'Histoire.
Génie total ? Non, les hommes sont pétris d'échecs et de réussites, ombres et lumières. Pourtant naissent des idées dont l'auteur ne mesure pas aussitôt les conséquences. Ce fut le cas au soir du 25 novembre 1892 lorsque le Baron de Coubertin entra dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.
Vingt-neuf ans. Jeune homme à la mode, fleuri d'une moustache héroïque. Un peu décrié, un peu déconcertant, voire un peu moqué. On comprendrait qu'il s'occupât de pur-sang ou d'expéditions exotiques. Lorsqu'il monte à la tribune, on s'étonne de sa redingote sombre, austère. On le verrait mieux en caleçon moulant, maillot rayé de cycliste, mollet avantageux et taille cambrée. L'image dépasse le cocasse. Discourir de sport, pourquoi donc ? N'a-t-on pas d'autres sujets plus importants à traiter ? Le XIXe siècle pérore, tergiverse, se pique et critique.
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