Relations extérieures

NOUVEAU REGARD SUR LE NINGXIA

LISA CARDUCCI (Canada)

C’était la sixième fois que je mettais les pieds dans la région autonome hui du Ningxia. Pourtant, il y a bien des étrangers qui vivent en Chine, et des Chinois même, qui ne peuvent situer l’endroit sans recourir à une carte géographique. En 1995, j’ai visité pour la première fois ce coin de pays enchâssé entre le Gansu et la Mongolie intérieure. En 1996, j’y suis allée me marier. Eh oui, mon mari est originaire de cette région. Je vais vous confier un secret: quand, un jour, pour notre retraite, il a parlé d’acheter une maison au Ningxia, plutôt qu’à Beijing, mon cœur a fait un bond et je me suis dit: « Plutôt mourir, ou même quitter la Chine que j’adore! » Car, au premier regard, le Ningxia ne m’avait pas plu du tout. Sauvage, désolé, désertique, je le trouvais sans vie et je ne me voyais pas vivre dans un endroit si éloigné de ce que j’appelais la vraie vie. En effet, le Ningxia est entouré de quatre déserts; c’est difficile à battre!

S’il est vrai que le Ningxia a longtemps été négligé au point de vue touristique, il est vrai que depuis quelques années il connaît un réveil de géant. Après une campagne publicitaire à son sujet, surtout depuis 1998, 40e anniversaire de sa fondation en tant que région autonome, le Ningxia est tout à coup devenu un point de mire. À preuve, lors du long congé du 1er mai cette année, il a reçu 900 000 visiteurs! Ses ressources sont multiples et leur exploitation ne s’arrêtera plus désormais. Si je mentionne les ressources, c’est que je crois peu réaliste de songer à exploiter le tourisme uniquement, sans développer les infrastructures. Le secteur des services s’appuie sur les industries primaires et secondaires. « En fait, nous a dit le directeur du département de la publicité de Yinchuan, ce n’est que depuis 1997 que le Ningxia s’occupe vraiment de développer le tourisme; il se pourrait, ajoutait-il, que d’ici peu le tourisme devienne l’industrie de base du Ningxia. »

D’une superficie de 66 400 km², le Ningxia est une région de montagnes (59 %), de déserts et de plaines. Son système écologique est pauvre, et ce qui frappe au premier coup d’œil est l’absence d’arbres.

En 1949, la région comptait au total 60 000 ha de forêts dont à peine un peu plus de 1 % de forêts artificielles. La couverture verte était de 1,3 %. En 1977 et en 1999 respectivement, on était passé à 68 700 ha puis à 366 700. On voit par là que même si, dès la fondation de la République populaire de Chine, on s’est toujours efforcé de planter des arbres, les progrès marquants se sont accomplis au cours des deux dernières décennies où la protection et le développement des forêts sont devenus des objectifs majeurs. Verdir les déserts, reverdir les collines où les chèvres ont, de leurs sabots abusifs, arraché jusqu’aux racines, voilà à quoi le Ningxia voue ses énergies actuellement.

Le Ningxia a, grosso modo, la forme d’une croix, une fois et demie plus haute que large. Le nord est constitué de plaines et est irrigué par le fleuve Jaune qui coule du centre au nord sur 400 km, tandis que le sud est montagneux. Pourtant, le sommet le plus élevé (3 556 m) se trouve au nord; c’est le mont Helan d’où l’on extrait une pierre noire tachée de vert, unique au pays. Aussi les objectifs écologiques diffèrent-ils du sud au nord. Au sud, on vise surtout à préserver le sol et l’eau par la reforestation; au centre, à prévenir l’avance du sable et à améliorer les conditions écologiques des terrains sableux; au nord, à ériger des ceintures vertes pour protéger la terre arable et à améliorer tant la vie des travailleurs agricoles que la qualité des produits de la terre. À cette fin, 60 millions d’arbres ont-ils été plantés, et la couverture forestière atteint maintenant 9,1 %.

Les quatre saisons sont très distinctes au Ningxia: printemps et automne courts, hiver long et froid, été rarement aussi chaud que cette année où le Ningxia n’a pas pu échapper aux folies du mercure dans le nord de la Chine. On pourrait dire qu’en général le climat est froid et humide au sud, sec et chaud au nord. La température moyenne annuelle se situe entre 5 et 10 degrés centigrades. Il faisait 27 degrés dans la capitale, Yinchuan, le 2 septembre, mais quand nous sommes parvenus au sommet du mont Xumi, le même jour, à une hauteur de 1 700 m, n’eût été des vêtements chauds qu’on avait eu l’amabilité de nous prêter, nous serions revenus surgelés! En fait, l’écart entre le jour et la nuit est fort marqué. Les précipitations tombent surtout de juillet à septembre, et elles varient de 200 à 800 mm selon les endroits. Mais le Ningxia est imprévisible, nous disait le directeur d’une ferme forestière; si une année la pluie suffit au nord, c’est la sécheresse dans le sud, et vice versa. Le Ningxia est une des régions les plus ensoleillées du pays, avec ses 3 000 heures de soleil par année.

C’était donc avec beaucoup d’enthousiasme que nous, quatre étrangers originaires d’Indonésie, d’Égypte, d’Angleterre et du Canada, tous au service du « Wai Wen Ju », étions partis de Beijing le matin du 30 août. Car nous savions que nous allions découvrir des paysages magnifiques, des gens simples, ouverts et francs, et des mets dont l’abondance et la variété n’ont cessé de nous étonner et de nous satisfaire pendant tout notre séjour. De plus, il est à noter que le Ningxia, peu industrialisé à l’exception de la capitale, est aussi peu pollué; donc la viande d’agneau, de mouton ou de bœuf, le poulet et le poisson, les fruits et légumes, sont purs et savoureux. On a l’habitude de dire au Ningxia, en particulier dans la préfecture de Guyuan, que la viande est tendre parce que les animaux « s’abreuvent d’eau minérale, se nourrissent d’herbe non polluée et dorment sur un matelas de sable ». Si la viande de mouton du Ningxia est de beaucoup supérieure à celle qu’on trouve à Beijing, l’agneau de 40 ou 50 jours qu’on peut déguster à Guyuan dépasse tout ce que j’ai pu goûter au monde, tout amateur d’agneau que je suis.

Le Ningxia est un des douze fournisseurs de grain de Chine. Ses viandes, préparées selon les règles musulmanes, ses volailles et leurs œufs sont exportés, en particulier dans les pays et régions islamiques. Le charbon est la plus importante ressource de la région. En cette ère où l’on est de plus en plus conscients de l’environnement et désireux de le protéger, comment développer l’industrie charbonnière et en même temps combattre la pollution qu’elle cause? Le nouveau gouverneur adjoint de la région autonome hui du Ningxia, Chen Jing Yu, a répondu à cette question: « Nous visons à transformer immédiatement le charbon extrait en énergie électrique, donc propre. » Le réseau industriel du Ningxia comprend surtout la métallurgie, la machinerie, la pétrochimie, le textile, les matériaux de construction, la pulpe et le papier, l’industrie alimentaire particulièrement à caractère islamique. L’industrie vinicole se développe en qualité et en variété; la terre du Ningxia a été reconnue par les spécialistes de pays grands producteurs de vin comme la France et l’Italie en tant que la meilleure de Chine où cultiver la vigne. D’autre part, les transports et télécommunications, les sciences et technologies, la santé publique et l’éducation sont en train de s’épanouir, et l’on a toutes les raisons de croire que le Ningxia est en voie de rattraper son retard sur le reste du pays.

Déçus du Ningxia? Que non! Nous sommes revenus fatigués d’avoir essayé de tout voir en une semaine, mais enrichis de nouvelles connaissances et convaincus que la région autonome hui du Ningxia a tout ce qu’il faut, ressources naturelles et humaines, pour devenir bientôt une région qui n’aura plus rien à envier au reste du pays. Je me suis donc défaite de mes impressions négatives: si je devais aller vivre au Ningxia, je dirais maintenant: « Et pourquoi pas! »

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