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La nouvelle stratégie diplomatique d'Emmanuel Macron

French.china.org.cn | Mis à jour le 18. 07. 2017 | Mots clés : Emmanuel Macron

Plus de deux mois ont passé depuis l'installation du nouveau président Emmanuel Macron à l'Elysée le 14 mai. Les résultats des réformes intérieures restent à voir, mais sur la scène internationale, le nouveau président est très actif et souvent en première page des médias. Grâce à sa participation dynamique dans les affaires étrangères, Emmanuel Macron donne déjà des signes d'une nouvelle stratégie diplomatique.

Depuis sa prise de fonctions, il multiplie les activités diplomatiques. Le lendemain de son investiture, il s'est rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Il a rencontré le président américain Donald Trump une première fois à Bruxelles. Il a assisté successivement aux sommets de l'OTAN, du G7 et du G20 à Hambourg. Il a ensuite reçu le président russe Vladimir Poutine à Versailles, puis Donald Trump à l'occasion de la fête nationale à Paris. Il a pris part au conseil des ministres coprésidé par la France et l'Allemagne, avant d'effectuer un voyage au Mali en honneur des soldats français du maintien de la paix, puis d'assister au sommet du Sahel, à l'occasion duquel il a réalisé une visite au Maroc. A travers cette série d'actions diplomatiques, trois grandes caractéristiques de la stratégie d'Emmanuel Macron se distinguent.

Une promotion de la construction européenne en symbiose avec Angela Merkel

Durant le mandat du prédécesseur d'Emmanuel Macron, François Hollande, le lien franco-allemand s'est relâché, et l'axe a eu plus de mal à jouer son rôle de promotion de la construction européenne. Cette situation a été défavorable à la France, et l'Allemagne a eu du mal à obtenir des résultats sans le soutien de son partenaire ; l'intégration européenne s'est retrouvée au point mort.

L'élection d'un pro-européen comme Macron a été immédiatement suivie d'une rencontre avec la chancelière allemande pour discuter d'un plan de « relance pour l'Europe ». Emmanuel Macron a également rencontré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Bruxelles et lui a fait part de son souhait de relancer le projet européen. Ceci est un objectif prioritaire de son mandat présidentiel : en cinq ans, il veut que l'Europe devienne « plus puissante, mieux comprise et plus efficace ».

Le redémarrage de l'axe franco-allemand est une priorité pour en faire le moteur de la construction européenne. Le 13 juillet, Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont vus à l'Elysée pour coprésider le conseil des ministres franco-allemand. Ce mécanisme permanent entre les deux gouvernements est une réunion des ministres des deux pays qui vise à trouver des réponses communes aux grands enjeux. La décision de Macron de convoquer ce conseil si peu de temps après son élection montre la grande importance qu'il attache au renforcement de la coopération globale de la France avec l'Allemagne.

Sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne, le Conseil européen du 22 juin est parvenu à un accord sur des projets de défense commune, avec la création par la Commission européenne d'un fonds dédié qui va progressivement injecter d'énormes sommes d'argent en vue de la mise en œuvre de ce plan. Le plan prévoit la mise en place de projets capacitaires décidés d'un commun accord et de l'établissement d'un siège opérationnel pour la planification européenne indépendante, la coordination et le commandement d'opérations militaires. Dans le contexte du Brexit et de l'éloignement américain de l'Europe sous l'administration Trump, l'UE a reconnu la nécessité d'établir de manière urgente un système d'autodéfense, et le redémarrage de l'axe franco-allemand est crucial pour que ce programme soit couronné de succès.

Cette avancée montre que la coordination tacite d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel en termes d'intégration européenne est essentielle, et certains médias ont relevé leur proximité en fusionnant leurs deux noms en « Merkron ». Il est indéniable que la France est en train de reprendre sa position centrale au sein de l'Union européenne.

Etats-Unis : du bras de fer au dîner sur la tour Eiffel

Après l'élection de Donald Trump à la présidence, les relations entre l'Europe et les Etats-Unis se sont refroidies. La première rencontre entre ce dernier et Emmanuel Macron a donné lieu à un « bras de fer » lors de leur poignée de main. Le président français a ensuite déclaré aux médias que cela n'était pas accidentel, qu'il l'avait fait pour se faire respecter. Les faits ont prouvé qu'il avait eu raison. Donald Trump a annoncé le 1er juin, quelques jours après le sommet du G7, sa décision de retirer les Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat, malgré l'opposition unanime des six autres chefs d'Etat présents au sommet. Après l'annonce, Emmanuel Macron a fait un discours télévisé en anglais pour condamner cette décision. Il a fait référence au slogan de campagne de Donald Trump, « rendre sa grandeur à l'Amérique », pour souligner la nécessité de « rendre sa grandeur au monde ». Avec cette offensive diplomatique sur le climat, Donald Trump s'est retrouvé isolé sur la scène internationale.

Malgré son attitude ferme, Macron a souligné sa souplesse en insistant pour que le dialogue ne soit jamais rompu. Son initiative d'inviter Donald Trump à assister le 14 juillet à Paris à la commémoration du 100e anniversaire de l'entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale a été chaleureusement acceptée. La France est ainsi devenue le premier pays d'Europe occidentale ayant fait l'objet d'une visite officielle de Donald Trump depuis sa prise de pouvoir. Les festivités, qui incluaient un dîner au restaurant Jules Verne, au deuxième étage de la tour Eiffel, ont immédiatement réchauffé les relations franco-américaines. Les médias ont estimé que ce « dîner sur la tour » avait ouvert un nouveau chapitre dans les relations bilatérales.

Ceci s'explique par le fait que les deux pays ont besoin l'un de l'autre. En retirant son pays de l'Accord de Paris, Trump a plongé dans un isolement extrême et a dû rechercher un partenaire en Europe pour maintenir les relations UE-Etats-Unis sous contrôle. Le Royaume-Uni perd de son influence en Europe, et les relations germano-américaines sont tendues. La France était donc, parmi les trois grands pays d'Europe occidentale, le meilleur choix. Ainsi, le rôle de la France dans les relations américano-européennes se trouve renforcé.

Un réchauffement avec les Etats-Unis est stratégiquement nécessaire à la France, qui est depuis 2015 la principale cible des attaques terroristes internationales. La lutte internationale contre le terrorisme est un moyen fondamental d'assurer la sécurité intérieure de la France, et le pays a immédiatement rejoint la première coalition dirigée par les Etats-Unis contre l'organisation de l'Etat islamique. La lutte antiterroriste est également importante dans la région du Sahel en Afrique, ayant un impact direct sur la sécurité nationale française et sur les intérêts stratégiques du pays dans la région. Peu après sa prise de fonction, Emmanuel Macron a effectué deux voyages au Mali, pour rendre hommage aux soldats français stationnés sur place, et pour participer au sommet du Sahel à cinq pays. Toutefois, pour pallier un manque de fonds et de force militaire, la France souhaite renforcer sa coopération avec les Etats-Unis dans la lutte internationale contre le terrorisme, notamment en Afrique.

Russie : un rendez-vous à Versailles pour enterrer la hache de guerre

Pour assurer la sécurité européenne, la Russie ne peut être négligée. Mais après la crise d'Ukraine, les relations franco-russes sont devenues très tendues, en particulier lorsque les sanctions occidentales ont contraint le gouvernement français à annuler le contrat devant fournir deux navires de guerre Mistral à Moscou.

Peu de temps après sa prise de fonction, Emmanuel Macron a invité Vladimir Poutine à inaugurer à Versailles l'exposition « Pierre le Grand », qui y a effectué un séjour il y a 300 ans. Le président russe a accepté l'invitation avec enthousiasme. Les deux dirigeants se sont rencontrés le 29 mai à Versailles, et les deux pays ont ainsi pu enterrer la hache de guerre et franchir une étape importante dans leurs relations bilatérales.

Pour Vladimir Poutine qui souhaitait mettre fin aux sanctions occidentales, la main tendue de la France a permis de sortir de l'isolement diplomatique. Voilà pourquoi il a accepté avec joie cette invitation.

Le renouement des relations avec la Russie a des considérations stratégiques plus profondes pour Emmanuel Macron. Il faut selon la France éviter que ce pays voisin de l'UE ne devienne une menace pour la sécurité européenne, il faut même faire en sorte qu'il soit intégré aux efforts visant à maintenir la sécurité en Europe. Les Etats-Unis, qui sont vus par la Russie comme un pays adversaire et ennemi, avaient imposé à l'Europe de faire peser des sanctions malgré des divergences d'opinions. Bien que Donald Trump et Vladimir Poutine se soient rencontrés, il n'y a pour l'instant aucun changement important à signaler dans les relations russo-américaines. Dans ce contexte, il est logique que Macron ait saisi l'occasion de relancer les relations bilatérales.

 

Traduction en français d'un article rédigé par Shen Xiaoquan, maître de recherches au Centre de recherche sur les problématiques mondiales de l'agence de presse Xinhua.

 

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Source: french.china.org.cn

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