Les entreprises chinoises en Afrique : réalités et opportunités
Implication politique
L'Afrique a vu une très forte hausse des investissements directs chinois, malgré la baisse globale des investissements directs étrangers depuis 2009. L'accroissement rapide des capitaux chinois en Afrique est représentatif du potentiel de développement du continent et de son attrait pour les investissements, mais cela montre aussi que le bénéfice mutuel est ce qui caractérise la nature de la coopération sino-africaine. Cette tendance devrait continuer à se renforcer dans le futur proche et mériterait clairement qu'on lui prête plus d'attention.
En analysant l'impact de cette tendance, il faut garder à l'esprit que la Chine est toujours un pays en développement et que son secteur privé est un acteur relativement nouveau dans le domaine des investissements directs à l'étranger (IDE). Néanmoins, les résultats de l'enquête fournissent de solides preuves que les entreprises chinoises en Afrique ont eu un impact positif dans de nombreux domaines sur le continent, particulièrement en ce qui concerne la création d'emplois et la formation de travailleurs locaux, la diversification des industries locales et le développement de l'esprit entrepreneurial. Il n'y a pas d'indication d'importation massive de travailleurs chinois dans les pays africains.
Comme tous les projets d'IDE, les entreprises privées chinoises en Afrique n'ont pas seulement rencontré de nouvelles opportunités, mais aussi des difficultés particulières. La manière dont les gouvernements hôtes répondront à ces difficultés déterminera l'impact net des investissements étrangers dans leurs économies. Il y a d'importantes implications politiques pour les gouvernements africains et pour le gouvernement chinois, ainsi que pour les entreprises chinoises concernées.
La plupart des entreprises privées chinoises en Afrique sont des « entreprises de main d'œuvre », utilisant des technologies de niveau relativement faible. Ces types d'entreprises peuvent créer plus d'emplois et ont un effet « d'apprentissage sur le tas ». Les technologies de faible niveau sont plus faciles à assimiler et à adopter pour les pays hôtes moins développés. L'impact positif de ce genre d'investissements peut être représenté par la « théorie du vol d'oies sauvages ». Dans les années 1980 et 1990, l'arrivée d'investisseurs sûrs d'eux et prêts à prendre des risques sous la forme de petites et moyennes entreprises de Hong Kong, Taiwan ou d'autres « tigres asiatiques » a énormément bénéficié au développement économique de la partie continentale de la Chine.
Ce scénario se répète aujourd'hui en Afrique. Les gouvernements africains doivent faire des efforts ciblés pour réformer leurs systèmes économiques, améliorer progressivement leurs politiques concernant les investissements, leurs cadres législatifs, leurs infrastructures, la stabilité sociale et la sécurité. Il faut aussi créer des zones économiques spéciales ou des parcs industriels à l'image de ce que la Chine a fait dans les années 1980 et 1990 pour ouvrir la voie à l'intégration des investisseurs étrangers dans le processus d'industrialisation domestique.
Parmi les facteurs attirant les investisseurs chinois, il faut souligner le rôle du bouche-à-oreille pour les entreprises privées chinoises dont les patrons sont souvent originaires de la même ville, voir du même clan familial. C'est pourquoi il est très important pour les gouvernements africains de prêter attention à ceux qui se sont déjà installés sur place, en leur procurant le maximum de satisfaction par le biais de procédures simplifiées, d'un traitement uniforme et constant, de procédures transparentes et de services (comme fournir aux entreprises chinoises des formations aux langues et cultures locales).
En Chine, le gouvernement devrait plus soutenir les petites et moyennes entreprises qui s'installent en Afrique. En comparaison des grandes entreprises publiques, les investisseurs privés sont plus dynamiques et ont des activités plus diversifiées. Le gouvernement chinois a encore beaucoup à faire dans plusieurs domaines. Il pourrait fournir plus d'aides financières et d'informations, améliorer les mécanismes de dialogues entre la Chine et l'Afrique, améliorer les lois et règles concernant la RSE, rendre les procédures administratives plus simples et efficaces, et renforcer la coopération avec les pays étrangers et les organisations internationales.
Les investisseurs chinois ont eux aussi beaucoup de travail à accomplir pour que leurs entreprises survivent et se développent en Afrique. Ils doivent faire preuve de vigilence avant d'investir, faire une analyse sociale, culturelle et légale de l'environnement local, et se conformer aux règles et aux lois en vigueur localement. Il est aussi important de bâtir une chaîne industrielle complète, de promouvoir les transferts de technologie, et de prendre plus d'initiatives pour toucher les communautés locales, les médias, les ONG, les organisations internationales, etc…
Les investissements chinois en Afrique créent une situation de bénéfice mutuel dont la réalisation exige de nouvelles contributions constructives de la part du gouvernement chinois et des gouvernements africains, ainsi que des entreprises chinoises opérant en Afrique.
LIU QINGHAI, doctorat en économie et chercheure assistante à l'Institut des études africaines à l'université normale du Zhejiang. Son étude fait partie du Programme de recherche des investissements et de la coopération du Zhejiang avec l'Afrique parrainé par le gouvernement de la province du Zhejiang.
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