![]() |
|
[A A] |
L'approche conflictuelle de l'UE sur le commerce avec la Chine est « contre-productive » (experts chinois)
Les nouveaux outils commerciaux de Bruxelles risquent d'éroder un consensus durement acquis; le dialogue et la coopération sont la voie à suivre
Moins d'une semaine après la conclusion d'un consensus en 16 points entre la Chine et l'Union européenne (UE) sur des sujets tels que le commerce, l'investissement et le contrôle des exportations, les dirigeants européens auraient demandé à Bruxelles jeudi de développer « d'urgence » de nouveaux outils pour contrer les déséquilibres économiques liés à la Chine. Des experts chinois ont qualifié cette initiative de « posture contre-productive et conflictuelle susceptible de compromettre l'esprit du consensus récemment établi ».
« L'approche conflictuelle de l'UE ne fera qu'éroder la confiance mutuelle sino-européenne au lieu de résoudre ses propres problèmes structurels », ont souligné des analystes chinois, exhortant l'UE à préserver les résultats des consultations obtenus de haute lutte afin de favoriser un climat de coopération propice au développement stable des relations commerciales sino-européennes.
Les dirigeants européens se sont réunis jeudi à Bruxelles pour un sommet de deux jours. Selon Euronews, les prix de l'énergie, les échanges commerciaux avec la Chine et le budget du bloc devaient dominer la séance de jeudi.
Les conclusions préliminaires du sommet indiquent que les dirigeants demanderont à la Commission européenne de poursuivre le dialogue avec Beijing, tout en exploitant pleinement les mesures de défense commerciale de l'UE et en ajoutant de nouveaux instruments commerciaux pour renforcer la protection du bloc, a rapporté Reuters.
Bien avant les consultations Chine-UE à Beijing, l'UE avait déjà accentué la pression sur la Chine, notamment avec les efforts de l'Allemagne et de la France visant à obtenir un mécanisme de réponse commerciale rapide qui serait probablement axé sur la Chine. Même après la conclusion des consultations, certains responsables et diplomates à Bruxelles auraient clairement indiqué que cela ne suffisait pas et que l'UE entendait maintenir la pression sur la Chine afin qu'elle modère ses exportations dans d'autres secteurs.
Le consensus en 16 points entre la Chine et l'UE est le fruit de plusieurs cycles de consultations et non d'un accord improvisé. « C'est une bonne nouvelle pour les marchés, les entreprises et les parties prenantes des deux côtés », a affirmé jeudi Zhou Mi, chercheur à l'Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique.
« Cependant, l’UE sape apparemment ces mêmes principes, ce qui porte un coup dur aux deux parties et soulève des doutes: peut-on faire confiance à l’UE pour honorer ses engagements? », s’est interrogé l’expert.
Selon le South China Morning Post, les dirigeants européens devraient demander à la Commission européenne, chargée de la politique commerciale des 27 États membres et qui mène les négociations avec la Chine, de créer de nouveaux instruments d’ici la fin de l’année.
Deux d’entre eux ont déjà été annoncés: un outil de diversification visant à contraindre les entreprises à élargir leur réseau de fournisseurs, et un « mécanisme de solidarité » destiné à indemniser les entreprises lésées par les représailles chinoises. Cependant, des sources diplomatiques ont indiqué s’attendre à ce que de nombreux dirigeants soutiennent une proposition franco-allemande prévoyant une clause d’exclusion immédiate du marché européen en cas de recours à des mesures coercitives, selon le même article.
Des experts chinois ont mis en doute la faisabilité et l’efficacité de ces possibles outils européens, soulignant que le recours à des mesures commerciales en réponse aux « déséquilibres causés par les politiques chinoises » revenait à externaliser les problèmes de compétitivité interne et à utiliser une approche de « maladie interne traitée avec des remèdes externes » pour éviter d’aborder de véritables réformes.
Par exemple, le soi-disant « outil de diversification » exige des entreprises de l'UE qu'elles diversifient leurs sources d'approvisionnement essentielles. « Cela revient à substituer des obligations réglementaires au jugement commercial. Les entreprises connaissent mieux que quiconque les coûts et les risques de leurs chaînes d'approvisionnement; les contraindre à diversifier leurs achats ne fera qu'augmenter les coûts et affaiblir leur compétitivité », a avancé jeudi Jian Junbo, directeur du Centre des relations Chine-Europe à l'Institut d'études internationales de l'Université Fudan, à Shanghai.
La proposition franco-allemande a peu de chances d'être pleinement mise en œuvre et sert davantage de moyen de dissuasion, a soutenu M. Jian. En effet, l'UE ne peut rompre complètement ses liens commerciaux avec la Chine, les deux économies étant indissociables grâce à la coopération. « De plus, la mesure est encore en discussion et des divisions internes pourraient exister au sein de l'UE quant à sa faisabilité », a-t-il ajouté.
Le déclin de la compétitivité de l'Europe s'explique par des facteurs internes, tels que l'insuffisance des technologies de production, la faiblesse des capacités d'innovation et une réglementation excessive, ont déclaré des analystes.
Les prix du gaz naturel dans l'UE sont quatre à cinq fois plus élevés qu'aux États-Unis, et ceux de l'électricité sont plusieurs fois supérieurs à ceux de la Chine et des États-Unis. Parallèlement, la redondance des procédures d'autorisation et de réglementation a considérablement alourdi le fardeau des entreprises. « Lorsque des secteurs à forte consommation d’énergie – tels que la chimie, l’énergie ou la construction mécanique – font face à la hausse des prix de l'électricité et à la complexification des procédures d'autorisation, la délocalisation des chaînes de production est une conséquence inévitable de la logique du marché », a affirmé M. Jian.
Malgré cela, certains responsables de l'UE ont défendu l'approche du bloc, qualifiant d'« efficace » la stratégie à deux volets consistant à dialoguer avec Beijing tout en préparant de nouveaux instruments commerciaux.
Selon le South China Morning Post, plusieurs sources bien informées ont indiqué que l'accord [Chine-UE] démontrait l'efficacité du modèle à « deux voies » qui consiste à dialoguer avec la Chine tout en travaillant en coulisses sur de nouveaux outils de défense commerciale.
« Certains responsables politiques de l’UE ont une perception erronée selon laquelle la Chine et l'UE ne sont parvenues à un consensus que parce que la Chine subissait une pression intense. D'un point de vue macroéconomique, les efforts actifs de la Chine pour répondre aux préoccupations communes avec l'UE sont motivés par des considérations constructives et stratégiques visant à stabiliser les relations commerciales bilatérales, plutôt que d'être simplement le fruit de pressions. Si l'UE continue d'exercer des pressions en se fondant sur cette perception erronée, elle pourrait s'exposer à l'avenir à des contre-mesures de la part de la Chine », a noté M. Jian.
Nécessité d'efforts conjoints
Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, et le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maros Sefcovic, ont tenu la deuxième réunion du mécanisme de consultation Chine-UE sur le commerce et l'investissement les 8 et 9 octobre.
Ils ont convenu de tenir la troisième réunion en mars 2027 et, dans l'intervalle, de maintenir une communication étroite, notamment par le biais d'une réunion en visioconférence au niveau ministériel en janvier.
Parmi les principaux résultats, la Chine et l'UE sont parvenues, à l'issue de consultations intensives, à un accord sur le commerce des véhicules hybrides conforme aux règles de l'OMC.
« L'accord conclu entre la Chine et l'UE concernant les véhicules hybrides est réciproque et mutuellement bénéfique », a souligné jeudi He Yadong, porte-parole du ministère chinois du Commerce, soulignant que ce consensus avait permis de préserver efficacement les intérêts concrets des entreprises chinoises et d'éviter une escalade des tensions commerciales entre la Chine et l'UE.
« La Chine est prête à continuer de faciliter l'examen et l'approbation des licences d'exportation de terres rares vers l'Europe, et espère que la partie européenne agira de même en facilitant le règlement de dossiers individuels clés concernant les licences pour des entités chinoises dans le domaine des biens à double usage », a déclaré M. He. La Chine collaborera avec la partie européenne pour continuer à tirer parti du mécanisme de dialogue sur le contrôle des exportations et promouvoir la croissance du commerce bilatéral de biens à double usage, a-t-il ajouté.
Zhou Mi a souligné que le mécanisme de consultation avait produit des résultats positifs. « Cela a non seulement stabilisé les relations commerciales bilatérales et les perspectives des entreprises, mais a aussi démontré qu'un dialogue d'égal à égal permettait de répondre efficacement aux préoccupations mutuelles dans le domaine du commerce, offrant ainsi un modèle au reste du monde », a noté M. Zhou.
« Si l'UE considère que le dialogue avec la Chine est précieux, elle devrait s'attacher à obtenir davantage de résultats lors de la prochaine réunion de consultation, plutôt que d'accentuer la pression sur la Chine », a avancé M. Jian, ajoutant que l'Europe devrait valoriser les résultats durement acquis de ces consultations, œuvrer dans la même direction que la Chine, et favoriser un climat de coopération stable et sain pour assurer un développement régulier et à long terme des relations commerciales sino-européennes.
| Source:french.china.org.cn | ![]() |
|
![]() |









