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Des enjeux de taille

French.china.org.cn | Mis à jour le 11. 05. 2026 | Mots clés :
Chinafrique | 11. 05. 2026

Placée sous le haut patronage du Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute, la 14e Conférence ministérielle (CM14) de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), s'est tenue à Yaoundé (Cameroun) du 26 au 30 mars. Ce rendez-vous majeur a rassemblé près de 2 000 responsables commerciaux représentant 166 membres, dont plus de 90 ministres, pour examiner le système commercial multilatéral et discuter de la nécessité de réformer l'organisation afin de mieux répondre aux défis actuels du commerce mondial. 

Dans ce cadre, les pays africains ont exprimé plusieurs griefs, en particulier concernant les subventions agricoles. Ils réclament une diminution de celles des pays développés accordées à leurs agriculteurs locaux, qu'ils jugent distorsives pour la concurrence mondiale et préjudiciables au développement africain. Ils ont également plaidé en faveur d'un accès plus équitable aux marchés internationaux pour leurs produits stratégiques (cacao, café, coton, etc.). 

« L'engagement du Cameroun vise à positionner le commerce comme levier de réduction de la pauvreté et à promouvoir un système commercial mondial plus équitable », a indiqué M. Ngute. 

Inverser la tendance 

Dans le cadre de ses travaux universitaires, Louis-Marie Kakdeu, économiste de renom au Cameroun, a développé une analyse de la CM14 de l'OMC lors de son déroulement à Yaoundé. Il se confie à CHINAFRIQUE : « Le Cameroun, comme l'Afrique dans son ensemble, doit cesser d'être un comptoir commercial comme à l'époque de la traite négrière. L'Afrique peut influencer la réforme de l'OMC en adoptant une approche collective et coordonnée. » 

Le chercheur universitaire propose des pistes qui peuvent permettre d'inverser la tendance, notamment en renforçant la coopération régionale. « L'Afrique doit parler d'une seule voix pour peser sur les négociations internationales, en s'appuyant sur des leviers forts. La Zone de libre-échange continentale africaine est un exemple de cette coopération », poursuit-il. « L'Afrique doit également défendre ses intérêts. Pour cela, elle doit identifier clairement ses priorités et intérêts commerciaux, tels que l'accès aux marchés internationaux, la réduction des subventions agricoles et la promotion de l'industrialisation locale. » 

M. Kakdeu souligne par ailleurs quelques avancées notoires : le continent africain a déjà pris des initiatives importantes, telles que l'adoption de la Déclaration de Maputo, visant à renforcer la capacité des pays africains à peser collectivement dans les négociations multilatérales. Selon lui, ceux-ci doivent consolider leurs structures institutionnelles pour mener à bien la négociation et appliquer efficacement des accords commerciaux. La CM14 de l'OMC était l'occasion pour l'Afrique de faire entendre sa voix et de promouvoir ses intérêts commerciaux. 

Divergences et désaccords 

La CM14 de l'OMC s'est finalement achevée sans accord sur plusieurs dossiers majeurs. Les membres n'ont pas réussi à s'entendre sur des questions clés, telles que la réforme de l'organisation, l'agriculture et l'e-commerce, malgré plusieurs jours de discussion. Les divergences persistantes entre pays développés et pays en développement ont empêché l'adoption d'une feuille de route commune, mettant en évidence les tensions au sein de l'OMC. Cette absence de compromis reflète les défis auxquels l'organisation est confrontée dans un contexte de transformation du commerce mondial. 

Dans l'allocution qu'elle a prononcée à la cérémonie d'ouverture, la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l'OMC, a reconnu que cette rencontre se tenait à un moment difficile pour le commerce mondial et le système commercial multilatéral. « Nous ne pouvons nier l'ampleur des problèmes auxquels le monde est confronté aujourd'hui. Il n'est de secret pour personne que le système commercial mondial subit les pires perturbations depuis 80 ans. L'ordre mondial et le système multilatéral, tels que nous les avons connus, ont changé de façon irréversible. » 

Sur les raisons ayant conduit au désaccord des participants, M. Kakdeu explique le contexte dans son analyse : « Les États-Unis voulaient une prolongation permanente du moratoire sur l'e-commerce, tandis que l'Inde et d'autres pays en développement en demandaient une prolongation limitée pour protéger leurs revenus. Sur le plan de l'agriculture, les pays du Sud global ont insisté sur la nécessité de revoir les règles pour favoriser l'accès aux marchés internationaux et réduire les subventions agricoles des pays riches. » 

L'universitaire souligne que les participants étaient divisés sur la manière de réformer l'organisation, notamment concernant le règlement des différends et la prise de décision. « Ces désaccords reflètent les tensions commerciales mondiales et les divergences d'intérêts entre pays développés et pays en développement. La conférence a cependant permis de clarifier les lignes de fracture et de poser les bases pour des négociations futures », précise-t-il. Il suggère une fois de plus quelques voies pour apaiser les tensions, privilégiant toujours le dialogue comme voie de sortie : « Les pays doivent être prêts à négocier et à trouver des compromis sur les sujets sensibles. Il faut comprendre les besoins et les préoccupations de chaque partie pour trouver des solutions gagnant-gagnant. » 

Ainsi, un communiqué ministériel a été adopté, engageant les membres à poursuivre les travaux sur la réforme institutionnelle. Des engagements sectoriels ont été pris, notamment sur la pêche et l'agriculture. Le moratoire sur l'e-commerce a expiré sans être prolongé, faute d'accord.


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Source:Chinafrique