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COMMENTAIRE : La visite de Keir Starmer en Chine témoigne d'une autonomie stratégique dans un monde multipolaire

French.china.org.cn | Mis à jour le 02. 02. 2026 | Mots clés : Keir Starmer,Starmer,autonomie stratégique,monde multipolaire
french.china.org.cn | 02. 02. 2026

La visite du Premier ministre britannique Keir Starmer en Chine, effectuée du 28 au 31 janvier 2026, marque un tournant dans l'évolution de la politique étrangère du Royaume-Uni, à l'heure où le système international connaît de profondes transformations. La délégation de M. Starmer comprenait une soixantaine de hauts dirigeants et de représentants de grandes entreprises et organisations professionnelles britanniques. Alors que le rapport de force mondial s'éloigne de la domination occidentale pour s'orienter vers une configuration multipolaire, les grandes puissances comme les puissances moyennes réévaluent la meilleure façon de préserver leurs intérêts nationaux, tout en gérant l'intensification de la compétition entre grandes puissances. L'engagement de M. Starmer auprès de la Chine ne relève pas d'une simple formalité diplomatique ; il témoigne d'une affirmation délibérée de l'autonomie stratégique du Royaume-Uni, signalant sa volonté de mener une politique étrangère indépendante, pragmatique et axée sur ses intérêts face à un ordre mondial de plus en plus incertain. Dans ce contexte, les blocs rigides cèdent la place à des alliances flexibles, une coopération ciblée et des partenariats diversifiés. L'influence économique, technologique et diplomatique croissante de la Chine en fait un acteur incontournable de la gouvernance, du commerce, de l'action climatique et des questions de sécurité au niveau mondial. La visite de M. Starmer illustre la conviction que le désengagement ou l'isolement ne sont ni réalistes ni bénéfiques dans un monde multipolaire, où l'interdépendance demeure profonde malgré la compétition géopolitique.

Réajustement des relations sino-britanniques

L'autonomie stratégique désigne la capacité d'un État à faire des choix politiques indépendants, fondés sur ses intérêts nationaux plutôt que sur des pressions extérieures. L'ouverture de M. Starmer envers la Chine confirme que le Royaume-Uni reste fermement ancré dans son alliance transatlantique et ses engagements au sein de l'OTAN, mais qu’il aspire toutefois à une marge de manœuvre diplomatique allant au-delà d'une approche purement centrée sur Washington. Cette posture équilibrée s'inscrit dans la tendance croissante des puissances moyennes à diversifier leurs relations et à s'engager simultanément auprès de plusieurs pôles. La visite de M. Starmer marque un réajustement des relations, l'engagement avec la Chine étant présenté comme une démarche diplomatique responsable. Le dialogue permet au Royaume-Uni de communiquer directement ses préoccupations, de gérer les divergences et d'explorer les domaines d'intérêt commun, notamment le commerce, les investissements, le changement climatique et la santé mondiale. En rétablissant les canaux de haut niveau, le Royaume-Uni renforce son rôle d'acteur diplomatique majeur capable de concilier valeurs et intérêts.

La Chine est la troisième plus grande source d’importations du Royaume-Uni et la cinquième pour ses exportations, le volume des échanges bilatéraux de marchandises ayant atteint 103,7 milliards de dollars en 2025. Cette relation est importante pour les deux parties, même si son importance varie légèrement, le Royaume-Uni figurant parmi les 20 principaux partenaires commerciaux de la Chine. Le gouvernement Starmer accorde une grande importance à la croissance économique et considère le renforcement des liens commerciaux comme un moyen d'y parvenir. Par conséquent, les considérations économiques constituent un pilier essentiel de la politique d'engagement de M. Starmer envers la Chine. Face à un contexte de ralentissement économique mondial, de perturbations des chaînes d'approvisionnement et de réajustement post-Brexit, le Royaume-Uni doit impérativement attirer les investissements, développer ses exportations et diversifier ses partenariats économiques. La Chine reste l'un des plus grands marchés mondiaux et un acteur clé de la production et de la finance internationales. Dans ce contexte, l'autonomie stratégique implique de privilégier l'engagement économique tout en renforçant la résilience, plutôt que de s'engager dans un découplage ou une réduction des risques indiscriminée. La visite de M. Starmer témoigne d'une reconnaissance pragmatique du fait que la sécurité économique est mieux assurée par une interdépendance maîtrisée que par l'isolement.

Gouvernance mondiale et responsabilités partagées

Le rôle de la Chine dans la gouvernance mondiale, allant des négociations climatiques au maintien de la paix en passant par le financement du développement, s'est considérablement accru. La visite de M. Starmer souligne l'intérêt du Royaume-Uni à collaborer avec la Chine sur les défis transnationaux qu'aucun pays ne peut relever seul. Le changement climatique, les pandémies, l'allègement de la dette des pays en développement et la réforme des institutions internationales exigent une coopération entre les principaux acteurs. En s'engageant diplomatiquement auprès de la Chine, le Royaume-Uni se positionne comme un acteur constructif privilégiant la recherche de solutions à la confrontation, renforçant ainsi sa crédibilité en tant que défenseur du multilatéralisme dans un monde fragmenté. La visite en Chine de M. Starmer transmet également un message important aux alliés du Royaume-Uni. Elle indique que la loyauté envers les alliances n'exclut pas une diplomatie indépendante. En effet, l'autonomie stratégique peut renforcer les alliances en réduisant la dépendance excessive et en améliorant la flexibilité diplomatique. Alors que les États européens définissent de plus en plus leurs propres approches concernant la Chine, l'engagement britannique reflète une convergence avec une tendance plus large parmi les économies avancées, qui recherchent des politiques nuancées à l'égard de la Chine. Sur le plan intérieur, cette visite projette l'image d'un leadership confiant, pragmatique et engagé sur la scène internationale. Elle rassure les entreprises et les institutions universitaires britanniques quant à l'engagement du gouvernement à maintenir la connectivité internationale.

Cette visite a permis d'obtenir des résultats concrets : les deux pays ont convenu d'un partenariat stratégique global et ambitieux à long terme pour lutter contre le changement climatique, ont repris le dialogue sur la sécurité, et ont signé 12 documents de coopération intergouvernementale. De nouveaux dialogues stratégiques, économiques et financiers, ainsi que des réunions des comités mixtes sur le commerce et l'économie, se tiendront dans l'année. Un Conseil d'affaires Chine-Royaume-Uni a convenu de renforcer la coopération bilatérale en matière de commerce et d'investissement. Les deux parties se sont félicitées de la création du Groupe de travail financier Chine-Royaume-Uni et de sa réunion inaugurale. Elles se sont également félicitées de la nomination de la succursale londonienne de la Bank of China comme deuxième banque de compensation en renminbi (RMB, yuan chinois) au Royaume-Uni, et ont convenu d'organiser conjointement le Forum Chine-Royaume-Uni sur l'assurance. La Chine envisage également d'exempter de visa les visiteurs britanniques et de faire passer les droits de douane sur le whisky importé de 10 % à 5 %.

La visite du Premier ministre Starmer en Chine témoigne d'une affirmation forte de son autonomie stratégique dans un monde multipolaire. Elle reflète le fait qu'une politique étrangère efficace au XXIe siècle exige engagement, flexibilité et réalisme. En privilégiant le dialogue à la distance et le pragmatisme à la polarisation, le Royaume-Uni démontre sa volonté de demeurer un acteur influent, adaptable et indépendant sur la scène internationale. La diplomatie de M. Starmer à l’égard de la Chine met en lumière une vérité plus générale : l’autonomie stratégique ne consiste pas à choisir un camp, mais à façonner l’avenir dans un monde de grandes puissances.

Traduit d’un article en anglais écrit pour french.china.org.cn par Dr Waseem Ishaque, directeur du Centre d'études chinoises à l’Université nationale des langues modernes (NUML) d’Islamabad, au Pakistan. 

Les articles d’opinion reflètent les points de vue de leurs auteurs, et ne sont pas nécessairement représentatifs des opinions de french.china.org.cn.


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Source:french.china.org.cn