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​Un nouveau cycle historique dans la relation sino-française

French.china.org.cn | Mis à jour le 12. 12. 2025 | Mots clés : relation sino-française
french.china.org.cn | 12. 12. 2025

L'année 2025 aura constitué une étape historique pour les relations entre la Chine et la France, non seulement parce qu'elle correspond au 60e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques, mais aussi parce qu'elle ouvre un nouveau jiazi, c'est-à-dire un nouveau cycle sexagésimal selon la tradition calendaire chinoise. Cette référence culturelle ne relève pas seulement du symbole : elle traduit l'idée d'un renouveau, d'une réouverture stratégique et d'une projection dans l'avenir à partir d'un héritage diplomatique devenu majeur. Au même moment, les relations entre la Chine et l'Union européenne (UE) franchissent également un demi-siècle d'existence. Cette coïncidence permet d'évaluer de façon globale l'évolution des rapports sino-français et sino-européens, d'analyser les orientations diplomatiques de l'année 2025, marquée par une activité intense au niveau des chefs d'État, et d'esquisser une réflexion prospective sur 2026.

Lorsque la Chine et la France décident en 1964 d'établir des relations diplomatiques, elles le font dans un contexte international marqué par la bipolarité et les tensions de la guerre froide. Ce geste fondateur a toujours été interprété pour la France comme un acte d'indépendance stratégique. La nature même de la relation qui s'est développée depuis repose précisément sur cette idée selon laquelle la France a souhaité engager avec la Chine un dialogue direct, sans passer par la médiation des blocs géopolitiques dominants. Cette orientation s'est retrouvée dans le temps long et continue de structurer les perceptions mutuelles. Elle explique aussi pourquoi la Chine considère la France comme un partenaire européen à la fois singulier et essentiel. Depuis six décennies, la relation sino-française n'a pas été linéaire, mais elle a traversé des périodes de tensions internationales sans se rompre, en se réorientant en fonction des priorités mondiales et des transformations internes. Les domaines de coopération ont été nombreux, allant du nucléaire civil à l'aéronautique, en passant par le climat, la culture et le multilatéralisme. Les deux pays ont développé des projets structurants qui illustrent une vision de long terme. Par ailleurs, l'une des particularités de la relation sino-française réside dans la dimension culturelle. Les deux civilisations se reconnaissent mutuellement une profondeur historique et une identité intellectuelle qui nourrissent non seulement la diplomatie, mais aussi l'imaginaire collectif. C'est pourquoi l'entrée dans un nouveau cycle de soixante ans ne peut être comprise autrement que comme une occasion de renouveler un dialogue fondé à la fois sur la continuité historique et sur l'innovation.

2025, une année marquée par la diplomatie des chefs d'État

L'année 2025 doit également être analysée à la lumière de l'intensification de la diplomatie des chefs d'État. En effet, les échanges de haut niveau constituent l'un des leviers majeurs de la politique extérieure chinoise et ont également été mis en avant par la France dans sa vision globale des relations internationales. Après une période marquée par les incertitudes liées à la pandémie et par les tensions géopolitiques internationales, les deux pays ont entrepris de relancer les visites mutuelles et les dialogues stratégiques. Cette dynamique se traduit par une série d'initiatives portant sur la transition énergétique, la sécurité alimentaire, l'innovation technologique, la coopération industrielle et la lutte contre le changement climatique. L'objectif central est de renforcer la confiance politique, de consolider les coopérations existantes et surtout d'ouvrir de nouveaux espaces de collaboration en anticipant les défis globaux.

Dans les domaines scientifiques et technologiques, l'accent est mis sur les secteurs d'avenir tels que l'énergie nucléaire de nouvelle génération, l'aéronautique, l'hydrogène, l'intelligence artificielle et la protection de l'environnement. La coopération dans le nucléaire civil, qui constitue un pilier historique des relations bilatérales, pourrait entrer dans une nouvelle phase reposant davantage sur la recherche de pointe et sur les technologies bas carbone. Sur le plan culturel et éducatif, la mobilité académique, les échanges universitaires, les années croisées et le développement de partenariats artistiques jouent un rôle essentiel dans la compréhension mutuelle. L'importance de ces échanges ne doit pas être sous-estimée, car ils contribuent à créer un environnement social favorable à une relation stratégique stable.

Le contexte européen ajoute néanmoins une dimension supplémentaire à ces évolutions. Alors que l'on célèbre le 50e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l'UE, il apparaît clairement que la nature du partenariat sino-européen a profondément changé. L'UE doit aujourd'hui composer avec des tensions internes, avec des enjeux économiques complexes et avec la nécessité de définir son propre rôle géopolitique dans un monde multipolaire. Parallèlement, la Chine est devenue une puissance économique majeure et une source incontournable d'innovation industrielle et technologique. Cette asymétrie nouvelle crée autant de défis que d'opportunités. La relation sino-européenne n'est plus seulement une relation commerciale, elle est devenue globale et concerne autant la régulation technologique que la gouvernance climatique ou l'organisation des chaînes de valeur. L'idée d'autonomie stratégique, défendue notamment par la France, se trouve au cœur des débats européens. Cette idée peut constituer une passerelle utile pour renforcer la coopération sino-européenne dans la mesure où elle invite l'Europe à définir ses positions propres et à dialoguer avec la Chine de manière autonome. Toutefois, cette démarche reste discutée au sein de l'Union et les divergences internes ne sont pas négligeables.

Perspectives 2026 : renforcement bilatéral et recherche d'équilibre

En 2025, l'un des objectifs principaux de la diplomatie sino-française consiste à stabiliser les échanges économiques dans un contexte d  e fragmentation internationale. Les deux pays insistent sur l'importance d'un commerce ouvert et de chaînes d'approvisionnement sécurisées. Ils souhaitent également approfondir la coopération climatique. La France met en avant son rôle mondial dans la lutte environnementale et la Chine souligne ses avancées dans la transition énergétique et dans les technologies renouvelables. La question climatique constitue aujourd'hui un terrain privilégié pour construire un agenda coopératif solide en dépit des divergences existantes. Cette orientation climatique permet également de repenser la relation en termes industriels, technologiques et sociaux.

L'évolution prévue pour 2026 permet d'esquisser plusieurs tendances. La relation bilatérale sino-française devrait se renforcer dans les domaines de la haute technologie, de l'espace, de l'intelligence artificielle et de la cybersécurité. De nouveaux accords pourraient émerger dans l'aéronautique, secteur historiquement central dans les échanges économiques entre les deux pays. Des partenariats éducatifs plus denses pourraient également être envisagés, notamment par le biais de doubles diplômes, de projets de recherche conjoints et d'une coopération renforcée dans l'enseignement des langues. Sur le plan multilatéral, la France et la Chine pourraient jouer un rôle clé pour défendre une gouvernance mondiale réformée, plus inclusive et plus représentative.

En ce qui concerne les relations entre la Chine et l'UE, l'année 2026 pourrait être marquée par une recherche d'équilibre plus affirmée. La Chine cherchera probablement à consolider ses relations bilatérales avec plusieurs États membres importants tandis que l'Union devra trouver une position harmonisée. L'avenir de cette relation dépendra de la capacité européenne à dépasser ses divergences internes et de la volonté commune de définir un dialogue constructif plutôt qu'une confrontation systématique. Ainsi, l'entrée dans un nouveau cycle de soixante ans pour la relation sino-française coïncide avec un moment historique pour la relation sino-européenne. Cette conjonction montre que la dimension bilatérale et la dimension européenne ne s'opposent pas nécessairement mais qu'elles peuvent se renforcer mutuellement si la France et l'UE parviennent à définir une stratégie équilibrée. Le passage à un nouveau jiazi ne représente pas seulement une commémoration symbolique, il révèle une exigence de renouvellement diplomatique. L'héritage du passé constitue une base solide, mais la réussite du futur dépendra de la capacité des deux parties à transformer cet héritage en un moteur d'innovation, de dialogue et de coopération mondiale. Dans un contexte international instable, la relation sino-française possède une responsabilité particulière : montrer qu'un dialogue entre grandes puissances fondé sur le respect mutuel et la vision à long terme demeure non seulement possible mais nécessaire pour la stabilité internationale.


Par Jacques Fourrier (L'auteur est un journaliste et commentateur français basé à Beijing depuis les années 1990)

Les articles d'opinion reflètent les points de vue de leurs auteurs, et ne sont pas nécessairement représentatifs des opinions de french.china.org.cn.


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Source:french.china.org.cn