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Beijing et Paris jouent la carte de l’apaisement
La conversation téléphonique entre le Président chinois Xi Jinping et son homologue français Emmanuel Macron le 22 mai intervient dans un contexte délicat de relations franco-chinoises, marqué par des frictions économiques, des désaccords sur certains dossiers internationaux, mais aussi par une volonté commune de préserver un dialogue bilatéral stable et stratégique. Leur conversation a eu lieu quelques semaines après une série d’annonces de la Commission européenne visant à imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinois. En réponse, Beijing avait ciblé des produits emblématiques de l’exportation française, notamment le cognac, dans une manœuvre perçue comme un message direct à Paris.
Le fait que les deux dirigeants aient maintenu une ligne directe de communication illustre une volonté partagée de désescalade. Le ton a été volontairement constructif : ils ont convenu d’avancer rapidement sur la résolution du différend autour des importations de cognac, tout en réaffirmant leur attachement à un système commercial multilatéral basé sur des règles claires, équitables et réciproques.
M. Xi a souligné que la Chine valorise sa relation avec la France et souhaite la voir jouer un rôle moteur dans l’approfondissement du partenariat Chine-UE à l’heure où l’on célèbre le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la Communauté économique européenne. Il a également réaffirmé son soutien à la notion d’« autonomie stratégique européenne », une formule chère à M. Macron, qui vise à doter l’UE d’une indépendance géopolitique vis-à-vis des puissances concurrentes.
Ce dialogue s’inscrit dans la continuité des échanges diplomatiques précédents, notamment la visite d’Etat de Xi Jinping en France en mai 2024, durant laquelle les deux pays avaient affiché leur volonté de structurer une relation plus équilibrée et durable.
La deuxième dimension importante de cette conversation réside dans le champ économique et technologique, au cœur de la relation bilatérale franco-chinoise. La Chine reste le premier partenaire commercial de l’UE, et la France y exporte des produits haut de gamme (agroalimentaire, aéronautique, cosmétiques), mais reste déficitaire dans sa balance commerciale avec Beijing.
Le président chinois a réitéré son engagement à ouvrir davantage le marché chinois, notamment dans l’industrie manufacturière, les télécommunications, la finance et la santé. Des avancées notables sont attendues dans les secteurs des énergies renouvelables, du nucléaire civil, de l’intelligence artificielle, de la fabrication intelligente et de la biomédecine, des domaines où les savoir-faire français sont reconnus et complémentaires des besoins chinois.
Parallèlement, M. Macron a plaidé pour une augmentation des exportations agricoles françaises vers la Chine, dans un contexte où la diplomatie agricole est devenue un outil stratégique majeur. Le vin, les produits laitiers, les céréales et les produits transformés français jouissent d’une bonne image en Chine et participent à la diplomatie du « soft power » hexagonal.
Les deux chefs d’État ont aussi salué le succès de l’Année franco-chinoise du tourisme culturel, qui a permis de relancer les échanges humains, affectés par les années de pandémie. La dimension éducative et universitaire a également été évoquée, avec le renforcement des échanges académiques, la mobilité étudiante et les projets conjoints en matière de recherche constituent des vecteurs structurants du lien bilatéral. Les instituts Confucius, les Alliances françaises et les jumelages entre universités, villes et régions témoignent de cette volonté d’approfondir les liens humains et intellectuels.
Au-delà des aspects bilatéraux, la discussion entre MM. Macron et Xi a aussi porté sur les grandes questions internationales, soulignant l’ambition des deux pays d’agir en tant qu’acteurs influents et responsables sur la scène mondiale.
Les questions du changement climatique, de la protection de la biodiversité, de la régulation des technologies émergentes (comme l’intelligence artificielle) et de la réforme du système financier international ont également été abordées. Les deux chefs d’État s’accordent sur la nécessité de réformer les institutions multilatérales (OMC, FMI, ONU) pour les rendre plus inclusives et représentatives des équilibres géopolitiques actuels.
La Chine, tout en cherchant à affirmer son modèle de gouvernance, affiche une volonté croissante de coopérer dans le cadre d’un multilatéralisme réformé. De son côté, la France essaie de construire une troisième voie en misant sur une diplomatie d’équilibre, marquée par le dialogue, mais aussi par la fermeté sur les principes.
La conversation téléphonique du 22 mai 2025 entre MM. Macron et Xi constitue un jalon important dans la trajectoire des relations franco-chinoises. Cet échange a permis de réaffirmer les fondements d’un partenariat stratégique à la fois ambitieux, pragmatique et lucide. Il met en évidence trois niveaux d’interactions : la gestion des tensions économiques immédiates, l’approfondissement d’une coopération bilatérale multidimensionnelle (économie, culture, technologie), et une volonté partagée de contribuer à la stabilité internationale.
Ce dialogue témoigne aussi d’un repositionnement progressif de la diplomatie française vis-à-vis de l’Asie, avec une volonté de conjuguer fermeté sur les intérêts nationaux et ouverture à la coopération. Dans les mois à venir, la façon dont les engagements pris seront concrétisés donnera une mesure plus précise de la profondeur de cette relation franco-chinoise en recomposition.
Par Jacques Fourrier (L’auteur est un journaliste et commentateur français basé à Beijing depuis les années 1990)
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| Source:french.china.org.cn | ![]() |
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