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Aux Etats-Unis, une opposition croissante à mesure que les effets négatifs des droits de douane apparaissent
L’opposition à l’intérieur des Etats-Unis à la mise en œuvre des droits de douane américains se fait de plus en plus forte, à mesure que les impacts négatifs deviennent plus apparents. Alors que de nombreux secteurs croulent déjà sous la pression, certains universitaires et économistes américains ont appelé à « rejeter les politiques tarifaires néfastes ». Dimanche, un expert chinois a estimé que l’intensification des impacts négatifs induits par les droits de douane pourrait créer davantage d’instabilité dans la chaîne d’approvisionnement, déclenchant des incertitudes économiques plus larges.
Deux lauréats du prix Nobel d’économie, Vernon Smith et James Heckman, ainsi que d’autres économistes et universitaires, ont lancé une déclaration « anti-droits de douane » sur le site Anti-tariff.org, encourageant davantage de personnes à s’inscrire et à rejeter ceux-ci conjointement.
« Les droits de douane de l’administration actuelle sont motivés par une compréhension erronée des conditions économiques auxquelles sont confrontés les Américains ordinaires. Selon nos prévisions, les travailleurs américains seront les plus touchés par ces politiques malavisées, sous la forme d’une augmentation des prix et du risque d’une récession auto-infligée », peut-on lire dans leur communiqué.
La déclaration indique également que « les taux de ces "droits de douane réciproques" menacés et imposés par les Etats-Unis à d’autres pays sont calculés à l’aide d’une formule erronée et improvisée sans aucun fondement dans la réalité économique », avertissant que « la fenêtre pour inverser ces politiques incohérentes et dommageables est en train de se fermer ».
Malgré la tradition selon laquelle les anciens présidents s’abstiennent généralement de critiquer publiquement leurs successeurs, trois anciens présidents américains − Joe Biden, Barack Obama et Bill Clinton − sont montés au créneau pour tirer la sonnette d’alarme contre l’administration actuelle dans une période extraordinaire d’un peu plus de deux semaines, a rapporté samedi le Washington Post.
Certains législateurs républicains, qui s’opposent en privé aux droits de douane américains mais ont peur de critiquer le président en public, espèrent que la Cour suprême finira par limiter l’autorité tarifaire, affirme le média américain The Hill.
« Les membres aimeraient que les tribunaux viennent les sauver et interviennent pour affirmer l’autorité, en vertu de la Constitution, selon laquelle les impôts sont censés provenir de la Chambre des représentants », explique ainsi Brian Darling, un stratège du Parti républicain et ancien assistant républicain du Sénat.
Dans le même temps, des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi dernier à Washington et dans d’autres villes des Etats-Unis pour exprimer leur opposition aux politiques du gouvernement américain sur les expulsions, les licenciements gouvernementaux ou encore les guerres à Gaza et en Ukraine.
Des préoccupations industrielles croissantes
Sur le plan industriel, les constructeurs automobiles américains sont confrontés à la hausse des prix. Les trois modèles les plus populaires de Buick du constructeur General Motors sont fabriqués en dehors des Etats-Unis, ce qui signifie que les trois sont désormais soumis à des droits de douane élevés qui pourraient faire augmenter de plusieurs milliers de dollars les prix affichés chez les concessionnaires aux Etats-Unis.
Barclays a réduit de 40 % ses estimations des bénéfices avant intérêts et impôts de General Motors pour 2025, en raison d’un volume inférieur et d’un impact tarifaire brut d’environ 9,5 milliards de dollars. Pour Ford Motor, Barclays s’attend à une réduction de 60 % avec un impact tarifaire brut d’environ 7 milliards de dollars.
« Alors que les effets négatifs des droits de douane continuent d’émerger, les principaux acteurs industriels ont du mal à maintenir leurs capacités d’approvisionnement d’origine, les composants essentiels et les biens intermédiaires devenant indisponibles aux prix antérieurs, ce qui pourrait forcer les entreprises à augmenter leurs prix », explique Zhou Mi, un chercheur principal de l’Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique (CAITEC).
Selon lui, les chaînes d’approvisionnement existantes pourraient ne pas parvenir à répondre à la demande, ce qui risquerait d’exacerber l’instabilité des réseaux d’approvisionnement à mesure que les impacts négatifs induits par les tarifs s’intensifient. Cette instabilité pourrait créer une incertitude quant à la capacité de la production à se maintenir, ce qui pourrait entraîner une diminution de la part de marché des entreprises, affecter l’emploi et déclencher des incertitudes économiques plus larges aux Etats-Unis, notamment des perturbations dans les réseaux de la chaîne d’approvisionnement.
Sur le plan logistique, DHL a annoncé qu’à compter de lundi et jusqu’à nouvel ordre, elle suspendrait temporairement la collecte et l’expédition des envois commerciaux entre entreprises et particuliers à destination des consommateurs aux Etats-Unis lorsque la valeur en douane déclarée dépassera 800 dollars US (694 €), a indiqué la société dans un communiqué sur son site internet.
En raison des récentes mises à jour de la réglementation douanière américaine, la société subit des retards de transit de plusieurs jours vers les Etats-Unis pour les envois dont la valeur douanière déclarée dépasse 800 dollars, et ce peu importe la provenance.
Sur le plan touristique, le nombre de visiteurs étrangers en mars aux Etats-Unis a chuté de près de 12 % en glissement annuel, d’après les données de l’Administration pour le commerce international, une agence dépendant du Département du Commerce des Etats-Unis. Il y avait 17 % de visiteurs en moins en provenance d’Europe occidentale en mars, 24 % de moins en provenance d’Amérique centrale et 26 % de moins en provenance des Caraïbes par rapport à l’année dernière.
Ce ralentissement du mois de mars, après une baisse de 2 % en glissement annuel en février, est la première baisse significative depuis la chute des voyages enregistrée au début de la pandémie de COVID-19.
Zhou Mi estime que l’ordre du marché pourrait subir de graves dommages au-delà de la simple inflation des prix en cas de pénurie d’approvisionnement, ce qui plongerait l’économie américaine dans des crises plus profondes, incitant les investisseurs à réaffecter leurs capitaux vers des marchés plus stables, plus sûrs et plus prévisibles.
Une réponse mondiale
« La structure de production mondiale et la division du travail se sont développées au fil des décennies et ne peuvent pas être modifiées rapidement. Les entreprises placent les étapes de production dans les régions les plus efficaces du monde, créant ainsi le système actuel. L’ajuster reviendrait à enfreindre la règle d’efficacité initiale, réduisant la productivité globale », explique Gao Lingyun, un chercheur de l’Académie des sciences sociales de Chine (ASSC) basée à Beijing.
Face à l’opposition croissante des voix nationales, les droits de douane américains suscitent de plus en plus de critiques dans le monde entier.
« La Chine est la deuxième plus grande économie du monde, et il serait, je pense, absurde de ne pas nous y intéresser. C’est l’approche de ce gouvernement », a déclaré la chancelière de l’Echiquier britannique, Rachel Reeves, dans une interview au Telegraph en amont d’un voyage prévu à Washington la semaine prochaine.
Vendredi dernier, l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) a pour sa part publié un article affirmant que les mesures tarifaires adoptent une mauvaise approche, notamment parce que leur calcul et leur mise en œuvre ne sont pas fondés sur des preuves pour atteindre le résultat escompté.
« En tirant à la hausse le coût de la production industrielle, ces tarifs compromettent l’efficacité économique, diminuent les bénéfices du commerce et affaiblissent la compétitivité, mettant en péril les emplois dans le monde entier, affectant ainsi le plus durement les pays les plus vulnérables », souligne l’ONUDI.
« La coopération et le bénéfice mutuel sont les tendances inévitables de l’histoire, tandis que l’isolement finira par mener à la stagnation », rappelle Robert Wu, le PDG de la société chinoise de services d’études de marché et d’information basée sur les données BigOne Lab, qui a récemment publié un éditorial dans le New York Times, dans lequel il critique le gouvernement américain pour avoir « mal géré la guerre tarifaire avec la Chine ».
« Le peuple chinois cherche simplement à faire des affaires et à poursuivre le développement, et il reste attaché à une approche ouverte ; il n’a aucun désir d’hégémonie mondiale et ne voit aucune nécessité d’imposer ses vues aux autres », insiste-t-il, affirmant que les entreprises chinoises sont de toutes façons suffisamment fortes pour « rejeter les inégalités ».
| Source:french.china.org.cn | ![]() |
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