"L'économie basée sur les énergies fossiles a atteint ses limites", a signalé le 14 juillet 2021 la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Le même jour, la commission a dévoilé un paquet avec pour objectif de transformer l'ambition climatique en action politique concrète, afin de rendre l'Europe neutre en carbone d'ici 2050.
Mais aujourd'hui, plusieurs pays européens envisagent de reprendre la production d'électricité au charbon et d'augmenter leurs importations en gaz naturel depuis les Etats-Unis. Les responsables européens ont argué qu'il ne s'agit que d'une solution "temporaire" pour remédier à la pénurie d'énergie hivernale, mais quelques experts estiment que l'inversion de la politique européenne en matière de réductions d'émissions entrave le processus de neutralité carbone, tandis qu'elle ne parviendra pas à résoudre les problèmes fondamentaux de la crise énergétique.
UNE MARCHE EN ARRIERE
Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l'Union européenne (UE) ainsi que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont imposé à maintes reprises des sanctions contre la Russie, ce qui a en revanche entraîné des effets négatifs pour eux-mêmes : pénurie d'énergie, augmentation du prix de l'électricité et du carburant, un fardeau sur l'économie et la vie de la population européenne.
Afin de se débarrasser de cette crise énergétique, plusieurs pays ayant été pionniers dans la préconisation de l'abandon du charbon et la protection de l'environnement dont l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche, ont annoncé l'un après l'autre leur décision de réactiver des centrales électriques au charbon ou de soutenir de tels projets. Dans ce contexte, l'UE a décidé d'importer davantage de gaz naturel liquéfié depuis les Etats-Unis et de chercher des fournisseurs remplaçants des énergies fossiles au Moyen-Orient et en Afrique.
Pour justifier ces actes, les hommes politiques ont changé leur ton. En juillet dernier, le Parlement européen a approuvé une proposition d'inclure le gaz et le nucléaire dans la "taxonomie verte", ce qui a fait s'insurger les écologistes.
Selon les estimations, le redémarrage des centrales au charbon en Europe aboutirait à la combustion de 13 millions de tonnes de charbon supplémentaires. Dans le pire des cas, si l'Europe remplaçait toutes les importations russes de gaz par le charbon, les émissions pourraient augmenter de 800 millions de tonnes d'équivalent Co2 pendant la première année.
Parallèlement, les Etats-Unis s'efforcent d'augmenter leurs exportations de gaz naturel. Ils prévoient de fournir au moins 15 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié supplémentaires à l'UE en 2022, ce qui signifierait une augmentation des deux tiers des exportations américaines de gaz naturel vers le continent.
DES CAUSES PROFONDES
Face à la flambée des prix de l'énergie, les Italiens étudient comment faire cuire des pâtes sur un petit feu, les Allemands envisagent d'utiliser l'ancienne méthode de chauffage au bois pour survivre à l'hiver froid, le gouvernement finlandais encourage les gens à raccourcir le temps du bain, plus de 20% des adultes britanniques prévoient d'éteindre le chauffage cet hiver.
En tant que l'une des régions les plus riches du monde, l'Europe est confrontée à un tel dilemme. Une importante raison de la hausse des prix de l'énergie réside dans les sanctions contre la Russie, et non dans la politique de réduction des émissions, a estimé Jeffrey Sachs, professeur et directeur du Centre pour le développement durable de l'Université de Columbia.
Selon des experts, la marche en arrière de nombreux pays occidentaux sur la question de la réduction des émissions est inévitable. En substance, c'est un reflet concentré du fait que la politique occidentale est obsédée par les intérêts à court terme.
Les politiques énergétiques existantes en Europe ont une faible capacité à résister aux risques, a estimé Tang Xu, expert en changement climatique à l'Institut de recherche sur le développement de l'Université de Fudan en Chine. Une fois que des risques naturels et d'origine humaine sont rencontrés, un effet domino peut entraîner des pénuries de l'énergie et une flambée des prix de l'énergie, affectant ainsi le développement économique et la réduction des émissions.
UN LOURD PRIX A PAYER
Selon des experts, les tergiversations des pays occidentaux face à la crise énergétique n'aideront en rien à s'attaquer aux racines fondamentales de cette crise, mais infligeront plutôt un revers majeur au processus mondial de réduction des émissions.
A court terme, le redémarrage des centrales électriques au charbon dans certains pays européens retardera les plans d'élimination des combustibles fossiles et entraînera davantage d'émissions de gaz à effet de serre. A long terme, "l'accumulation d'émissions au stade initial entraînera inévitablement des difficultés à réduire les émissions au stade ultérieur", a dit M. Tang.
En plus, une fois que les infrastructures des combustibles fossiles sont mises en place, les entreprises qui les possèdent voudront naturellement les opérer aussi longtemps que possible pour assurer un retour des investissements, a indiqué Jan Rosenow, directeur des programmes européens de l'ONG "Projet d'assistance réglementaire".
Atténuer le changement climatique est une question cruciale pour la communauté internationale. Que l'Europe et les Etats-Unis fassent un effort au profit de la gouvernance mondiale du climat, en allant au-delà de leurs intérêts immédiats, ont appelé les experts.







