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Retrouvailles à Maowusu entre un Américain et une agricultrice chinoise

Pendant plus de 25 ans, un professeur américain à la retraite et une Chinoise luttant contre la désertification ont vécu de chaque côté du Pacifique, liés par de vieilles photos, un journal et une forêt. Dimanche, ils se sont enfin retrouvés.
Alors que Ronald Sakolsky descendait un escalator à l'aéroport d'Ordos, dans la région autonome de Mongolie intérieure (nord de la Chine), il a essuyé ses larmes de la main droite, un bouquet de fleurs serré dans sa main gauche.
En bas se tenait Yin Yuzhen, une femme qui, depuis plus de 40 ans, fait prospérer la région de Maowusu, quatrième plus grande étendue de sable de Chine. Cette courte descente en escalator a marqué la dernière étape avant leurs retrouvailles tant attendues, 26 ans après leur première rencontre.
Leur amitié a débuté en 1999, lorsque M. Sakolsky enseignait l'anglais dans une école de la province chinoise du Henan (centre), à plus de 11 000 kilomètres de son domicile à Pittsburgh, dans l’État américain de Pennsylvanie, dans le cadre d'un programme d'échange d'enseignants entre les deux pays.
Un soir comme les autres, une émission de télévision a attiré son attention. Sur l’écran se trouvait Mme Yin, en train de planter des arbres pour freiner l'avancée du sable dans la région de Maowusu.

S'étendant sur plusieurs parties de la Mongolie intérieure ainsi que des provinces du Shaanxi (centre) et du Ningxia (nord-ouest), Maowusu est l'un des fronts de la lutte chinoise contre la désertification dans le nord du pays : un effort lancé en 1978 et qui est prévu de durer jusqu'en 2050.
Mais pour Mme Yin, la lutte contre la désertification n'est pas un simple effort national abstrait. À cette époque, une nuit de vents violents pouvait suffire à bloquer l'entrée de leur abri sous le sable. Il y avait du sable dans la nourriture, de la terre dans l'eau, et rien d'autre à voir que des kilomètres de sable jaune s'étendant à perte de vue.
En 1999, Mme Yin avait déjà planté des arbres sur près de 2 000 hectares de terres arides, une superficie équivalente à environ 2 800 terrains de football.
« J’étais tellement ému que j’ai fondu en larmes », se souvient M. Sakolsky, repensant à cette soirée devant sa télévision. « Honnêtement, je ne saurais dire pourquoi. C’était comme une révélation. J’ai ressenti le besoin impérieux d’aider. »
Au cours des deux mois suivants, il a contacté plus d’une douzaine d’organisations à travers les États-Unis, et une association caritative basée à Boston a finalement accepté de lui octroyer une subvention de 5 000 dollars.

À l’époque, ce don représentait une somme considérable pour Mme Yin : de quoi construire une maison, subvenir aux besoins de ses enfants et offrir à sa famille une vie radicalement différente. Pourtant, elle a dépensé la totalité de la somme en jeunes plants, ne conservant qu’un seul billet en souvenir.
En mai 2000, M. Sakolsky a pris le train à Luoyang, dans le Henan, puis changea de véhicule et traversa le désert pour aller observer les jeunes pousses de ses propres yeux.
Il décrivit plus tard le paysage comme désolé : « Pas de routes, pas d’arbres, pas de maisons. Nous roulions d’une dune à l’autre ».
C’est alors qu’il aperçut Mme Yin. « Elle est sortie d’un trou », a raconté M. Sakolsky. Ne parlant pas la même langue, ils communiquaient uniquement par gestes et sourires, et elle lui montra comment planter les jeunes plants.
Les jeunes pousses lui paraissaient si fragiles qu’il pensa qu’elles ne dépasseraient jamais la hauteur de ses genoux. Au fond de lui, il ne voyait pas comment cette étendue de sable pourrait un jour se transformer en forêt. Il lui dit simplement : « C’est impossible ».
Ce soir-là, Mme Yin et son mari l’invitèrent à dîner chez eux et lui préparèrent un bol fumant de nouilles.
« Délicieux », se souvient M. Sakolsky.
Il rentra chez lui quelques mois plus tard et ils perdirent contact. De l'autre côté du Pacifique, il continuait de parler à ses étudiants de cette Chinoise qui tentait de reverdir le désert. En Chine, chaque fois que Mme Yin rencontrait un Américain, elle sortait une vieille photo de M. Sakolsky et lui demandait s'il savait comment le contacter.

Retrouvailles en ligne
Année après année, ses recherches restèrent vaines, jusqu'à ce qu'une vidéo et une publication sur les réseaux sociaux parviennent enfin jusqu’à lui.
En mai dernier, Mme Yin se tenait devant la forêt qu'elle avait cultivée pendant des décennies, tenant le vieux billet d'un dollar – celui qu'elle avait économisé grâce à l'argent collecté par M. Sakolsky. Elle se mit devant sa caméra, et dit : « M. Sakolsky, si vous voyez cette vidéo, je vous invite à revenir en Chine et à voir la forêt qui a poussé grâce à l'argent que vous nous avez envoyé ».
L'appel devint rapidement viral. En quelques heures, M. Sakolsky commença à recevoir des messages, par mail et SMS, d'inconnus lui disant qu'une Chinoise le recherchait. Moins de 26 heures après la publication de la vidéo, les internautes avaient retrouvé M. Sakolsky. Les deux ont ensuite repris contact en ligne.
| Source:french.china.org.cn | ![]() |
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