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COMMENTAIRE : De l'avantage concurrentiel à l'anxiété stratégique - Réévaluation du discours occidental sur le « Choc chinois 2.0 »
Par le Dr Waseem Ishaque, directeur du Centre d'études chinoises à l’Université nationale des langues modernes (NUML) d’Islamabad, au Pakistan
L'expression « Choc chinois 2.0 » a pris de l'importance dans le discours politique et médiatique occidental à mesure que la Chine est devenue de plus en plus compétitive dans les secteurs des véhicules électriques, des batteries, des équipements photovoltaïques, des énergies renouvelables, des machines de pointe et d'autres secteurs manufacturiers à forte valeur ajoutée. Contrairement à la thèse initiale du « Choc chinois », qui se concentrait principalement sur les conséquences en matière d'emploi de la hausse des importations chinoises suite à l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le discours actuel met l'accent sur une supposée vague de surcapacité industrielle soutenue par l'État qui menacerait les industries manufacturières en Europe et aux États-Unis. Du point de vue chinois, cette interprétation est conceptuellement trompeuse et a des conséquences politiques importantes. Elle réduit une transformation complexe de la compétitivité industrielle mondiale à un choc externe supposément généré par des distorsions politiques chinoises. Ce faisant, elle sous-estime l'importance de l'innovation technologique, du regroupement industriel, de l'intégration des chaînes d'approvisionnement, des investissements dans les infrastructures, de l'accumulation de capital humain, de la concurrence entrepreneuriale et de la taille du marché intérieur chinois. Elle détourne également l'attention des difficultés structurelles auxquelles sont confrontées les industries occidentales, notamment le coût élevé de l'énergie, l'insuffisance des investissements dans les infrastructures, la lenteur de la commercialisation des technologies vertes, la fragmentation des chaînes d'approvisionnement et des décennies de désindustrialisation. Le discours du « Choc chinois 2.0 » transforme la pression concurrentielle en anxiété stratégique et fournit une justification politique aux droits de douane, aux subventions, aux restrictions d'investissement et à l’endiguement technologique. La question fondamentale est de savoir si le système économique international favorisera la compétitivité par l'ouverture des marchés et l'ajustement industriel, ou s'il réagira par le protectionnisme et la fragmentation géopolitique.
Une compétitivité axée sur l'innovation
La transformation industrielle de la Chine repose sur une production sophistiquée caractérisée par l'automatisation, la numérisation, la recherche et le développement (R&D), les matériaux avancés, l'intelligence artificielle (IA) et les technologies bas carbone. Les entreprises chinoises sont devenues des acteurs majeurs de l'innovation dans les domaines de la chimie des batteries, de la production de véhicules électriques, du rendement des cellules solaires, des équipements de télécommunications, du transport ferroviaire à grande vitesse, de la fabrication intelligente et des systèmes de stockage d'énergie. La Chine possède de vastes pôles industriels où transformateurs de matières premières, fabricants de composants, fournisseurs d'équipements, prestataires logistiques, instituts de recherche, organismes financiers et assembleurs finaux opèrent au sein d'écosystèmes étroitement liés. La taille du marché intérieur chinois a également été déterminante. La forte demande des consommateurs pour les véhicules électriques, les équipements d'énergies renouvelables, les services numériques et les technologies éco-énergétiques a permis aux entreprises de tester leurs produits, d'accroître leur production, de réduire leurs coûts unitaires et de réinvestir dans le développement technologique; de ce fait, la concurrence sur le marché chinois est intense. La question centrale est de savoir si le succès industriel résulte entièrement du soutien politique ou de l'interaction entre les politiques publiques, la taille du marché, la concurrence, les capacités technologiques et les chaînes d'approvisionnement intégrées.
Contraintes structurelles et inquiétudes industrielles en Occident
En Europe, les prix élevés de l'énergie ont affaibli la compétitivité des industries énergivores, tandis que la fragmentation réglementaire et la lenteur du déploiement des infrastructures ont compliqué l'adaptation industrielle. La transition des véhicules à combustion interne à la mobilité électrique exige également des investissements considérables dans la production de batteries, les réseaux de recharge, les logiciels, les minéraux critiques, la reconversion professionnelle et les systèmes électriques. Aux États-Unis, la délocalisation à long terme de la production industrielle, le sous-investissement dans les infrastructures industrielles, la pénurie de main-d'œuvre spécialisée et la dépendance à l'égard de chaînes d'approvisionnement mondialisées ont précédé le leadership actuel de la Chine dans les technologies vertes. Ces problèmes structurels sont le fruit de décennies de décisions en matière de politiques d'entreprise, fiscales et industrielles. Le discours du « Choc chinois 2.0 » offre un récit politique séduisant. Il externalise la responsabilité des faiblesses industrielles nationales, présente la concurrence économique comme une menace pour la sécurité nationale, et permet aux gouvernements de justifier des interventions protectionnistes sans s'attaquer aux carences structurelles plus profondes. Au lieu de se demander pourquoi les entreprises nationales ont tardé à commercialiser les technologies propres ou pourquoi les écosystèmes de production se sont affaiblis, le débat politique se concentre sur la prévention de l'entrée des produits chinois sur les marchés nationaux.
Vers une transformation coopérative
Une réponse durable à la concurrence industrielle exige un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme. Les différends relatifs aux subventions, aux droits de douane, aux normes et à l'accès aux marchés devraient être traités par l'intermédiaire de l'OMC et de mécanismes négociés, plutôt que par une escalade unilatérale. Les principales économies devraient instaurer des dialogues sectoriels sur les véhicules électriques, les batteries, les équipements pour les énergies renouvelables, le recyclage, les minéraux critiques et la comptabilité carbone. Les coentreprises et la production à l'étranger peuvent contribuer à réduire les tensions politiques. Les entreprises chinoises qui investissent dans la production locale peuvent créer des emplois, soutenir le développement des fournisseurs et rendre les technologies abordables plus accessibles aux consommateurs. Ces investissements devraient être évalués selon des règles transparentes et non discriminatoires, et non pas sur la base de présomptions fondées sur l'origine nationale. Les économies occidentales doivent parallèlement s'attaquer à leurs contraintes nationales. Un renouvellement industriel durable nécessite une énergie propre et moins chère, des infrastructures modernes, le développement de la main-d'œuvre, le financement de la recherche, et des liens plus étroits entre les laboratoires et la production. La compétitivité ne peut être reconstruite uniquement par le biais de droits de douane. La Chine devrait poursuivre sa transition d'une stratégie d'expansion des exportations vers un engagement économique international de haute qualité.
Le discours du « Choc chinois 2.0 » reflète une transformation de la perception occidentale de la Chine: d'une base de production à bas coût, elle est devenue un concurrent industriel technologiquement performant. Le débat ne porte donc pas uniquement sur les exportations ou les capacités de production. Il concerne la transformation future de l'économie mondiale. Une trajectoire possible mènera à une escalade des droits de douane, à la fragmentation des chaînes d'approvisionnement, à la duplication de la production, à l'augmentation des coûts et à la division géopolitique des technologies. Une autre permettra à la concurrence de coexister avec la coopération, la diversification, une réglementation multilatérale et la diffusion rapide des technologies vertes. Du point de vue chinois, une concurrence loyale implique l'application équitable de règles transparentes, la reconnaissance des avantages comparatifs légitimes, et la possibilité pour l'innovation de bénéficier aux consommateurs du monde entier. L'essor industriel de la Chine ne doit être ni idéalisé ni diabolisé. Il convient de l'évaluer à l'aune des faits plutôt que de nourrir des craintes stratégiques. Le mythe du « Choc chinois 2.0 » devient politiquement dangereux lorsqu'il instrumentalise les pressions normales de l'ajustement économique pour justifier le protectionnisme et l'endiguement.
| Source:french.china.org.cn | ![]() |
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