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French.china.org.cn | Mis à jour le 04. 06. 2026 | Mots clés : programme chinois de relogement ; lutter contre la pauvreté
Chinafrique | 04. 06. 2026

Retour sur le programme chinois de relogement pour lutter contre la pauvreté en zone rurale 

En février 2021, la Chine annonçait l’éradication de l’extrême pauvreté sur l’ensemble de son territoire. Sept districts de la province du Guizhou (sud-ouest de la Chine) figuraient parmi les dernières zones concernées. Des villages entiers, situés dans des régions montagneuses reculées, ont été déplacés par le gouvernement en périphérie des villes. Cinq ans plus tard, certains s’interrogent sur la réussite du programme chinois. Afin de mieux comprendre le quotidien des personnes concernées, le mieux est d’aller prendre le pouls sur place. Au-delà des statistiques, il en ressort une véritable mosaïque de résilience, d’espoir et d’opportunités insoupçonnées.  

Un quotidien fortement amélioré 

Dans le district de Rongjiang, Wu Songtao, relogée dans le quartier résidentiel de Tehe, pratique la broderie dong, artisanat réputé pour ses motifs complexes d’animaux et de fleurs.  

Auparavant, sa famille survivait péniblement dans le village isolé de Piaozhai. « Notre potager nous permettait à peine de joindre les deux bouts », raconte-t-elle à China Today. « Notre art traditionnel était également en perdition. » 

Avec l’essor fulgurant de la Super Ligue des villages du Guizhou, événement de football populaire, l’afflux massif de visiteurs a généré des opportunités économiques pour Rongjiang. 

Depuis le déménagement de sa famille et grâce à son talent de brodeuse, Mme Wu a rapidement été reconnue comme héritière de 5e génération, tirant désormais profit de ce savoir-faire à l’atelier du Centre du patrimoine culturel immatériel de son quartier. Ses vêtements ethniques confectionnés à la main, ainsi que d’autres objets à l’effigie de la Super Ligue des villages, ont gagné en popularité sur les stands du patrimoine culturel immatériel situés à proximité du terrain de football. 

Lors de la finale de 2023, elle a gagné plus de 8 000 yuans (1 176 dollars) en une seule journée. Inspirées par son succès, une cinquantaine de femmes du quartier ont rejoint son atelier, transformant ainsi une tradition familiale en voie de disparition en entreprise collective. Grâce à la diffusion en direct et aux plateformes en ligne, elles vendent désormais leurs produits à l’échelle nationale. 

L’objectif du relogement n’est donc pas seulement de déplacer des personnes, mais de transformer des avenirs. Ayant grandi dans le village de Daxiu, communauté zhuang nichée au cœur des montagnes du district de Congjiang, Ouyang Ban parcourait trois heures à pied pour aller à l’école. Sa famille, composée de sept membres, disposait d’un revenu annuel net inférieur à 10 000 yuans (1 470 dollars).  

En 2019, celle-ci a obtenu gratuitement un appartement de 120 m2 au sein du quartier résidentiel de Yinxin, sur demande volontaire. Les enfants fréquentent désormais une école tout près de leur domicile. Grâce au soutien du gouvernement, la création d’une entreprise de culture de fruits de la passion permet de subvenir durablement aux besoins de la famille. 

Dignité et stabilité 

La pérennité de ce changement passe également par l’accès à une éducation de qualité. Les Huang sont une autre famille originaire d’un village montagneux isolé. En 2019, Huang Dehua, actuellement entrepreneur, a volontairement demandé à emménager dans un immeuble équipé d’un ascenseur dans le quartier de Yinxin. 

Dans son salon, les prix d’excellence décernés à sa progéniture sont fièrement accrochés à la vue de tous : « Grâce à la qualité de l’éducation reçue ici et à l’amélioration de nos conditions de vie, les résultats scolaires de mes deux enfants se sont nettement améliorés. » 

Dans le district de Rongjiang, l’histoire de Wu Bangzhu illustre quant à elle la vulnérabilité des femmes élevant des enfants en bas âge. Après le déplacement de sa famille, elle a eu la chance d’être recrutée par un atelier spécialisé dans les produits traditionnels dong, adaptant les conditions de travail aux obligations maternelles : horaires flexibles et solutions pratiques pour la vie de famille. 

Elle est maintenant responsable de production : « J’ai un bon salaire et j’aide aussi d’autres femmes à gagner en autonomie. Ici, il est possible de travailler à temps partiel, ce qui permet de s’occuper des enfants ou des proches âgés. Impossible d’imaginer ces conditions de travail dans les montagnes. » 

Stratégie à long terme et preuves concrètes 

Pour comprendre le succès du programme de relogement mis en place par la Chine dans sa lutte contre la pauvreté, il est essentiel de comprendre le réseau de politiques gouvernementales qui sous-tend la construction des nouveaux logements prévus pour le déplacement des populations. 

Selon Pan Shihua, directeur du Bureau des ressources humaines et de la sécurité sociale du district de Congjiang, les autorités locales sont parvenues à atteindre leur objectif et s’efforcent continuellement de prévenir le risque de rechute dans la pauvreté grâce à une stratégie précise en trois volets avec une vision sur le long terme : soutien à l’emploi dans les villes voisines (garanties juridiques et aide au transport) ; mise en relation des familles relogées avec des institutions locales pour l’emploi ; aide à l’entrepreneuriat (microcrédits et subventions proposés aux personnes relogées pour les aider à créer leur propre petite entreprise). 

En outre, le gouvernement fournit des services gratuits et de proximité à chaque quartier. « Notre mission est de fournir des services gratuits et accessibles pour répondre aux besoins fondamentaux de notre quartier, de la santé à l’éducation », indique Wei Lingyu, secrétaire de la cellule du Parti communiste chinois pour le quartier résidentiel de Yinxin.  

Des centres proches des logements proposent soins médicaux, garderies et soutien scolaire. Des salles d’activités culturelles permettent aux membres de différents groupes ethniques d’enseigner musique traditionnelle, artisanat, danses traditionnelles, etc., ce qui répond aux besoins sociaux et culturels des habitants et contribue à préserver et à transmettre leurs traditions aux générations futures. Chaque quartier dispose d’une école maternelle et primaire, à quelques minutes à pied. Ce filet de sécurité (santé, éducation, emploi et protection sociale) assure la cohérence de l’ensemble du programme de relogement. 

Par ailleurs, le gouvernement chinois associe le logement à des systèmes de gestion organisés en réseau. Un agent de liaison communautaire assure le suivi de chaque famille sortie de la pauvreté afin de garantir la satisfaction de ses besoins en matière de développement durable. La prise de contact est hebdomadaire afin de créer du lien. Ce suivi attentif et un tel sens des responsabilités contribuent à garantir une situation stable aux personnes sorties de l’extrême pauvreté. 

Il ne s’agit pas d’une « gouvernance de campagne », mais d’un travail de maintenance systémique, à long terme et fondé sur des données probantes – et qui porte ses fruits. La tradition de la broderie dong est préservée, les fruits de la passion de Congjiang nourrissent une nouvelle génération et les femmes désormais autonomes peuvent envisager l’avenir de leurs enfants avec sérennité. Le nuage noir de l’extrême pauvreté s’est dissipé dans la province du Guizhou, et la Chine met tout en œuvre pour qu’il appartienne définitivement au passé.  

ZACHARY GORDON LUNDQUIST, journaliste à China Today 

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Source:Chinafrique