![]() |
![]() |
|
![]() |
![]() |
[A A] |
Un regain d'énergie
Du 25 au 29 mars, l'édition 2026 du Forum de Zhongguancun a réuni à Beijing plus d'un millier de participants venus de plus de 100 pays et régions autour d'un thème central : l'intégration approfondie entre innovation technologique et industrielle. Si les technologies de pointe comme la science quantique, l'intelligence incarnée ou la 6G ont attiré l'attention, un autre signal, plus discret mais tout aussi révélateur, a marqué cette édition. Pour la première fois, une session complémentaire était consacrée au développement de qualité du secteur des services technico-scientifiques.
Longtemps resté dans l'ombre des percées industrielles et manufacturières, ce secteur s'impose désormais comme un maillon essentiel de l'écosystème de l'innovation. Il couvre un large éventail d'activités, allant de la recherche et développement au transfert de technologies, en passant par l'incubation d'entreprises, l'inspection, la certification, les services de propriété intellectuelle, la fintech et le conseil. En d'autres termes, il constitue le pont qui relie la découverte scientifique à l'application industrielle, en facilitant la circulation des technologies, des capitaux, des talents et des données.
L'ampleur déjà atteinte par ce secteur est significative. Plusieurs sous-secteurs ont dépassé le seuil de 1 000 milliards de yuans (146,6 milliards de dollars), tandis que d'autres se chiffrent en centaines de milliards de yuans. En 2025, la valeur totale des contrats technologiques enregistrés à l'échelle nationale a atteint 7 600 milliards de yuans (1 100 milliards de dollars), reflet d'une commercialisation de plus en plus soutenue des résultats de la recherche.
Beijing offre une illustration claire de cette dynamique. En 2025, les revenus des principales entreprises de services technico-scientifiques de la ville ont dépassé 1 000 milliards de yuans (146,6 milliards de dollars), avec la valeur ajoutée du secteur atteignant 384,2 milliards de yuans (56,35 milliards de dollars), contribuant à 7,4 % du PIB municipal. À elle seule, la valeur des contrats technologiques signés à Beijing s'est élevée à 986,5 milliards de yuans (144,7 milliards de dollars), un record national. Ces chiffres témoignent de l'évolution du secteur vers un pilier à part entière de l'économie urbaine.
Selon Li Daokui, directeur du Centre académique sur la pensée et les pratiques économiques chinoises de l'Université Tsinghua, ce secteur constitue « un lien clé entre l'innovation technologique et la modernisation industrielle », un rôle appelé à se renforcer dans le cadre du XVe Plan quinquennal (2026-2030), notamment dans l'objectif d'une plus grande autonomie technico-scientifique.
Soutien des politiques publiques
L'essor de ce secteur ne relève pas du hasard. Il bénéficie d'un appui actif au niveau national. En mai 2025, neuf départements ministériels, sous l'égide du ministère de l'Industrie et de l'Informatisation, ont publié des orientations visant à accélérer son développement de qualité. Le cadre politique met l'accent sur l'innovation, l'orientation vers le marché, l'intégration sectorielle et l'amélioration de la qualité.
Parmi les priorités définies figurent le développement d'institutions de services spécialisées et orientées vers le marché, le renforcement de la formation des talents, la création de plateformes de services de haut niveau pour agréger les ressources d'innovation, ainsi que l'amélioration de l'écosystème global du secteur.
La normalisation constitue un autre chantier majeur. Selon le ministère, la Chine prévoit d'élaborer d'ici 2027 au moins 40 normes nationales et sectorielles et plus de 80 d'ici 2030. Cette démarche vise à encadrer de nouveaux modèles économiques, tels que l'incubation numérique ou les « One Person Companies », encore peu réglementés. La construction d'un marché national unifié des technologies figure également parmi les objectifs clés. En 2025, plus de 1,04 million de contrats technologiques ont été enregistrés à travers le pays, témoignant du dynamisme des échanges.
Des initiatives locales viennent compléter ces efforts. Certaines modalités expérimentées par certains instituts de recherche et universités permettent aux entreprises d'accéder aux résultats scientifiques avec un coût initial très faible, les paiements étant différés ou liés aux revenus futurs. Cette approche facilite l'adoption technologique pour les PME.
La question des talents est également centrale. Beijing a instauré un système de certification pour les intermédiaires en transfert de technologies, avec près d'un millier de professionnels déjà accrédités. Les universités ont renforcé la formation dans ce domaine, tandis que des milliers de gestionnaires ont suivi des programmes spécialisés.
Implication de l'IA
Si les politiques publiques constituent le socle, la numérisation et l'intelligence artificielle (IA) redessinent rapidement le paysage du secteur. L'objectif est de construire un nouveau modèle de « services technico-scientifiques propulsés par l'IA », plus précis, plus efficace et mieux connecté à l'économie réelle.
L'impact de l'IA se fait déjà sentir à toutes les étapes de la chaîne de valeur : recherche, conception, transfert de technologies, essais, certification, incubation et accélération. De nouveaux modèles émergent pour résoudre des problèmes persistants, comme l'asymétrie d'information ou la fragmentation des ressources.
La plateforme entrepreneuriale Dark Horse a développé des outils d'IA permettant de mettre en relation les entreprises technologiques avec les politiques publiques pertinentes, afin de faciliter l'identification des dispositifs de soutien. L'entreprise a également créé des communautés internationales reliant de jeunes scientifiques aux entreprises et mis en place des systèmes intelligents de mise en relation entre entrepreneurs et investisseurs.
Ces exemples illustrent que l'IA n'est plus qu'un simple outil, mais une force de transformation qui modifie en profondeur la manière dont les services technico-scientifiques sont fournis, organisés et déployés à grande échelle.
Cap sur l'avenir
Malgré ses progrès, le secteur demeure encore émergent à l'échelle mondiale. L'internationalisation apparaît ainsi comme une étape déterminante. Selon Jia Kang, chercheur à l'Académie chinoise des sciences fiscales, les exportations chinoises de services technico-scientifiques ont progressé de 8,8 % en 2024, notamment dans les domaines de l'IA et des énergies vertes.
Des défis subsistent néanmoins : obstacles à la circulation des ressources clés, capacité d'innovation à renforcer et influence limitée dans la définition des normes internationales. Pour y répondre, il est nécessaire de passer d'une ouverture fondée sur les facteurs à une ouverture institutionnelle, mieux alignée sur les standards mondiaux. Cela suppose des réformes plus approfondies, une facilitation accrue des flux transfrontaliers, un renforcement des capacités d'innovation domestiques et des dispositifs de soutien politique plus robustes, estime M. Jia.
Pour M. Li, l'avenir du secteur repose sur des efforts coordonnés : orientations stratégiques du gouvernement central, environnements favorables créés par les autorités locales, incitations adaptées pour les entreprises et rôle actif des associations professionnelles.
À mesure que la Chine entre dans une nouvelle phase de développement, le secteur des services technico-scientifiques cesse d'être un acteur de soutien pour devenir un moteur central de l'intégration entre innovation et industrie. Soutenu par les politiques publiques, porté par l'IA et stimulé par la demande du marché, ce secteur longtemps discret s'impose désormais comme l'un des piliers de la nouvelle dynamique économique chinoise.
| Source:Chinafrique | ![]() |
|
![]() |












