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Histoires de Tibétaines partageant le nom d’une déesse

French.china.org.cn | Mis à jour le 09. 03. 2022 | Mots clés : Tibet

Nom d'une déesse dans les écritures bouddhistes, « Drolma » est aussi un prénom populaire que de nombreux parents de la région autonome du Tibet (sud-ouest de la Chine) choisissent de donner à leurs nouvelles-nées. Bien qu'elles partagent ce même prénom divin, les Drolmas du Tibet ont chacune des histoires différentes qui témoignent des grands changements qui ont eu lieu dans la région au cours des dernières décennies.

Née dans une étable

Dechen Drolma, 66 ans, a reçu ce prénom parce que ses parents espéraient qu’elle aurait une vie heureuse grâce à la bénédiction de la déesse. Mais ce n’est hélas pas du tout ce qu’elle a ressenti dans sa jeunesse. Ancienne serve, Dechen Drolma était la quatrième génération de sa famille née dans une étable à Khesum, le manoir d'un propriétaire de serfs situé dans l'actuelle ville de Shannan, au Tibet.

Dans l'ancien Tibet, les décrets disposaient que les femmes étaient « le niveau le plus bas parmi les personnes les moins bien classées », et le prix de la vie d'une serve ne valait alors guère plus que celui d’une corde de paille. En tant que l'une des 302 serfs du manoir, Dechen Drolma avait à peine assez à manger et était souvent violemment battue par son seigneur.

Ce n’est qu'en mars 1959 que les choses ont vraiment changé, lorsque Khesum devint le premier village du Tibet à lancer la réforme démocratique, libérant tous les serfs du servage féodal et abolissant les décrets. « L'époque où je devais vivre dans une étable est révolue », a souligné Dechen Drolma, ajoutant que sa famille a alors reçu des terres agricoles, une maison et du bétail.

Depuis lors, une nouvelle vie brillante a commencé pour Dechen Drolma. Elle est allée à l'école du village et, comme d'autres, sa famille a ensuite acheté un tracteur agricole. Aujourd’hui, sa fille aînée travaille dans le secteur des transports et ses deux filles cadettes ont trouvé un emploi dans la ville même de Shannan.

« Contrairement à moi, mes enfants n’ont plus été obligés de naître dans une étable », a noté Dechen Drolma.

En 2017, tous les habitants pauvres de Khesum ont dit adieu à la pauvreté.

Photo prise le 22 mars 2021 montrant Sonam Drolma (au centre) guidant des passagers lors de leur embarquement à bord d’un train à la gare de Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet (sud-ouest de la Chine). (Tenzing Nima Qadhup / Xinhua)

Témoin de l’arrivée du premier train au Tibet

Sonam Drolma, 41 ans, travaille à la gare de Lhassa, la capitale de la région autonome du Tibet, depuis 16 ans. Appartenant à la première génération de cheminots tibétains de la région, elle a été témoin de l'arrivée du tout premier train au Tibet lors de la mise en service du chemin de fer Qinghai-Tibet en 2006.

Née dans une vallée de l'est du Tibet, Sonam Drolma n’a jamais oublié combien les transports étaient difficiles quand elle était jeune. A cette époque, il ne lui fallait en effet pas moins de 4 jours pour se rendre à son école primaire, trois jours de marche suivis d'un autre jour de voyage en camion. Et quand elle est entrée au collège, c’est plus de 10 jours dont elle avait besoin pour se rendre à l'école dans la province du Hunan (centre de la Chine).

La construction de la section ferroviaire Qinghai-Tibet reliant Lhassa à Golmud a commencé en 2001. Quand Sonam Drolma a appris que l'Université Jiaotong du Sud-Ouest recrutait des étudiants du Tibet pour préparer l'exploitation de la ligne de chemin de fer, elle a immédiatement envoyé sa candidature. « Je voulais voir le train atteindre ma ville natale quand j'aurais obtenu mon diplôme », a-t-elle raconté.

Désormais, des lignes de chemin de fer desservent les villes de Lhassa, Nyingchi et Xigaze, dans la région du plateau. A la fin de 2021, la ligne Lhassa-Nyingchi, longue de 435 km, le premier chemin de fer électrifié du Tibet mis en service en juin de la même année, avait enregistré 621 000 voyages de passagers et transporté plus de 7 900 tonnes de fret.

À la gare de Lhassa où elle travaille, Sonam Drolma a vu davantage d'étudiants partir de chez eux pour aller à l'école ou à l'université. « Je les envie beaucoup pour les meilleures conditions de circulation dont ils bénéficient maintenant. En les regardant s’en aller vers des endroits lointains, je sens que mon travail est important », a-t-elle dit.

Photo prise le 13 mars 2021 montrant Losang Drolma (derrière à droite) jouant à des jeux avec des élèves d'une école de formation de mannequins pour enfants à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet (sud-ouest de la Chine). (Sui Ruibo / Xinhua)

Le courage de poursuivre ses rêves

Lorsque Losang Drolma, 30 ans, a annoncé à sa mère qu'elle avait décidé de devenir mannequin, cela s’est terminé par une dispute. Bien qu'elle se soit spécialisée en droit à l'université, elle était tellement passionnée de mannequinat qu'elle a même emprunté de l'argent pour payer sa formation.

« Avant, ma mère pensait que défiler sur un podium n'était pas un travail correct », a-t-elle raconté.

Mais grâce à ses efforts, Losang Drolma a réussi sa carrière de mannequin, allant jusqu’à se classer quatrième dans un concours international de mannequins en Chine en 2011, puis elle a lancé une école de formation en mannequinat et en esthétique pour enfants en 2016. Au fil des ans, ses élèves ont foulé les scènes et les podiums lors de diverses semaines de la mode.

« J'ai la chance de pouvoir faire une chose qui me passionne. J'espère que mes élèves pourront également découvrir leur passion », a-t-elle dit.

Selon les chiffres officiels, le nombre d'entités de marché au Tibet a plus que doublé entre 2016 à 2020, atteignant désormais 365 000. De plus, un environnement social plus ouvert et inclusif a également permis à davantage de femmes de se sentir libres de poursuivre leurs rêves.

Un jour, Losang Drolma a découvert que sa mère avait placé son certificat de récompense dans un endroit bien en vue de sa maison.

« Je m'appelle Drolma. Ce nom est celui d’un groupe de femmes pleines d'énergie. J'espère que davantage de jeunes auront le courage de poursuivre leurs rêves », a-t-elle souligné.

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Source:french.china.org.cn