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Une enseignante de l’Université de Beijing quitte l’IEEE en protestation

French.china.org.cn | Mis à jour le 30. 05. 2019 | Mots clés : l’Université de Beijing

Mercredi, une enseignante de la Faculté d’électronique et d’ingénierie informatique à l’Université de Beijing, Zhang Haixia (Alice), a annoncé qu’elle quitterait l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE), après l’envoi d’un e-mail par l’organisation à ses collègues de la rédaction leur demandant de « remplacer dans les publications tous les évaluateurs [employés] chez Huawei ». 

Cet e-mail survient dans un contexte d’enlisement des négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Il a déclenché une forte indignation en Chine et un tollé dans le milieu universitaire chinois. Pour certains, cette mesure essaie de « politiser le milieu universitaire ».

Mercredi après-midi, Mme Zhang a publié un message sur le compte WeChat de son laboratoire de recherche, indiquant qu’elle avait « décidé de quitter les comités éditoriaux de l’IEEE NANO (sur les nanotechnologies) et l’IEEE JMEMS (Journal of Microelectromechanical Systems) jusqu’à ce qu’ils restaurent [leur] intégrité professionnelle commune ».

L’IEEE se targue d’être la plus grande organisation professionnelle technique au monde pour le progrès de la technologie. Son code déontologique inclut de « traiter toute personne de manière équitable » et de « ne pas s’engager dans des actes discriminatoires basés sur l’origine ethnique, la religion, le genre, le handicap, l’âge, la nationalité, l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression du genre ». 

« Je suis vraiment abasourdie d’entendre que l’IEEE est impliqué dans l’interdiction américaine de Huawei [en demandant] de remplacer tous les évaluateurs de Huawei. Cela va bien au-delà des domaines de la science et de la technologie, pour lesquels j’ai été formée et que j’ai suivis tout au long de ma carrière professionnelle. […] Je dois dire qu’en tant qu’enseignante, je N’ACCEPTE PAS cela », a fait savoir Mme Zhang sur WeChat.

« Cette mesure est une insulte grave non seulement aux membres chinois [de l’IEEE], mais également au monde de la recherche internationale », a-t-elle expliqué mercredi soir au Global Times , soulignant qu’elle était membre de l’IEEE depuis plus de 20 ans.

Zhang Haixia indique qu’elle n’a pas reçu cette note de l’IEEE, mais affirme avoir vu un e-mail d’un professeur de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) comprenant cette note.

« Je n’ai rien à voir avec Huawei. […] Il n’y a rien de mal à la participation de Huawei, mais son exclusion pose problème. Si la voix d’une entreprise qui sert près d’un tiers de la population mondiale est muselée, à quoi servent alors les organisations universitaires internationales? », commente l’enseignante.

Un rédacteur de l’IEEE s’est déclaré stupéfait de cette information et a indiqué qu’ils allaient enquêter sur cette affaire.

« J’ai reçu un grand nombre de soutiens de la part de mes collègues, y compris de la part de collègues européens et américains », note Mme Zhang.

Mercredi matin, Chen Yiran, un professeur en ingénierie électrique et informatique de l’Université Duke aux Etats-Unis, a fait savoir que l’IEEE cherchait à remplacer tous ses évaluateurs employés chez Huawei dans ses publications, avec une capture d’écran de l’e-mail envoyé par l’IEEE pour attester ses dires.

« Nous n’avons pas d’autre choix que de nous conformer à ces réglementations », peut-on lire sur cette image. 

Une autre photographie a également circulé sur Internet montrant un e-mail envoyé par Eytan H. Modiano indiquant: « Nous devons nous conformer [à cette mesure]. Merci de vous assurer que vous n’employez aucun évaluateur de Huawei. » Une recherche rapide de ce nom sur Internet renvoie sur le site officiel du MIT, selon lequel il s’agit d’un enseignant du MIT et d’un rédacteur adjoint pour les publications de l’IEEE.

« Si l’organisation continue d’utiliser des personnes employées chez Huawei en tant qu’évaluateurs ou rédacteurs pour ses publications, cela pourrait avoir des implications juridiques graves, car le gouvernement américain a placé Huawei sur la liste du Bureau de l’industrie et de la sécurité (BIS) », indique l’e-mail dévoilé par Chen Yiran.

Selon lui, l’organisation pourrait imposer d’autres restrictions sur ses membres travaillant avec Huawei, que ce soit au niveau de la publication d’articles, du parrainage de rencontres ou encore de l’occupation d’un poste au sein de l’organisation. L’article avait été supprimé mercredi après-midi.

Faisant écho à M. Chen, un employé de Huawei souhaitant rester anonyme, indiquait mercredi que l’IEEE avait également envoyé une note à un autre enseignant universitaire chinois, également membre de l’IEEE. 

L’IEEE Chine a fait savoir qu’elle n’avait reçu aucune note sur ce sujet et le siège de l’organisation aux Etats-Unis n’avait pas répondu aux sollicitations au moment de la parution de cet article.

Les chercheurs universitaires chinois ont protesté contre cette mesure de l’IEEE et un grand nombre d’entre eux ont indiqué qu’ils étaient déçus de voir une institution académique internationale devenir un instrument politique.

« Si c’est vrai, cela signifie que l’organisation a politisé des questions académiques », note Zhou Tao, directeur du Centre de recherche sur les mégadonnées de l’Université des sciences et technologies électroniques de Chine.

« L’IEEE a dévié de ses principes et si l’organisation politise les questions académiques, elle ne peut plus être une plateforme de communication ouverte pour les chercheurs internationaux », explique-t-il.

« Je pense qu’il ne s’agit que d’un cas isolé, qui ne devrait pas engendrer d’effet domino ou pousser plus d’institutions académiques internationales à participer dans la campagne menée contre Huawei », estime Fang Xingdong, le fondateur de ChinaLabs, un laboratoire d’idées basé à Beijing et spécialisé dans la technologie.

« Cette affaire montre que la campagne américaine contre Huawei est une décision globale et minutieusement considérée. Toutefois, le monde académique a toujours su maintenir son indépendance en Occident, ce qui signifie qu’il ne peut pas être contrôlé par la politique », souligne-t-il.

En réalité, l’IEEE avait déjà « imposé une interdiction sur la participation des résidents cubains, iraniens, libyens et soudanais dans la rédaction et la parution de toute publication ou norme de l’IEEE », indique un e-mail datant de 2003 disponible sur le site Archives of Jesse, un site de bibliothèque ouverte (open library) et d’information pour l’enseignement scientifique. 

Cette interdiction est survenue lorsque le Département du Trésor des Etats-Unis a exigé des organisations scientifiques américaines qu’elles restreignent l’édition ou la publication des articles de chercheurs iraniens, libyens, soudanais et cubains. Dans le cas contraire, celles-ci « enfreindraient l’embargo commercial américain envers ces pays ».

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Source:french.china.org.cn