|
Richard Sears retrace depuis vingt ans l'étymologie des caractères chinois. Ses travaux disponibles en ligne impressionnent fortement les internautes.
Quand on saisit le caractère 龙 (dragon) sur la page Internet de Richard Sears, on trouve certains caractères anciens de style sigillaire.
Cet érudit passionné par les caractères chinois gagne très vite en popularité sur Internet.
Richard Sears, âgé de 61 ans, a touché bon nombre de Chinois avec la création de son site Internet www.chineseetymology.org consacré à l'étymologie du chinois. Comment a-t-il gagné tant de respect ?
Grâce à ses efforts, il suffit d'entrer un caractère chinois, puis de cliquer sur la touche « Étymologie ». Le caractère apparaît alors selon les différents styles d'écriture Oracle (écriture sur carapace de tortue), Jin (sur bronze), et Petit Zhuan (écriture ronde, ou sigillaire).
Par exemple, en cherchant le caractère « dragon », on découvre son écriture classique, sa phonétique, sa signification, sa simplification, sa prononciation en dialectes du Guangdong et de Taiwan, sa traduction en anglais, ainsi que des explications. On peut retracer son histoire, de ses origines à sa forme actuelle.
« Ce que vous voyez ici est le résultat de mes travaux de recherche de ces vingt dernières années. Mon objectif est de rendre accessibles sur Internet les informations étymologiques des caractères chinois », écrit M. Sears en introduction. « Lorsque j'étais un jeune homme de 22 ans, je m'efforçais d'apprendre à parler et à écrire le chinois à Taiwan. Écrire 5 000 caractères et 60 000 combinaisons était un grand défi. Les idéogrammes sont composés de traits qui ne semblent pas avoir de liens logiques entre eux. Le hasard m'a fait découvrir que la compréhension de ces caractères dans leurs sens et formes originels permet de suivre pas à pas leur évolution. Malheureusement, aucun livre en anglais ne fournit d'explications suffisantes sur l'étymologie du chinois. Même les ouvrages chinois ne sont pas suffisamment clairs en la matière. Pour moi, clarifier l'origine des caractères est un thème de recherche qui permet de les comprendre avec précision, et un guide en anglais fournit une aide précieuse ».
Le 13 janvier, l'internaute « Caogenpimin » (qui signifie littéralement « petit peuple insignifiant ») a qualifié Richard Sears sur son microblog d'« ami étranger qui touche la Chine ». Son message a déjà été repris 22 000 fois. La plupart des internautes s'émerveillent de la patience nécessaire pour mener à bien ce projet.
Comment un site d'étymologie a-t-il pu devenir si populaire ?
Selon Lu Liehong, doyen adjoint de la faculté de lettres de l'Université de Wuhan, plusieurs ouvrages édités au siècle dernier en Chine, comme « Le Grand dictionnaire des caractères Oracle, sur bronze, des styles Zhuan et Li » et « Le Grand dictionnaire du chinois », contiennent des recherches bibliographiques qui font autorité sur les formes et l'étymologie des caractères. Par ailleurs, de nombreux travaux de numérisation ont été effectués à Taiwan. Il existe aussi, dans la partie continentale de Chine, des sites Internet dédiés à la numérisation de documents historiques et d'écriture antique, par exemple www.zdic.net.
Beaucoup d'internautes ont saisi cette affaire pour émettre des critiques sur le milieu académique du pays. « J'admire l'esprit désintéressé de ce monsieur. J'admire davantage les érudits qui travaillent dans l'ombre pour dénicher et répertorier ces idéogrammes antiques sur bronze, sur carapace et dans les registres historiques. Il y a sans doute des Chinois qui font du travail concret. Mais j'espère que des gens de ce genre seront plus nombreux à l'avenir », écrit l'un d'entre eux.
« Il est peu fréquent qu'un érudit étranger déploie tant d'efforts dans ce domaine et partage avec tous les fruits de ses recherches sur Internet. Ses travaux ne sont pas dénués de valeur », estime M. Lu. Selon lui, c'est peut-être en raison du manque de connaissances sur ce sujet particulier que la majorité des internautes ont manifesté un grand respect en découvrant ce site.
|