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Les droits de douane et tensions internationales renforcent l'incertitude sur les chaînes d'approvisionnement

Les droits de douane et les tensions géopolitiques accentuent l'incertitude qui pèse sur les chaînes d'approvisionnement mondiales du secteur manufacturier, compliquant les décisions d'approvisionnement et la planification des investissements à long terme, ont déclaré des responsables industriels et portuaires.
Lance Hastings, PDG de la California Manufacturers & Technology Association, a indiqué que les industriels restaient globalement optimistes quant aux perspectives commerciales, mais se montraient prudents face à un environnement commercial mondial instable.
« Une certaine anxiété persiste en cette fin d'année », a noté M. Hastings lors d'une récente conférence de presse virtuelle avec Gene Seroka, directeur exécutif du port de Los Angeles.
« Les décisions en matière de production ne se prennent pas 30 ou 60 jours à l'avance ; elles s'inscrivent dans une perspective de 6 à 10 ans », a-t-il précisé, ajoutant que les perturbations soudaines rendaient la planification plus difficile pour les entreprises.
Le secteur manufacturier californien génère environ 382 milliards de dollars par an, soit près de 10 % du PIB de l'État de Californie. La Chine demeure l'un des principaux partenaires commerciaux de la Californie et est un maillon essentiel de son réseau de production et d'approvisionnement, alors que leurs échanges bilatéraux de marchandises ont atteint environ 137 milliards de dollars en 2024, concernant principalement des produits manufacturés et des composants industriels.
Cette relation est de plus en plus marquée par un régime tarifaire américain complexe. La plupart des importations chinoises concernées sont actuellement soumises à un « droit de douane réciproque » supplémentaire de 10 %, tandis que les droits de douane au titre de la Section 301, en vigueur depuis longtemps, peuvent atteindre 100 % pour les véhicules électriques et 50 % pour les semi-conducteurs et les cellules solaires, ce qui engendre des coûts supplémentaires et une complexité accrue pour les entreprises dont les chaînes d'approvisionnement sont liées à la Chine.
Interrogé par le China Daily sur la question de savoir si les tensions commerciales sino-américaines persistantes incitaient les fabricants californiens à délocaliser leur production ou leurs approvisionnements hors de Chine, ou au contraire à diversifier leurs activités tout en conservant leurs fournisseurs chinois, M. Hastings a indiqué estimer que cette dernière option reflétait mieux la situation actuelle des entreprises.
« Je pense que c'est plutôt la seconde option », a-t-il déclaré. « Il s'agit avant tout d'évaluer notre positionnement mondial actuel. »
Suite à la pandémie de COVID-19, certains fabricants ont commencé à réévaluer leurs chaînes d'approvisionnement et ont envisagé de relocaliser certaines opérations, a fait savoir M. Hastings. Les droits de douane et les tensions géopolitiques ont depuis accentué la pression.
« L'incertitude est grande », a-t-il affirmé. « Les fabricants privilégient toujours une vision à long terme, et c'est ce qui compte le plus. »
Gene Seroka a indiqué que « les changements dans les modes d'approvisionnement sont clairement visibles au port de Los Angeles, mais il ne faut pas les interpréter simplement comme un désengagement de la Chine ».
« La Chine représentait environ 60 % du chiffre d'affaires total du port en 2018, contre environ 40 % aujourd'hui », a-t-il fait savoir, ajoutant que même si les échanges avec le Vietnam avaient fortement progressé, les chaînes d'approvisionnement manufacturières de la Chine et de l'Asie du Sud-Est étaient de toute façon de plus en plus intégrées.
Les importateurs, qu'ils soient grands ou petits, explorent de plus en plus de sources d'approvisionnement alternatives, notamment en Asie, tout en maintenant des relations complexes avec leurs fournisseurs, souvent à l'échelle de plusieurs pays, a souligné M. Seroka.
Parallèlement, Washington est en train de renforcer la surveillance des chaînes d'approvisionnement mondiales liées à la Chine afin de détecter les cas présumés de « fraude douanière par transbordement », ce qui soulève des questions quant à la manière dont les autorités distingueront les pratiques illégales de la production transfrontalière légitime.
Un rapport de la Maison Blanche publié ce mois-ci a présenté une initiative s'appuyant sur l'intelligence artificielle (IA), baptisée « Detective Border », conçue pour aider les services des douanes et de la protection des frontières des États-Unis à analyser l'origine des expéditions, les itinéraires commerciaux et les informations sur les produits afin de repérer les cargaisons potentiellement suspectes.
Selon M. Seroka, l'utilisation accrue de l'IA n'a pas encore perturbé le trafic de marchandises transitant par Los Angeles.
« Nous allons assister à l'avènement de l'IA et nous allons explorer un champ divers de possibilités et de théories, mais rien pour l'instant qui entrave le commerce transitant par ce port », a-t-il déclaré.
Il a mis en garde les décideurs politiques contre toute confusion entre la fraude douanière et la complexité des réseaux de production internationaux légitimes.
M. Seroka a comparé les réseaux de production asiatiques aux systèmes de fournisseurs à plusieurs niveaux qui entourent les usines automobiles américaines. Un véhicule assemblé dans le Michigan, par exemple, peut dépendre de pneus, de faisceaux de câbles et d'autres composants provenant de plusieurs fournisseurs. « Le secteur manufacturier asiatique fonctionne de manière assez similaire, à ceci près que les pièces franchissent souvent les frontières nationales avant l'assemblage final », a-t-il expliqué.
Un vêtement, par exemple, peut comporter des boutons ou d'autres composants fabriqués en Chine avant d'être assemblé ailleurs en Asie et exporté vers les États-Unis.
« Certains décideurs politiques pensent que les entreprises tentent de contourner ces nouvelles politiques tarifaires et les prix qui en découlent », a déclaré M. Seroka. « Et même s'il existe quelques acteurs mal intentionnés, je suis certain qu'en général, le problème réside dans la complexité de l'approvisionnement en pièces et composants entrant dans la composition d'un produit fini. »
Les règles douanières américaines reconnaissent également que la détermination de l'origine d'un produit peut dépendre du lieu où il subit une « transformation substantielle », et non plus seulement du pays d'expédition final.
Selon M. Seroka, un contrôle plus rigoureux devrait donc s'accompagner d'une compréhension concrète du degré d'intégration de la production mondiale.
« J'aimerais une meilleure prise de conscience », a-t-il indiqué. « J'aimerais que les gens comprennent réellement le fonctionnement des chaînes d'approvisionnement à l'échelle internationale. »
Lance Hastings a souligné que pour les fabricants californiens, le principal défi restait la prise de décisions à long terme dans un contexte où les règles commerciales peuvent évoluer beaucoup plus rapidement que les usines, les relations avec les fournisseurs ou les plans d'investissement.
| Source:french.china.org.cn | ![]() |
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