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Considérée jadis comme un des
fleurons de l'industrie manufacturière, notamment dans les années
1980, la filière coton-textile du Cameroun a régressé de 11% au
cours de cette période faste à 4% aujourd'hui, a décrit jeudi à
Yaoundé le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana au
lancement des premières journées nationales étalées sur trois
jours.
Sous le slogan de la consommation
des produits du terroir, ces premières journées nationales du
textile baptisées "Textile Show 2012" ambitionnent de créer un
électrochoc afin de se repositionner la filière
coton-textile-confection dans son ensemble comme un créneau de
création de richesses et d'emplois de premier ordre, en lui
permettant aussi bien de s'offrir d'autres pistes d'éclosion.
De la filature à la mode en passant
par le tissage, l'ennoblissement, la teinture, la bonneterie et la
confection, les métiers sont nombreux pour attirer des adeptes,
estime le ministre du Commerce.
Déjà, selon lui, la vie de trois
millions de personnes en zone rurale dépend de la production de
coton, avec 250.000 emplois directs assurés aux producteurs.
Dans le secteur spécifique de
l'industrie, la part de la filière coton-textile s'établit à 12%,
pour un total de plus d'un million d'emplois générés par la
transformation du coton, quatrième produit d'exportation hors
pétrole, derrière le bois, le cacao-café et la banane.
Partenaire du ministère du Commerce
dans l'organisation du "Textile Show 2012", l'Interprofession
coton-textile-confection du Cameroun (ICOTEC), créée en décembre
2010, s'est fixé l'objectif de favoriser la promotion d'un "coton
camerounais mieux valorisé et plus compétitif", en créant des
centres techniques textiles gérés par le privé et une centrale d'
achat destinée à "rendre plus accessible la fourniture de matières
premières, pièces détachées et accessoires".
Car, le secteur subit une double
concurrence qualifiée de déloyale, provenant de l'expansion de la
friperie et des tissus pagnes importés que se procurent à des prix
à la portée de leurs bourses en particulier les Camerounais de
condition modeste.
"En ce moment, on n' est pas du
tout compétitifs. D'ailleurs, on se fournit encore en Afrique de
l'Ouest pour avoir les tissus pagnes de bonne qualité, le Wax", a
affirmé sans porter les gants à Xinhua, Jean Philippe Azegue Ndi,
un des rares maîtres tailleurs du pays, formé dans des grandes
académies de haute couture italiennes.
Les propos du couturier est
expliqué par le fait que "la meilleure qualité du coton qui est
transformé par la SODECOTON (Société de développement du coton,
entreprise étatique basée à Garoua, au Nord, principal fief de
production du coton, NDLR) va à l' extérieur. Ce qui nous reste,
c'est la qualité en-dessous et c'est cette qualité-là qu'on essaie
d'utiliser pour travailler ici sur place au Cameroun".
Un accord de partenariat technique
conclu avec la Confédération nationale des producteurs de coton du
Cameroun (CNPCC, également basée à Garoua) permet à la SODECOTON de
canaliser pour la transformation l' essentiel de la production
nationale de coton, réparti entre 54% de coton-graine, 42% de
fibres et 4% de pertes, selon les chiffres officiels.
Unique filateur local, la
Cotonnière industrielle du Cameroun (CICAM) n'en exploite qu'une
infime partie, diminuée d'ailleurs de moitié, de 10% auparavant à
5% maintenant du total des fibres produites, ont soufflé à Xinhua
des sources internes à la SODECOTON.
Pointée du doigt par les
consommateurs pour la qualité jugée peu satisfaisante de ses tissus
vendus sur le marché local, la CICAM se défend plutôt: "C'est un
faux procès que l' on fait à la Cicam. La Cicam aujourd' hui est la
meilleure usine en Afrique subsaharienne de transformation du
textile", vante Guy Alain Mouyema, responsable de l'agence de
l'entreprise à Mvog-Mbi, à Yaoundé.
"Les consommateurs n'ont qu'à se
rapprocher de nos usines et de nos points de vente pour essayer de
palper eux-mêmes la qualité des produits que nous offrons",
poursuit-il, revendiquant un succès commercial continu attesté par
la production d'environ 250 dessins annuels par l'une des trois
usines de l'entreprise.
Responsable de la communication d'
ICOTEC, Rostand Ebouti Ndengue soutient ces déclarations. "La CICAM
a une gamme très variée dans la production de la matière qu'on
appelle le tissu. Pour ne pas vous surprendre, la CICAM est le
fournisseur de Vlisco, des tissus textiles en Côte d'Ivoire. C'est
les mêmes tissus devant lesquels nous nous pâmons dans les
supermarchés, dans les magasins".
Il reconnaît toutefois que les
tissus de meilleure qualité prennent la direction des marchés
extérieurs. "C'est un problème économique, de calcul de coûts de
revient. Ce tissu de meilleure qualité, si on veut le vendre sur le
plan national, il coûtera un prix prohibitif, c' est-à-dire que le
Camerounais moyen ne pourra pas y accéder", juge-t-il.
De l'avis d'Azegue Ndi,
l'interprofession a entrepris des discussions avec le filateur et
la SODECOTON pour pouvoir "créer un pagne camerounais qui est aussi
de très haut niveau, qui nous permettre d'être aussi compétitifs
sur la scène internationale".
Derrière l'institution des journées
nationales du textile se profile justement l'enjeu de la
compétitivité de la filière coton-textile-confection.
En marge de cette manifestation
organisée à l'esplanade du Palais polyvalent des sports de Yaoundé,
une foire exposition-vente de produits issus tu textile local
regroupe une trentaine d'exposants représentant les différentes
professions de la filière.
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