| Le Forum économique mondial (FEM) de Davos a démarré sa première journée de discussions mercredi avec l'accent sur comment améliorer la régulation du secteur financier pour éviter les futures crises et si l'économie mondiale pourrait retrouver la viabilité.
S'il y a un large consensus autour du fait que le système financier mondial a besoin d'être mieux régulé, les participants au forum divergent par contre sur les types de changements qui devraient être faits.
Dans son discours inaugural prononcé à la 40e édition du forum, le président français Nicolas Sarkozy a appelé à une régulation financière plus sévère et condamné un capitalisme de libre marché sans aucune contrainte.
"Il y a des réumunérations qui ne seront plus supportées parce qu'elles sont sans rapports avec le mérite", a stigmatisé M. Sarkozy.
Il a qualifié les rémunérations de "moralement insupportables", du fait que celui qui "contribue à détruire des emplois et des richesses en gagne lui aussi beaucoup".
"La mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison et qu'aucune autre raison ne lui était opposable", a-t-il indiqué.
Pourtant, les participants du FEM ne sont pas tous d'accord avec les points de vue que M. Sarkozy a avancés à l'ouverture de la conférence de cinq jours.
Dennis Nally, président du cabinet PricewaterhouseCoopers (PWC) a estimé que l'excès de régulation et le protectionnisme ne peuvent porter préjudice qu'à la relance de l'économie mondiale.
Les patrons des grandes entreprises du monde s'inquiètent de l'excès de régulation du sytème financier qui "pourra plus ou moins restreindre leur capacité d'investir" et que les politiques protectionnistes pourront contraindre le libre-échange, a estimé M. Nally, lors d'un entretien avec l'agence Xinhua en marge du forum.
"D'après moi, aujourd'hui nous sommes dans une période meilleure qu'il y a un an, mais personne ne peut dire qu'on est sorti de l'auberge", a averti M. Nally.
Personne ne s'oppose à la conviction fondamentale, selon laquelle les gouvernements doivent améliorer leur régulation du système financier, a-t-il affirmé, ajoutant toutefois que comment faire ces améliorations reste un problème compliqué.
"Nous devons mettre au point les types corrects de changements (...) et nous ne pouvons ni réagir de façon excessive, ni procéder à des actions à court terme qui semblent bonnes ou qui peuvent se faire les gros titres, mais qui n'arrivent pas à résoudre les problèmes fondamentaux auxquels nous devons répondre", a-t-il mis en garde.
"Nous sommes en danger d'attaquer les problèmes les plus visibles au lieu de faire ce qu'il nous faut faire", a indiqué Raghuram Rajam, un expert de l'University of Chicago School of Business.
"Nous pourrions surréguler et aller trop loin en taillant trop au couteau (le système)", a indiqué M. Rajan au cours d'une session baptisée "New Normal" de la Croissance mondiale.
"Nous avons besoin d'une bonne régulation, une meilleure régulation mais pas trop de régulation", a indiqué Lord Levene, président de la banque britannique Lloyd dans un autre débat.
Des participants ont également fait part de leurs perspectives sur l'économie mondiale. "Il y aura une relance d'une forme U (...) donc, il existe probablement un risque de double récession", a indiqué Nouriel Roubini, président de Roubini Global Economics Monitor, aux Etats-Unis.
Il a indiqué que les économies émergentes feraient mieux que celles développées. Mais le modèle de croissance basée sur l'exportation dans les économies émergentes comme la Chine est actuellement remis en cause par le fait que les pays comme les Etats-Unis importent moins.
Le PIB de la Chine dépassera celui du Japon en 2010, a noté Heizo Takenaka, directeur de l'Institut de recherche sur la sécurité mondiale à l'Université de Keio au Japon.
Selon le directeur, le redressement de l'économie mondiale prendra la forme de W alors que la Chine et d'autres économies émergeantes font les contributions principales pour réaliser le rebond en croissance.
Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial (World Economic Forum ou WEF), a mis en carde contre des crises sociales à la suite de la crise financière et économique.
"Un travail important doit être mené pour reconstruire un véritable partenariat entre les gouvernements et les milieux d'affaires pour permettre à ceux-ci de rester innovants et entreprenants et de créer des emplois", a-t-il dit.
M. Schwab a estimé qu'il était "dangereux" pour les dirigeants de penser que le pire de la crise est derrière eux et que l'on est "revenu à un fonctionnement normal des affaires".
"Cette crise a profondément modifié notre monde et nous ne pouvons plus revenir à l'ancien système", a-t-il souligné.
M. Schwab a appelé les plus de 2.500 participants du forum à s'adapter à cette nouvelle réalité en s'appropriant le thème de cette réunion : "Améliorer l'État du Monde : Repenser, Réorganiser, Reconstruire".
"Cela signifie concrètement repenser nos valeurs, réorganiser nos systèmes et rebâtir nos institutions", a-t-il dit.
Plus de 200 sessions de travail se tiendront au cours du rassemblement de cinq jours, avec la participation de quelque 2.500 délégués venant de 90 pays, qui représentent les milieux commerciaux, le gouvernement, la société civile, l'académie et les médias.
A l'instar des réunions précédentes ayant eu lieu dans la station de ski helvétique, des dossiers sécuritaires, tels que la situation en Afghanistan et au Moyen-Orient seront également au menu des discussions des participants. |