La technologie numérique est
actuellement en cours d'utilisation pour préserver les Grottes de
Mogao à Dunhuang, dans la province du Gansu (Nord-Ouest de la
Chine).
Le projet « Dunhuang numérique »,
qui vise à rassembler tous les trésors de Dunhuang dans un fonds
commun, s'est également soigneusement efforcé de protéger ses
droits de propriété intellectuelle (DPI) en cette ère du numérique
qui est la nôtre.
L'Académie de Dunhuang, seul
organisme officiellement autorisé par le gouvernement chinois à se
charger de la protection, de l'étude et de la gestion des trésors
contenus dans les grottes de Dunhuang, a annoncé qu'elle détenait
tous les droits aux images de ces trésors anciens en vertu des lois
chinoises sur la propriété intellectuelle.
Son droit d'auteur sur les images
numériques des peintures murales, statues et documents en
provenance des grottes de Dunhuang a été reconnu.
Aucune autre entité, entreprise ou
institution ne peut reproduire, transmettre ou exposer ces images
de Dunhuang sous quelque forme que ce soit sans l'autorisation du
détenteur des droits.
Dunhuang numérique
Ce projet en cours de réalisation
pour protéger les vestiges culturels en recourant aux technologies
nouvelles, appelé « Dunhuang numérique », vise à créer une banque
de données renfermant des informations numériques détaillées sur
ces trésors et des images en couleur de haute qualité de ces
derniers.
Ce travail comprend deux volets - le
premier consistant en la création d'une banque de données
rassemblant des images numériques hautement « intelligentes » des
trésors de Dunhuang, et le second en la constitution d'une
bibliothèque numérique rassemblant les documents historiques et les
résultats des recherches sur Dunhuang ainsi que tous les autres
matériaux y touchant, a déclaré Liu Gang, chercheur de haut rang de
l'Académie de Dunhuang, dans une interview accordée au China
Daily.
Plus d'une douzaine d'organisations
en possession de collections utilisables pour le projet ou
intéressées à la conservation du patrimoine culturel participent à
ce projet mis en route à la fin des années 1990.
L'équipe qui travaille sur ce projet
comprend l'Académie de Dunhuang, la Bibliothèque Nationale de Chine
(Beijing), les bibliothèques nationales du Royaume-Uni et de
France, l'Académie des Sciences de Russie et la Fondation Mellon
(Etats-Unis).
La partie la plus frappante du
projet numérique est la prise de photos numériques des grottes ou
Grottes Virtuelles.
Cette prise de photos entreprise en
l'an 2000 avec le soutien financier de la Fondation Mellon, est
réalisée par plusieurs organismes académiques dont l'Université du
Nord-Ouest (Etats-Unis).
On a utilisé, a dit Liu, la plus
récente technologie photographique numérique, qui permet de
photographier les peintures des parois des grottes où la lumière
naturelle ne peut pénétrer en raison de leur position ou de leur
structure.
Le recours à la technologie
numérique va contribuer à intensifier les efforts de conservation,
en particulier le contrôle du nombre des touristes, faits pour
préserver ce fleuron irremplaçable du patrimoine culturel.
Les chercheurs attachent maintenant
une plus grande attention à l'aspect académique de l'utilisation de
moyens numériques innovants pour conserver, théoriquement
éternellement, en particulier sans les déranger, ces merveilles du
patrimoine culturel national que sont les manuscrits bouddhiques,
les peintures sur rouleaux et les autres documents historiques.
La ville de Dunhuang, située à un
carrefour de l'ancienne Route de la Soie, doit aujourd'hui son
renom aux grottes de Mogao, l'un des plus grands sites de culture
bouddhiste ancienne du monde.
Ces grottes, appelées aussi Grottes
des Mille Bouddhas, renferment environ 2000 sculptures d'argile et
plus de 45 000 m2 de peintures murales, qui datent du Vème au
XIVème siècle.
Ces grottes ont été inscrites sur la
liste des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987.
Sur les 735 grottes de Dunhuang,
environ 492 sont encore intactes. Mais elles ont toutes été
soumises dans une certaine mesure à divers types d'atteintes et de
dommages, depuis la longue exposition aux intempéries jusqu'à la
fumée des feux allumés par les visiteurs et les gens des environs,
ont expliqué les spécialistes de l'Académie de Dunhuang.
Des dommages pourraient également
être causés par ce péril moderne qu'est le tourisme de masse, car
l'humidité créée par la respiration des foules de visiteurs risque
d' abîmer les délicates peintures murales qui ont survécu pendant
des siècles dans le climat aride du désert, ont reconnu les
spécialistes.
Et au cours des années des trésors
ont été enlevés des grottes et se trouvent actuellement dans des
musées, des bibliothèques et des instituts de recherche dispersés
dans le monde entier.
Les études sur Dunhuang ont commencé
en 1900, quand la Grotte-Bibliothèque de Dunhuang, scellée depuis
850 ans et qui renferme plus de 50 000 vestiges, fut découverte
accidentellement par un prêtre taoïste.
Certains objets contenus dans les
grottes de Dunhuang furent emportés hors de Chine dans les années
d'après la découverte des grottes et achetés par des
collectionneurs du Royaume-Uni, de France, de Russie, du Japon,
d'Inde, de la République de Corée et de Finlande.
Mais toutes les collections de
vestiges de Dunhuang actuellement à l'étranger ne sont pas
accessibles aux chercheurs et au public. Les demandes des
chercheurs qui voudraient y avoir accès sont un autre facteur
essentiel qui a contribué à la mise en route du projet.
L'année dernière en mai a été ouvert
un site Internet Dunhuang numérique en chinois, lequel permet de
parcourir près de 10 000 titres de documents numériques et 300
images, peintures murales et sculptures.
Le projet Dunhuang Numérique montre
comment la technologie nouvelle peut rassembler « virtuellement »
des matériaux dispersés dans le monde entier et ouvrir de nouvelles
possibilités aux recherches dans les domaines de l'histoire de
l'art, de la linguistique archéologique, des religions et autres,
pensent les spécialistes.
La protection du DPI dans un monde
numérique
La mise au point et l'application de
la technologie numérique, en collaboration avec les services
offerts par Internet, devraient permettre de rassembler à nouveau
les trésors dispersés de Dunhuang et de donner une plus grande
envergure aux recherches sur Dunhuang, a dit Liu.
« Les trésors nationaux de Dunhuang
auraient vraisemblablement été exploités par Internet sans aucune
compensation si la protection des droits de propriété
intellectuelle n'avait pas été assurée », a poursuivi Liu.
L'académie a décidé d'encourager, en
cas de litiges, une interprétation étroite de l'utilisation
légitime des images de Dunhuang afin d'empêcher toute violation de
ses droits exclusifs.
L'académie a signé, depuis mai 2000,
quatre contrats avec la Fondation Mellon pour affirmer son droit
exclusif de propriété et d'auteur sur les images de Dunhuang.
Ces contrats spécifient le DPI de
l'académie sur toutes les images des grottes réalisées au cours du
processus de photographie numérique.
L'Académie de Dunhuang est le seul
détenteur du DPI sur les négatifs de photos et les images
numériques de Dunhuang produits par les deux parties, précisent les
contrats.
En cas de litiges, les deux parties
sont convenues de les résoudre en vertu de la loi et des règlements
chinois ou de demander la médiation du Comité international
d'Arbitrage économique et commercial de Chine.
En outre une nouvelle technologie de
protection des droits d'auteur a été mise en œuvre : la technologie
de paiement par image, de barrières à cliquer et de marqueurs
numériques qui intercalent des renseignements sur le propriétaire
des droits dans les documents vidéo, audio ou graphiques.
« Les mesures juridiques et
techniques prises vont aider à protéger les droits de propriété
intellectuelle de Dunhuang et probablement avoir une influence
significative sur d'autres aspects de la protection du patrimoine
culturel », a poursuivi Liu.
L'Académie de Dunhuang a mis en
œuvre une série de stratégies pour identifier et contrôler au
maximum les objets sur lesquels elle a un DPI, afin de s'assurer un
rendement économique et de lutter contre le mauvais usage et la
représentation incorrecte des images de Dunhuang, a-t-il dit.
L'académie a choisi la Fondation
Mellon, à but non lucratif, comme partenaire pour la numérisation
des trésors de Dunhuang en raison de la réputation de cette
Fondation, qui aide à la promotion du bien-être de l'humanité par
le biais de la charité et d'une aide aux recherches scientifiques,
littéraires et éducatives, a expliqué Liu.
« La coopération avec des
organisations à but non lucratif va contribuer à garantir une
meilleure protection de nos droits de propriété intellectuelle et
empêcher l'exploitation commerciale des vestiges », a-t-il dit.
Ces dernières années, les détenteurs
de DPI se sont sentis de plus en plus menacés par l'arrivée
d'Internet, outil qui permet une parfaite reproduction et une
envergure de distribution sans précédent.
A la fin des années 1990, des
détenteurs de droits et des spécialistes de droit ont commencé à
proposer des amendements à la Loi sur les Droits d'auteur.
En 2001, la Loi sur les Droits
d'auteur amendée, à laquelle avaient été ajoutées des clauses de
protection des droits de propriété en matière informatique et
d'Internet, a été promulguée. La Cour Suprême populaire a alors
publié une interprétation à l'usage des tribunaux expliquant
comment résoudre les litiges concernant des DPI impliquant
l'informatique ou Internet.
« Le pays a créé un environnement
juridique spécifique pour protéger les DPI liés à l'informatique et
à Internet », a déclaré Li Shunde, professeur de droit à l'Académie
des Sciences sociales de Chine.
L'une des vertus d'Internet est son
envergure—la possibilité de distribuer largement des œuvres
numériques à moindre coût et plus vite que jamais auparavant.
L'inconvénient en est le manque de contrôle des créateurs et
détenteurs de droits sur la diffusion et l'utilisation de leurs
créations, a dit le professeur Li.
« Les détenteurs de droits doivent
accorder une attention croissante à leur protection et faire
reconnaître leurs droits dans le domaine numérique », a ajouté
Li.
En 1996, l'organisation mondiale de
la Propriété intellectuelle a décidé que l'emmagasinage de produits
sous forme numérisée dans les médias électroniques était de la «
copie ». Mettre à la disposition d'autres personnes des œuvres
numérisées pour qu'elles les parcourent, les lisent, les copient et
les impriment par le biais d'un réseau revient aussi à de la «
copie ».
Ceux qui téléchargent, copient ou
impriment les œuvres d'autres personnes sans la permission des
auteurs violent les lois sur les droits d'auteurs et risquent des
poursuites.
Dans une bibliothèque virtuelle, les
livres sont numérisés et distribués sur Internet.
Dans presque tous les pays, les lois
actuelles stipulent que la publication, la mise en circulation et
l'utilisation d'un livre impliquent des droits de propriété
intellectuelle. Et ceci s'applique aux livres électroniques, a
poursuivi Li.
La première Bibliothèque Nationale
numérisée de Chine devrait devenir le principal centre
d'information sur Internet et la principale banque de données
lorsque la réalisation en sera terminée en 2007 .
Des chercheurs en bibliothéconomie
et génie informatique ont agi de concert pour assurer une meilleure
protection aux droits d'auteurs des œuvres numériques en recourant
à des mesures comme le chargement des moteurs de recherche et
l'utilisation de codes et de marqueurs numériques pour empêcher le
téléchargement illicite.
china.org.cn 2005/01/17
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