RDC/Ebola : l'épidémie reste "non maîtrisée" sur fond de tendances divergentes, selon l'OMS
L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) reste "non maîtrisée" malgré une baisse globale des cas et des décès, alors que son évolution devient de plus en plus contrastée selon les zones touchées, a indiqué mercredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
"L'épidémie reste non maîtrisée et de plus en plus hétérogène", a estimé le bureau régional de l'OMS pour l'Afrique dans son dernier rapport hebdomadaire de situation.
Dans la province de l'Ituri (est), épicentre de l'épidémie où sont enregistrés encore près de 80% des cas confirmés, la transmission y est toutefois en baisse depuis la mi-août, contribuant au recul observé à l'échelle nationale.
En Ituri, "le pic est derrière nous. Nous sommes déjà dans la phase descendante", a déclaré mardi soir à Kinshasa Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais de renom et directeur général de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), faisant état d'une "nette amélioration" de la lutte contre l'épidémie dans cette province.
Cette baisse nationale relativement modeste masque toutefois ce que l'OMS qualifie de "redistribution géographique marquée de la transmission". Au cours des trois semaines ayant précédé le 13 septembre, les cas confirmés ont diminué d'environ 6% dans l'ensemble du pays, principalement grâce à un recul de 25% en Ituri, tandis qu'ils ont bondi de plus de 76% dans la province voisine du Nord-Kivu.
Deuxième province la plus touchée après l'Ituri, le Nord-Kivu évolue désormais dans le sens inverse. L'OMS y relève une "hausse forte et soutenue", avec une incidence ayant atteint son "niveau le plus élevé " depuis le début de l'épidémie. Cette progression est observée dans plusieurs zones de santé et ne se limite pas à quelques foyers isolés, a averti l'agence onusienne.
Le Nord-Kivu représente désormais environ un tiers des nouveaux cas et plus d'un tiers des nouveaux décès enregistrés dans le pays, selon le rapport.
Le Dr Muyembe a averti que les progrès enregistrés dans certaines zones ne signifiaient pas la fin de l'épidémie, alors que la transmission reste inégale et continue de s'intensifier ailleurs. Il a appelé à renforcer davantage le suivi des contacts et les autres mesures de riposte.
Parallèlement, plusieurs recherches sur des vaccins et traitements expérimentaux se rapprochent de nouvelles étapes, mais aucun vaccin ni traitement spécifique n'est à ce jour homologué contre la maladie causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, responsable de l'épidémie actuelle.
L'Ervebo, vaccin homologué contre le virus Ebola de l'espèce Zaïre, est actuellement utilisé en RDC dans le cadre de protocoles de recherche visant à déterminer s'il pourrait offrir une certaine protection contre la souche Bundibugyo. Plus de 2.300 agents de santé et intervenants de première ligne étaient vaccinés en date au 13 septembre, soit près de 20% de la population ciblée, selon l'OMS.
Placide Mbala, directeur de la recherche au CDC Afrique, a indiqué mardi que des données de laboratoire et certaines observations de terrain justifiaient d'étudier l'hypothèse d'une protection croisée, tout en soulignant qu'elles ne constituaient pas encore une preuve. Des études cliniques sont en cours pour déterminer si le vaccin peut réduire le risque d'infection, de formes graves ou de décès.
Les recherches sur les traitements et la prévention progressent également. Le Dr Mbala a indiqué qu'un essai clinique évaluant une prophylaxie post-exposition chez des personnes fortement exposées comptait déjà plus de 200 participants et que de premières analyses pourraient être disponibles d'ici la fin du mois.
De son côté, l'OMS a indiqué que 128 personnes dans la Tshopo avaient reçu un traitement ou une prophylaxie à titre expérimental, dont 16 patients confirmés et 112 contacts à haut risque bénéficiant d'une prophylaxie post-exposition. L'essai PARTNERS, soutenu par l'OMS, évalue notamment l'anticorps monoclonal expérimental MBP134, le remdesivir, ainsi que la combinaison des deux chez des patients confirmés.
"Même si la riposte a été d'une ampleur sans précédent, l'épidémie continue de s'étendre", a déclaré mardi à Genève Olivier le Polain, responsable de l'épidémiologie et de l'analyse pour la riposte à l'OMS, lors d'un point de presse des Nations Unies. Compte tenu du nombre élevé de cas et de l'étendue géographique de l'épidémie, il faudra encore "de très nombreux mois" pour parvenir à la maîtriser complètement, a-t-il averti.
Selon le dernier rapport de situation du gouvernement congolais, arrêté au 13 septembre, le pays a compté 7.258 cas confirmés d'Ebola, dont 3.510 décès, dans 62 zones de santé réparties dans sept provinces.
L'épidémie actuelle est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC et la deuxième au monde après celle qui avait frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016.








