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Inverser la tendance

Par : 王栋 |  Mots clés : Inverser la tendance
French.china.org.cn | Mis à jour le 14-09-2026
Chinafrique | 14. 09. 2026

À Bir El Barka, village situé dans la région du Trarza, à environ 70 km à l’est de la capitale mauritanienne Nouakchott, une transformation discrète mais profonde est en cours. Là où s’étendait autrefois un désert stérile, des rangées de cultures maraîchères apparaissent désormais sur le sable jaune. Des tuyaux d’irrigation au goutte-à-goutte serpentent entre les parcelles, tandis que des panneaux solaires alimentent des pompes qui puisent l’eau souterraine pour irriguer les cultures. 

Ce changement est le fruit du Parc des technologies vertes sino-africain, projet pilote réalisé conjointement par la Chine et la Mauritanie. Soutenu par l’Institut d’écologie et de géographie du Xinjiang (XIEG), affilié à l’Académie chinoise des sciences, ce projet vise à explorer un modèle de développement adapté aux régions arides d’Afrique. Achevé en juillet 2024, le parc couvre quatre hectares et comprend plusieurs zones consacrées à la fixation du sable, aux vergers, aux cultures maraîchères, aux plantes fourragères et à l’élevage avicole. 

Le site se trouve dans un environnement particulièrement difficile: sécheresse chronique, températures extrêmement élevées, tempêtes de sable et forte salinisation des sols. Les infrastructures agricoles y étaient limitées et les habitants dépendaient principalement de l’élevage traditionnel, sans source de revenus durable. Comme les chercheurs chinois l’ont constaté, les défis écologiques et de développement étaient profondément liés au niveau local. 

Pour répondre à ces contraintes, ces derniers ont adapté plusieurs technologies développées dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, notamment l’irrigation intelligente, les grilles en nylon pour fixer le sable, les pompes à eau alimentées par l’énergie photovoltaïque, la plantation sur sable et l’amélioration des sols, avant de les appliquer en Mauritanie. 

Dès sa première année de mise en service, le parc a produit environ 900 kg de fruits et légumes (carottes, betteraves, haricots mungo, pastèques, etc.). Cette première récolte a été distribuée gratuitement à près de 6 000 habitants de 15 villages voisins, bénéficiant directement aux communautés locales. Elle marque aussi les premiers pas vers un cycle écologique plus durable. 

Pour les habitants, cette transformation représente une source d’espoir. « Je n’aurais jamais imaginé cultiver des légumes dans le désert », témoigne Mohamed Isselmou, technicien du système d’irrigation du parc. 

Ces réalisations ont également été saluées par les autorités mauritaniennes. Dans un entretien accordé à l’agence de presse Xinhua en juin 2025, Messouda Baham Mohamed Laghdaf, ministre mauritanienne de l’Environnement et du Développement durable, a fait savoir que depuis 2017, année où l’Académie chinoise des sciences et la partie mauritanienne avaient signé leur premier accord de coopération pour lancer le projet du parc, celui-ci avait déjà produit une série de résultats significatifs. Selon elle, 100 hectares de terres sableuses avaient été stabilisés, dont quatre hectares transformés en oasis productives grâce aux technologies chinoises de fixation des dunes. 

Une coopération au-delà des technologies 

En plus des équipements et des infrastructures, le projet accorde une importance particulière au transfert de compétences. Pendant la phase de construction, les techniciens étaient tous des jeunes Mauritaniens, dont certains diplômés d’université. L’équipe chinoise leur a dispensé une formation systématique, transformant la construction du parc en une véritable expérience d’apprentissage. Dix-huit Mauritaniens ont participé à cette phase, et six d’entre eux ont ensuite été retenus pour assurer l’exploitation quotidienne du site. 

Selon Tourad Medou, coordinateur du projet et chargé de promouvoir la coopération écologique internationale au ministère mauritanien de l’Environnement et du Développement durable, de nombreux jeunes qui vivaient auparavant de l’élevage savent désormais faire fonctionner les pompes à eau, régler les systèmes d’irrigation et superviser la croissance des plants. Mme Laghdaf a elle aussi souligné que le projet avait permis de former 45 techniciens locaux aux techniques de reboisement accéléré et de créer 120 emplois directs au bénéfice des communautés locales. Une nouvelle génération de techniciens spécialisés dans les métiers verts apparaît ainsi dans le désert. Pour les partenaires africains, cette coopération ne se limite donc pas à une intervention technique: elle vise à renforcer des capacités locales permettant au projet de produire des effets à long terme. 

Forte des résultats obtenus au Parc des technologies vertes sino-africain, la coopération sino-mauritanienne s’étend à une nouvelle phase. En décembre 2024, les deux parties ont signé un mémorandum portant sur la mise en œuvre d’un projet de 10 000 hectares de reboisement, destiné à contribuer à la restauration des terres dégradées et à la séquestration du carbone. 

Dans le cadre de ce nouveau projet, une parcelle expérimentale d’environ 20 mu (1,3 hectare) a été aménagée afin d’évaluer les techniques de plantation et les modes de gestion avant un déploiement à grande échelle. Selon les responsables mauritaniens, les premiers résultats confirment que les technologies chinoises présentent un réel potentiel pour la restauration des terres désertifiées. La prochaine étape consistera à réduire les coûts et à améliorer l’efficacité grâce à la mécanisation ainsi qu’à une coopération renforcée avec les communautés locales. 

Adapter les solutions aux réalités locales 

L’expérience menée en Mauritanie s’inscrit dans un cadre plus large: celui de l’Initiative de la Grande Muraille verte en Afrique, lancée en 2007 pour lutter contre la dégradation des terres dans la région du Sahel tout en améliorant les conditions de vie des populations locales. Après plus de dix ans d’efforts, près de 20 millions d’hectares ont été restaurés, et 120 000 emplois créés pour les activités liées à l’agriculture, d’après un rapport dédié à ce thème publié par les Nations unies en septembre 2020. Malgré ces résultats positifs, on est encore loin de l’objectif prévu pour 2030. Comme l’indique Lei Jiaqiang, chercheur au XIEG, les effets du changement climatique, la pression démographique et le manque de solutions techniques adaptées continuent de freiner les progrès de l’initiative. 

Pourtant, selon lui, l’expérience chinoise montre qu’il est possible d’inverser la tendance. Au cours des dernières décennies, la Chine est parvenue à faire reculer la désertification grâce à une série de grands programmes écologiques. Cette expérience constitue aujourd’hui une référence que le pays entend partager avec ses partenaires africains. 

Mais au lieu de s’appuyer sur un modèle unique, cette coopération repose sur des solutions adaptées aux réalités locales. En Mauritanie, les équipes chinoises travaillent sur la fixation des dunes mobiles tout en introduisant des techniques d’irrigation économe en eau et en sélectionnant des espèces végétales capables d’améliorer à la fois l’environnement et les moyens de subsistance des populations. Au Nigeria, les recherches portent principalement sur la prévention de l’érosion éolienne des sols. En Éthiopie, les efforts se concentrent sur la restauration des pâturages dégradés. Les chercheurs chinois y ont éliminé les arbustes envahissants, réutilisé ces végétaux pour installer des clôtures, puis instauré un système de mise en défens et de pâturage tournant. Après seulement quatre mois, la biomasse des pâturages avait triplé, démontrant l’efficacité de cette approche adaptée aux conditions locales. 

Dans le désert mauritanien comme dans les zones pastorales éthiopiennes, les premières améliorations observées montrent qu’une coopération fondée sur la science, la formation et l’adaptation locale peut ouvrir de nouvelles perspectives pour la restauration des terres, le développement économique et l’amélioration durable des conditions de vie sur le continent africain.  


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Source: Chinafrique
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