Les systèmes solaires chinois hors réseau répondent au défi du "dernier kilomètre" énergétique au Kenya
Dans les vastes plaines du Maasai Mara, la nuit ne signifie plus forcément la fin de la journée. Sous les lumières d'une cérémonie de mariage, les tambours résonnent et les habitants dansent jusqu'à tard dans la nuit. A des centaines de kilomètres de là, dans le camp de réfugiés de Kakuma, un petit cinéma peut diffuser désormais un match de football sans craindre une coupure de courant.
Derrière ces scènes du quotidien se trouve une transformation profonde. Au Kenya, où les populations sont dispersées et où les réseaux électriques traditionnels restent difficiles et coûteux à étendre dans les zones reculées, les systèmes photovoltaïques chinois hors réseau apportent une nouvelle réponse au problème du "dernier kilomètre" énergétique. Sans attendre l'arrivée du réseau électrique, ces systèmes autonomes permettent déjà à des communautés isolées d'accéder à une électricité stable et ouvrent de nouvelles possibilités pour l'éducation, les communications, l'agriculture et les petites activités économiques.
ELARGIR L'ACCES A L'ENERGIE
Au Maasai Mara, le chef communautaire Simon Masago se souvient qu'autrefois, les mariages et les cérémonies traditionnelles dépendaient de groupes électrogènes diesel coûteux, avec le risque permanent de manquer de carburant ou de voir les équipements s'arrêter en pleine fête. "Avec les équipements solaires et de stockage chinois, nous avons pour la première fois une électricité stable", explique-t-il. La lumière a ainsi prolongé la vie nocturne de la communauté et permis aux activités traditionnelles de se poursuivre normalement.
L'électricité gagne également les écoles rurales. "Avant, ils devaient faire leurs devoirs avant la tombée de la nuit. Maintenant, ils peuvent aussi étudier le soir", témoigne Simon Masago. En effet, dans certaines communautés, les élèves ne pouvaient auparavant faire leurs devoirs qu'à la lumière du jour alors que l'énergie produite et stockée pendant la journée permet désormais d'éclairer les salles de classe le soir.
A Kakuma, où vivent des réfugiés originaires de plusieurs pays et où les infrastructures restent limitées, l'accès à une énergie fiable constitue depuis longtemps un défi. Le réfugié Fidel Aganze estime que les équipements chinois ont une capacité supérieure et une meilleure durabilité que les batteries traditionnelles utilisées auparavant. Pour Wycliffe Barasa, responsable d'une organisation non gouvernementale locale, les solutions énergétiques adaptées aux réalités du camp étaient jusqu'ici peu nombreuses.
Selon le "Rapport sur les progrès énergétiques au titre de l'Objectif de développement durable 7", publié le 24 juin par plusieurs agences des Nations Unies, 655 millions de personnes dans le monde n'avaient toujours pas accès à l'électricité, dont plus de 560 millions en Afrique subsaharienne. Dans les régions où les populations sont dispersées et où l'extension du réseau est coûteuse, les systèmes photovoltaïques hors réseau, qui fonctionnent de manière autonome sans nécessiter de lignes de transmission, constituent une solution de plus en plus privilégiée. Un panneau solaire, une batterie de stockage et un onduleur peuvent ainsi former "une petite centrale électrique" capable d'apporter de l'électricité là où le réseau tarde encore à arriver.
REDUIRE LES BARRIERES A L'ENERGIE VERTE
Mais avoir accès à l'électricité ne suffit pas: encore faut-il pouvoir se l'offrir. Pour de nombreuses familles africaines, le coût initial des équipements reste un obstacle important. Agriculteurs, éleveurs et petits commerçants peuvent avoir besoin d'électricité sans disposer des moyens nécessaires pour effectuer un paiement important en une seule fois.
Les entreprises chinoises adaptent ainsi leurs modèles commerciaux aux réalités locales. En s'appuyant notamment sur M-Pesa, très largement utilisé au Kenya pour les paiements mobiles, certaines proposent le système "Pay-As-You-Go", permettant aux utilisateurs de régler leur équipement progressivement, chaque semaine ou chaque mois. Cette formule correspond davantage aux revenus irréguliers de nombreux agriculteurs et éleveurs et réduit le coût d'accès initial à l'énergie solaire.
La maturité de la chaîne industrielle photovoltaïque chinoise contribue également à faire baisser les coûts. A mesure que les prix des équipements diminuent, les solutions solaires d'éclairage et de stockage quittent progressivement les seuls projets spécialisés pour entrer dans les foyers et les petites activités économiques. Pour Jacqueline Kimeu, coordinatrice chargée du climat et de l'énergie au WWF-Kenya (Fonds mondial pour la nature), les entreprises chinoises apportent "bien plus que des équipements" : elles proposent aussi des solutions adaptées aux besoins du marché local.
"Autrefois, on pensait que la vie moderne ne pourrait arriver qu'avec l'extension du réseau électrique national. Les systèmes solaires chinois hors réseau offrent une autre possibilité", explique Zhang Chuang, responsable d'une entreprise chinoise de nouvelles énergies implantée depuis plusieurs années au Kenya. De la fabrication des produits à la maîtrise des coûts, en passant par les modes de paiement, les atouts de la chaîne industrielle chinoise, combinés aux besoins locaux, permettent au photovoltaïque hors réseau d'entrer dans les communautés sans attendre que le réseau traditionnel couvre l'ensemble du territoire.
LIBERER LE POTENTIEL DE L'ELECTRICITE
A Kakuma, l'arrivée d'un courant électrique plus stable transforme aussi les activités économiques. David Elen, 30 ans, gère un petit cinéma où les habitants se retrouvent notamment pour regarder les matchs de football. Avant l'installation d'un système solaire de stockage fabriqué en Chine, les coupures interrompaient régulièrement les retransmissions et faisaient partir les clients. "Avec cette alimentation de secours, mon activité est devenue beaucoup plus stable", raconte-t-il.
Non loin de là, une petite station de recharge de téléphones peut servir plusieurs dizaines de personnes par jour, parfois près d'une centaine. Au Kenya, le téléphone portable est à la fois un moyen de communication, un outil de paiement et un instrument essentiel pour les petites activités commerciales. Une alimentation électrique fiable devient ainsi directement source de revenus.
Dans les régions rurales, l'énergie solaire réduit aussi les coûts de production. Un agriculteur qui dépendait auparavant d'une pompe diesel pour irriguer ses champs a installé une pompe solaire chinoise. La baisse des coûts d'irrigation a contribué à augmenter d'environ 30% la production agricole, tandis que les revenus supplémentaires ont permis de soutenir la scolarité de ses enfants. L'énergie solaire n'est plus seulement une source d'éclairage : elle devient un facteur de production.
Du Maasai Mara à Kakuma, de l'éclairage d'une salle de classe à l'irrigation d'un champ, l'électricité commence ainsi à changer la vie et les moyens de subsistance dans les communautés reculées. Alors que les réseaux traditionnels continuent de s'étendre, les solutions hors réseau peuvent combler les espaces encore difficiles à atteindre.
Pour le Kenya et pour d'autres pays africains confrontés à des défis similaires, cette complémentarité ouvre une nouvelle voie : permettre à certaines communautés d'avoir accès à l'électricité avant même l'arrivée du réseau, puis transformer cette énergie en possibilités de développement. De la lumière du soleil à l'électricité, d'un équipement à une nouvelle perspective de développement, les solutions chinoises de nouvelles énergies participent ainsi, au plus près des besoins locaux, à la transition verte de l'Afrique et donnent une traduction concrète à la coopération verte entre la Chine et l'Afrique.








