RDC/Ebola : plus de 4.000 cas confirmés, la riposte élargie (PAPIER GENERAL)
Le nombre de cas confirmés d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a atteint 4.053, dont 1.850 décès, alors que les autorités sanitaires cherchent à déterminer si une éventuelle mutation du virus pourrait contribuer à l'ampleur sans précédent de l'épidémie et accélèrent les essais de vaccins et de traitements potentiels.
Provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, l'épidémie est désormais la deuxième plus importante jamais enregistrée dans le monde et la plus grave en RDC depuis l'identification du virus dans le pays en 1976.
Selon les dernières données publiées jeudi par les autorités congolaises, 4.053 cas confirmés ont été recensés, dont 1.850 décès et 793 guérisons. L'épidémie touche 53 zones de santé dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Haut-Uélé et de la Tshopo.
L'Ituri, épicentre de l'épidémie, concentre 86,9% des cas confirmés.
Le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, a déclaré jeudi lors d'une conférence de presse en ligne que le nombre réel de cas pourrait être supérieur aux données officiellement rapportées.
"Nous pensons qu'un nombre croissant de cas échappent au système de notification", a-t-il indiqué.
M. Kaseya a annoncé le lancement d'études visant à déterminer si d'autres facteurs contribuaient à la gravité et à la progression rapide de l'épidémie, notamment une éventuelle mutation du virus. "Le niveau de gravité de cette épidémie est sans précédent. Nous allons lancer des études pour déterminer si le virus a muté et, le cas échéant, définir les mesures à prendre", a-t-il affirmé.
Selon lui, la principale faiblesse de la riposte ne réside pas dans le manque de financement, mais dans l'insuffisante mobilisation des communautés touchées. Il a appelé à renforcer la détection précoce des cas, le suivi des contacts, l'accès au dépistage et aux soins ainsi que le soutien aux agents de première ligne, tout en associant davantage les responsables religieux, les chefs traditionnels, les femmes et la jeunesse.
"L'appropriation de la riposte par les communautés doit être au cœur de notre action", a écrit jeudi sur les réseaux sociaux le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, après une visite à Kinshasa.
La poursuite de l'épidémie dans l'est du pays a également suscité des inquiétudes dans la capitale Kinshasa, après la mise en quarantaine d'un bateau dont un ancien passager est décédé après avoir présenté des symptômes suspects d'Ebola.
Le bateau a été intercepté mercredi sur le fleuve Congo, à environ 65km en amont du centre de Kinshasa, une mégapole de près de 20 millions d'habitants où aucun cas d'Ebola n'a jusqu'à présent été confirmé.
Un laboratoire mobile a été déployé jeudi afin d'appuyer les opérations de dépistage et d'analyse, le gouvernement congolais ayant décidé de tester l'ensemble des passagers et des membres de l'équipage.
L'alerte concerne un passager qui avait débarqué dans la zone de santé de Pimu, dans la province de la Mongala, dans le nord-ouest du pays, avant de mourir dans un établissement hospitalier. Son décès n'a pas encore été confirmé en laboratoire comme étant lié à Ebola. Les autorités ont précisé qu'aucun autre décès n'avait été enregistré parmi les personnes restées à bord.
Des divergences subsistent toutefois sur la provenance du bateau. Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a déclaré mercredi que l'embarcation venait de la province de la Tshopo, touchée par l'épidémie, tandis que M. Kaseya a affirmé jeudi que des "informations fiables" indiquaient qu'elle venait de la Mongala, où aucun cas d'Ebola n'a été confirmé.
Le gouvernement congolais et le directeur général du CDC Afrique ont également donné des versions différentes sur le moment où le passager décédé a commencé à présenter des symptômes. Selon le gouvernement, les symptômes sont apparus après son débarquement, tandis que M. Kaseya a dit qu'ils s'étaient manifestés pendant le voyage.
M. Kaseya a déclaré que toutes les personnes se trouvant à bord étaient en train d'être testées et étaient maintenues en quarantaine dans l'attente des résultats définitifs. Elles n'ont pas été autorisées à entrer dans le centre de Kinshasa et resteront sous observation pendant la poursuite des investigations épidémiologiques.
Le secrétaire général du ministère congolais de la Santé, Body Ilonga Bompoko, a confié jeudi à Xinhua sur place que le manifeste du bateau faisait état de 250 passagers, mais qu'au moins 300 personnes se trouveraient en réalité à bord. La vérification du nombre exact de passagers était toujours en cours, a-t-il précisé.
M. Bompoko a ajouté qu'un autre bateau en provenance de la province occidentale de l'Equateur avait également été placé en quarantaine par mesure de précaution, bien qu'aucune alerte liée à Ebola n'ait été signalée à son bord.
"Nous devons tout faire pour qu'Ebola n'arrive pas à Kinshasa", a-t-il estimé.
Aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé n'est actuellement disponible contre la maladie provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola.
M. Kaseya a confirmé la décision des autorités d'élargir l'utilisation du vaccin Ervebo auprès des populations de l'Ituri et du Nord-Kivu, tout en poursuivant les études officielles. Ce vaccin a été développé et homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola, qui appartient à une espèce différente.
Selon lui, des observations de terrain laissent penser que les personnes précédemment vaccinées contre la souche Zaïre et ayant ensuite contracté la maladie via la souche Bundibugyo ont développé des symptômes moins graves ou ont survécu. Aucun décès n'aurait été observé parmi les personnes précédemment vaccinées, tandis que les décès enregistrés pendant l'épidémie actuelle concerneraient des patients non vaccinés.
Vasee Moorthy, responsable par intérim du programme R&D Blueprint de l'OMS, a déclaré mardi lors d'une conférence de presse à Genève que l'organisation examinait également de nouvelles données issues d'études animales sur une éventuelle protection croisée offerte par le vaccin Ervebo.
Des progrès ont également été enregistrés dans la mise au point de candidats vaccins visant spécifiquement la souche Bundibugyo. Un vaccin développé par l'Université d'Oxford et le Serum Institute of India a entamé un essai clinique de phase I au Royaume-Uni le 24 juillet. Un deuxième candidat, développé par Moderna, devait entrer en phase I au Canada cette semaine, selon M. Moorthy.








