share

La carte était erronée, mais le problème de perception est bien réel (OPINION)

Par : 张平平 |  Mots clés : Afrique,USA
French.china.org.cn | Mis à jour le 01-08-2026
Agence de presse Xinhua | 01. 08. 2026

Une étrange carte de l'Afrique est récemment apparue dans une présentation du gouvernement américain lors d'une conférence internationale au Brésil. Le Nigeria y était représenté comme un pays enclavé au cœur du Sahara, le Mozambique était déplacé vers la Corne de l'Afrique et la Côte d'Ivoire se trouvait à l'autre bout du continent. Le département d'Etat américain a par la suite reconnu son erreur, expliquant que la diapositive PowerPoint avait été modifiée à la hâte avant l'événement.

L'erreur est humaine. Mais cet épisode soulève une question qui va au-delà d'un simple graphique erroné : comment une image aussi déformée de l'Afrique a-t-elle pu passer toutes les vérifications pour finir par figurer dans une présentation officielle ?

A l'ère de l'intelligence artificielle, la technologie peut reproduire des erreurs à une vitesse sans précédent. Mais l'IA ne crée pas toutes ses erreurs à partir de rien ; elle reflète souvent les a priori et les préjugés ancrés dans les informations à partir desquelles elle apprend.

La réponse ne réside pas seulement dans la technologie ou l'erreur humaine, mais dans la perception.

Le Nigeria a été mal situé en partie parce qu'il a été confondu avec le Niger, une erreur récurrente dans le discours public occidental. Ces deux pays voisins ont des histoires, des géographies et des sociétés différentes, pourtant les grands organes de presse ont publié à plusieurs reprises des articles explicatifs rappelant aux lecteurs qu'il ne s'agit pas du même pays.

L'incident de la carte erronée est important, car il soulève une question plus profonde : dans quelle mesure l'Occident comprend-il réellement l'Afrique ? La question ne se résume pas simplement à situer correctement un pays, mais à savoir si l'Afrique est considérée comme un continent composé de nations, de sociétés et d'histoires diverses, plutôt que d'être perçue à travers des présupposés simplistes.

Ces dernières années, Washington s'est montré de plus en plus intéressé par les minerais de nature critique, les chaînes d'approvisionnement et la concurrence stratégique en Afrique. Le cobalt, le lithium, le cuivre et le graphite apparaissent désormais régulièrement dans les discussions entre décideurs politiques et groupes de réflexion occidentaux. Le "corridor de Lobito", soutenu par les Etats-Unis et leurs partenaires pour améliorer les liaisons de transport destinées aux exportations de minerais en provenance de pays tels que la Zambie et la République démocratique du Congo, est devenu un concept géopolitique récurrent.

En d'autres termes, il existe un risque de considérer l'Afrique principalement à travers ce qui peut être extrait de son sol. Cependant, un continent composé de 54 pays et comptant environ 1,4 milliard d'habitants ne peut être réduit à une simple carte des ressources.

En tant que membre clé du Sud global, l'Afrique abrite certaines des économies numériques les plus dynamiques au monde, une population jeune et dynamique, ainsi qu'une riche mosaïque de cultures et de sociétés, chacune avec des ambitions et des trajectoires de développement qui lui sont propres. Pendant trop longtemps, l'Occident a choisi d'ignorer cette réalité.

Une carte n'est jamais simplement une carte. Elle reflète la manière dont on imagine le monde. Durant des siècles, les cartes de l'Afrique ont été dessinées en grande partie par des personnes étrangères au continent. Dans les années 1880, les puissances européennes se sont partagé l'Afrique lors de la Conférence de Berlin, en l'absence quasi totale de représentants africains. Sur les cartes qu'elles ont dessinées, les frontières ont été tracées le long des fleuves, des lignes de latitude et de longitude, divisant des communautés qui partageaient depuis longtemps des langues, des cultures et des réseaux commerciaux, tout en regroupant de force des régions très différentes au sein d'une même entité politique.

Ces cartes ne reflétaient pas les réalités géographiques. Elles servaient les intérêts coloniaux, l'exploitation des ressources et l'équilibre des pouvoirs entre rivaux européens. Aucune des lignes figurant sur ces cartes n'a été tracée par des Africains. Toutes ont été imposées.

Bien que l'ère coloniale soit révolue, la mentalité qui sous-tend ces cartes s'est avérée plus difficile à changer, tout comme l'idée selon laquelle l'Afrique peut être comprise sans écouter pleinement les Africains eux-mêmes.

C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Union africaine a soutenu une campagne remettant en cause l'utilisation persistante de la projection de Mercator dans les écoles, les médias et les plateformes cartographiques numériques, en faisant valoir qu'elle déforme la taille réelle de l'Afrique et renforce des perceptions dépassées du continent. Sur de nombreuses cartes de Mercator, le Groenland apparaît comme ayant une taille presque comparable à celle de l'Afrique, alors que cette dernière est environ 14 fois plus grande.

La controverse autour de la carte de l'Afrique nous rappelle à point nommé que corriger l'image de l'Afrique ne se résume pas à rectifier une diapositive. Cela nécessite de changer la façon dont l'Occident perçoit le continent, pour qu'il cesse d'être un objet passif de concurrence et d'exploitation et devienne une force active façonnant son propre avenir.

Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
Source: Agence de presse Xinhua
Retournez en haut de la page