L'expérience chinoise en matière de lutte contre la désertification constitue une référence importante aux pays du Sahel, selon un responsable mauritanien (INTERVIEW)
L'expérience de la Chine en matière de lutte contre la désertification et de restauration des terres dégradées constitue une référence importante pour la Mauritanie et les autres pays du Sahel confrontés à l'avancée du désert, a estimé un responsable mauritanien.
Dans un entretien accordé récemment à Xinhua à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, célébrée le 17 juin, Mohamed Mahmoud Talebna, ingénieur et chef du secteur chargé du développement local à l'Agence nationale de la Grande Muraille verte (ANGMV) de Mauritanie, a indiqué la désertification restait l'un des défis environnementaux les plus urgents auxquels est confrontée la Mauritanie.
La Mauritanie fait face, depuis les années 1970, à des épisodes récurrents de sécheresse et à une progression préoccupante de la désertification, qui ont profondément affecté l'économie rurale, traditionnellement fondée sur l'élevage et l'agriculture, a souligné M. Talebna.
"La Mauritanie appartient à une zone sahélienne et sahélo-saharienne particulièrement exposée à l'avancée des dunes, à la dégradation des sols et à la diminution des superficies agricoles", a-t-il dit, faisant remarquer l'aggravation de ces difficultés sous les effets du changement climatique.
M. Talebna a souligné que l'ANGMV s'inscrivait dans le cadre de l'initiative régionale de la Grande Muraille verte, qui vise à restaurer les terres dégradées, renforcer la résilience des communautés face aux effets du changement climatique et améliorer les conditions de vie des populations à travers des projets de développement durable.
Ces dernières années, l'agence a mené plusieurs actions de restauration des écosystèmes, notamment "la création de réserves environnementales, la fixation mécanique et biologique des dunes, la production de plants, ainsi que le semis direct", a-t-il expliqué.
Pour lui, la lutte contre la désertification ne peut être dissociée du développement local. L'agence soutient ainsi des fermes communautaires intégrées, équipées entre autre de points d'eau alimentés par des pompes solaires, d'espaces de production agricole, de poulaillers et de boutiques communautaires. Ces projets permettent de créer des revenus, d'améliorer l'accès aux produits agricoles frais et de fournir des plants pour les campagnes de reboisement.
Dans plusieurs localités touchées par la désertification, a-t-il ajouté, les activités génératrices de revenus ont contribué à améliorer les moyens de subsistance des habitants, tandis que les travaux de fixation des dunes ont permis de protéger des villages menacés par l'ensablement et de réduire les risques liés à l'accumulation de sable sur certains axes routiers importants du pays.
Evoquant l'expérience chinoise, M. Talebna a estimé qu'elle était "l'une des plus remarquables au monde" dans le domaine de la lutte contre la désertification et de la restauration des terres dégradées.
Selon lui, la vision à long terme, les investissements soutenus, la mobilisation des pouvoirs publics et la participation des communautés locales figurent parmi les facteurs qui expliquent les résultats obtenus par la Chine au cours des dernières décennies.
Il a cité, entre autres, les grands programmes écologiques chinois, dont le Programme des Trois-Nord, les campagnes de reboisement à grande échelle, les techniques de fixation des dunes à l'aide de barrières végétales ou de paille, la plantation d'espèces résistantes à la sécheresse, la création de brise-vents, ainsi que l'utilisation de la télédétection, des images satellitaires et des systèmes d'information géographique pour suivre l'évolution des écosystèmes.
"La Mauritanie et les pays du Sahel peuvent s'inspirer de plusieurs aspects de l'expérience chinoise", a-t-il affirmé, évoquant notamment la fixation des dunes, le développement de pépinières modernes, la collecte et la valorisation des eaux de pluie, la gestion durable des pâturages, l'agroforesterie, l'utilisation des technologies modernes, l'implication des populations locales et la planification à long terme.
M. Talebna a également souligné le rôle de la coopération internationale, en particulier avec la Chine. Selon lui, le transfert de technologies, la formation des cadres techniques, le partage d'expertise et le financement de projets environnementaux peuvent aider les pays sahéliens à mieux faire face aux défis climatiques et environnementaux.
"Face aux défis climatiques mondiaux, la coopération demeure un levier indispensable pour protéger les écosystèmes, renforcer la résilience des populations et préserver notre patrimoine naturel commun", a-t-il conclu.








