Eurosatory 2026 : un salon de la défense au miroir de deux guerres (APERCU)
Le Salon mondial de la défense et de la sécurité Eurosatory se tiendra du 15 au 19 juin à Villepinte, dans un contexte marqué par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine. Alors que les entreprises israéliennes seront de nouveau privées d'exposer du matériel offensif, les exposants ukrainiens vont mettre en avant leurs retours d'expérience du front, faisant du salon un observatoire des tensions géopolitiques actuelles.
LES ARMES OFFENSIVES ISRAELIENNES EXCLUES
La France a officiellement interdit à Israël de présenter des armes offensives. Seuls les systèmes de défense antibalistique et antiaérienne sont autorisés, a confirmé Charles Beaudouin, commissaire du salon biennal.
Cette restriction, qualifiée de "honteuse" et de "calcul politique et commercial" par le ministère israélien de la Défense, s'inscrit dans un contexte de condamnation répétée par Paris des opérations militaires israéliennes. "Nous reconnaissons le droit d'Israël, comme tout Etat, à se défendre contre les agressions dont il est la victime. Nous avons indiqué aux organisateurs de ce salon que seuls les matériels défensifs pourront être exposés", a affirmé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, soulignant que la décision est "en pleine cohérence avec celles prises par le passé".
Dès 2024, des restrictions similaires avaient été imposées, et en 2025, la participation israélienne au salon du Bourget avait déjà suscité des polémiques, avec des recours en justice et des manifestations contre la présence d'entreprises liées à des opérations controversées à Gaza. "Les conditions ne sont plus réunies pour recevoir les entreprises israéliennes sur le salon", avait justifié le ministère français des Armées, évoquant un cadre strict : seule la défense (antimissiles, antibalistique) est tolérée.
Pourtant, cette distinction entre armes offensives et défensives est contestée par des ONG comme BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), qui estiment que "les armes défensives, ça n'existe pas" dans le contexte israélien. "C'est oublier qu'il s'agit d'entreprises comme Elbit Systems ou Israel Aerospace Industries, impliquées dans des opérations militaires critiquées", a souligné l'Agence Média Palestine, qui critique vertement les attaques effectuées par l'armée israélienne à l'encontre des combattants et des civils palestiniens.
LES EXPERIENCES UKRAINIENNES CONVOITEES
Environ 80 sociétés ukrainiennes, contre dix lors de l'édition précédente, exposeront de l'équipement directement éprouvé sur le champ de bataille, notamment des drones, mais aussi des systèmes robotisés et bien d'autres. "Les Ukrainiens sont tellement en avance qu'on ne peut que les copier", a affirmé à la presse Charles Beaudouin.
La forte présence ukrainienne devrait illustrer "la transformation rapide d'un pays devenu, sous la contrainte de la guerre, un véritable laboratoire de l'innovation militaire", et les armées européennes "cherchent désormais à combler rapidement certaines lacunes mises en évidence par le conflit ukrainien", selon une analyse du site spécialisé armées.com.
Au Moyen-Orient également, les expériences ukrainiennes sont très convoitées. En tournée en Arabie saoudite, au Qatar et aux Emirats arabes unis (EAU) en avril dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé plusieurs accords de coopération sécuritaire, se posant en partenaire de sécurité des pays du Golfe, confrontés à la guerre régionale.
Les nouvelles réalités géopolitiques montrent que "la capacité de production de masse est devenue aussi décisive que la sophistication des équipements", selon un article paru dans Le Point sur Eurosatory, et la capacité ukrainienne à produire "entre 4 et 7 millions de drones par an" en est un exemple révélateur.








