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RDC/Ebola : la riposte à l'épidémie mise à l'épreuve par la peur, la flambée des prix et une confiance fragile (REPORTAGE)

Par : 王文晔 |  Mots clés : RDC, Ebola,REPORTAGE
French.china.org.cn | Mis à jour le 30-05-2026
Agence de presse Xinhua | 30. 05. 2026

A Bunia, la peur d'Ebola se lit jusque sur les rayons des boutiques.

Dans plusieurs quartiers du chef-lieu de la province de l'Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), les petits flacons de gel hydroalcoolique, faciles à glisser dans une poche, se font rares. Il ne reste souvent que de grandes bouteilles de 500 millilitres ou d'un litre, moins pratiques et de plus en plus chères.

"Cela devient trop cher. Comment voulez-vous que les gens d'ici puissent les acheter ? C'est un énorme problème pour empêcher la propagation de l'épidémie", a confié Justin, un habitant venu chercher un nouveau flacon de désinfectant.

Selon des habitants et commerçants locaux, une bouteille de 500 ml, qui coûtait auparavant environ cinq dollars, se vend désormais autour de dix dollars. Certains s'attendent à une nouvelle hausse des prix.

La dernière flambée d'Ebola, causée par la souche Bundibugyo du virus et marquée par plus de 1.000 cas suspects signalés, a fait entrer les gestes de prévention dans la vie quotidienne en Ituri, épicentre d'une épidémie déjà aggravée par des années de violences armées, de déplacements de population et de services publics fragiles.

La maladie n'est plus seulement une urgence cantonnée aux centres de traitement. Elle s'invite désormais dans les cours d'école, les salles de classe bondées, les hôpitaux, les contrôles à l'aéroport et les petits commerces de bord de route où les vendeurs manipulent l'argent de clients inconnus.

A l'EPE Bunia, une école primaire de la capitale provinciale, le directeur Gaston Katshuva commence chaque journée en installant des dispositifs de lavage des mains avant l'entrée des élèves en classe. Il rassemble ensuite les enfants pour leur rappeler les gestes essentiels : se laver les mains, éviter les contacts physiques inutiles, reconnaître les symptômes et comprendre ce qu'est Ebola.

"La première chose que je fais chaque matin, c'est installer les dispositifs de lavage des mains", a-t-il expliqué. "Ensuite, je demande aux élèves comment ils peuvent se protéger contre cette maladie, à travers la sensibilisation sur Ebola, son histoire, ses symptômes et sa prévention".

Cette routine paraît simple, mais elle est difficile à maintenir. Les écoles ont besoin chaque jour d'eau, de savon et de désinfectant. Certaines manquent de dispositifs adaptés pour le lavage des mains, d'autres peinent à se procurer les produits nécessaires. Dans une ville où les désinfectants disparaissent des rayons et où les prix augmentent, la prévention devient elle-même un fardeau logistique et financier.

Dans les salles de classe, les limites sont encore plus visibles.

"Nous sommes entassés ici. Il n'y a aucun moyen de garder la distance ou de respecter les mesures de prévention de base", a déploré Loïse Francine, une enseignante à Bunia.

Selon elle, certaines classes comptent plus de 50 élèves, venus de familles et de quartiers différents. Les enseignants ne peuvent pas savoir où chaque enfant s'est rendu, qui il a visité ni s'il a pu être en contact avec une personne infectée.

"Les enfants sont vraiment exposés", a-t-elle ajouté. "Nous ne savons pas ce que les autorités prévoient pour nous et pour nos élèves."

Lors d'un point de presse tenu jeudi soir à Bunia, le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, a affirmé que le gouvernement ne fermerait pas les écoles. Les enfants, a-t-il dit, assimilent souvent mieux les messages de prévention que les adultes et peuvent les relayer dans leurs familles, une leçon que le pays avait déjà tirée pendant la pandémie de COVID-19.

"Nous n'avons pas fermé les écoles et nous n'allons pas fermer les écoles", a-t-il assuré. "Il ne faut pas casser l'école, parce qu'à ce moment-là, nous punirions les enfants deux fois."

M. Kamba a indiqué qu'environ cinq élèves étaient morts depuis le début de l'épidémie, tout en soulignant que ces décès faisaient partie d'un bilan plus large encore en cours d'examen.

Pour beaucoup d'habitants, le désinfectant est devenu une petite forme de contrôle dans une crise où beaucoup d'autres éléments semblent leur échapper.

"Sans vous mentir, la maladie existe. C'est une réalité et la population en est consciente", a confié Hérite Mange Te, président du Parlement des jeunes du territoire de Djugu, en Ituri.

Selon lui, des habitants ont appelé à l'aide lorsqu'ils ne trouvaient ni désinfectants ni dispositifs de lavage des mains, car la propreté reste l'un des rares moyens par lesquels ils estiment pouvoir se protéger.

A Mongbwalu, cité minière de l'Ituri et l'une des localités les plus durement touchées par l'épidémie, la flambée met les hôpitaux et les communautés sous forte pression. Même l'échange d'argent est devenu source d'inquiétude.

"Je reçois de l'argent de partout. Je ne sais pas d'où vient l'argent qu'un client me donne", a expliqué Michael Karazi, vendeur de crédit téléphonique. "Il peut venir d'une personne infectée par Ebola. Je peux le prendre et le donner à une autre personne et c'est comme cela que la contamination peut se propager."

Selon des responsables locaux, l'épidémie est devenue une "deuxième guerre" et une bataille pour la confiance.

Lors d'un point de presse de jeudi, le gouverneur de l'Ituri, Johnny Luboya, a décrit la désinformation comme l'un des fronts les plus difficiles de la riposte. Il a indiqué que des rumeurs avaient contribué à des incidents dans des structures de prise en charge à Rwampara et à Mongbwalu, obligeant les autorités à travailler non seulement avec la police et des renforts sécuritaires, mais aussi avec les chefs communautaires, les radios locales et des figures influentes afin de lutter contre ce qu'il a qualifié d'"infodémie".

A l'Hôpital général de référence de Mongbwalu, transformé en centre de traitement d'Ebola, le Dr Richard Lokodi a indiqué que de nouveaux patients continuaient d'arriver et que des échantillons étaient envoyés à Bunia pour analyse. Mais la riposte a subi un sérieux revers lorsque des inconnus ont incendié une tente dans la nuit du 22 au 23 mai, a-t-il dit.

Selon lui, l'incident a provoqué la panique parmi le personnel médical et entraîné la fuite de 18 patients suspects qui étaient placés en isolement. L'hôpital n'est pas clôturé, a-t-il ajouté, ce qui expose à la fois les patients et les soignants.

"C'est toujours un risque majeur", a averti le Dr Lokodi, appelant à retrouver les patients disparus et à renforcer la sécurité.

Il a également exhorté les habitants à ne pas accuser des individus ou des groupes d'être responsables de l'épidémie.

Le risque pesant sur les soignants est devenu l'un des marqueurs les plus douloureux de cette flambée. M. Kamba a indiqué que trois médecins et six personnels de santé au total étaient morts depuis le début de l'épidémie, notant qu'au départ, lorsque la maladie n'était pas encore suspectée, médecins et infirmiers avaient été davantage exposés. Le gouvernement, a-t-il ajouté, distribue davantage d'équipements de protection aux personnels de première ligne.

"Tout le monde meurt. Cela n'épargne personne. Même les agents de santé meurent", a noté le Dr Lokodi.

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Source: Agence de presse Xinhua
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