Hausse des prix des moutons : un fardeau pour la Fête du Sacrifice en Tunisie (REPORTAGE)
A l'approche de la Fête du Sacrifice (Aïd al-Adha, en arabe), en pleine foule, autour d'un point de vente de moutons au sein de l'un des marchés de la capitale tunisienne, Sadek Ben Ali, un fonctionnaire retraité de 68 ans, est resté pensif et indécis devant les moutons exposés au marché de Carthage Byrsa, dans la banlieue nord de Tunis.
Il n'a pas osé s'enquérir des prix, tant ils dépassaient ses moyens financiers. Il a confié à Xinhua être venu au marché dans l'espoir d'acheter un mouton pour faire plaisir à ses petits-enfants, mais avoir été consterné de constater la flambée des prix, les 1.500 dinars (517,2 dollars) en sa possession ne suffisaient pas à acquérir un animal convenable pour le sacrifice, d'autant plus que certains moutons étaient vendus à plus de 1.800 dinars (environ 620,6 dollars).
Dans un mélange d'humour et d'amertume, il a ajouté : "Je me trouve perplexe face à l'attente de mes petits-enfants de me voir revenir avec le mouton de l'Aïd, alors que je n'ai pas, finalement, les moyens de leur faire plaisir".
Ces scènes se répètent sur les différents marchés aux bestiaux, organisés et informels, de Tunisie. On y observe une hausse sans précédent des prix des animaux sacrificiels cette année par rapport à l'année dernière, dans un contexte de récession qui pousse vendeurs et acheteurs à se plaindre de la dégradation de la situation, sans oublier les éleveurs, mécontents également de la flambée des prix.
Cette augmentation des prix est liée à la récente vague d'inflation qui touche la viande rouge dans le pays. Le prix du kilogramme d'agneau a atteint environ 70 dinars (24,1 dollars) dans certaines provinces, ce qui coïncide avec une baisse notable du pouvoir d'achat d'une grande partie de la population tunisienne.
Cette situation assombrit les préparatifs de l'Aïd al-Adha, et les appels au boycott de l'achat de moutons se multiplient après que le prix de certains animaux a dépassé les 2.000 dinars (689,6 dollars).
Fathi Ben Khalifa, conseiller économique de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP), a attribué cette situation à plusieurs facteurs, notamment la pénurie d'animaux sacrificiels cette saison, sous l'effet de la crise provoquée par le coût élevé de l'alimentation animale, qui a contraint de nombreux éleveurs à vendre leur bétail.
Cette situation a touché des régions qui étaient autrefois d'importants centres d'élevage ovin, a-t-il confirmé, comme la province de Sidi Bouzid (centre) où de nombreux éleveurs se soient tournés vers d'autres secteurs agricoles, notamment la culture de l'olivier.
Ali Zaki, un éleveur de 56 ans originaire d'El Fahs, dans la province de Zaghouan, au sud-ouest de la capitale, a pris la défense des éleveurs, soulignant que beaucoup de consommateurs ignorent les immenses difficultés auxquelles les éleveurs sont confrontés, de la naissance d'un agneau jusqu'à sa vente. Il a témoigné que les difficultés des éleveurs commencent avec le coût des vaccins et s'étendent aux prix de l'alimentation animale, en ajoutant que ces dépenses pèsent sur les éleveurs tout au long de l'année.
Aux yeux du président de l'Union nationale des agriculteurs, Midani Dhaoui, le pouvoir d'achat des Tunisiens ne leur permet plus d'acheter des animaux sacrificiels aux prix actuels, expliquant que les prix ont augmenté en raison d'une baisse du nombre de moutons, soit de 20% à 25%.








