La RDC s'efforce de contenir une nouvelle flambée d'Ebola sur fond d'incertitudes sanitaires et de défis sécuritaires (PAPIER GENERAL)
La République démocratique du Congo (RDC) s'efforce de contenir sa dernière flambée d'Ebola, déclarée le 15 mai dans la province de l'Ituri, alors que les autorités sanitaires font face à une hausse rapide des cas suspects, à des incertitudes sur l'origine de l'épidémie et à l'absence de vaccin spécifique contre la souche en circulation.
Lors d'un point de presse organisé mardi à Kinshasa, le ministre congolais de la Santé publique, Roger Kamba, a indiqué que 543 cas suspects avaient été recensés, dont 32 cas confirmés, tandis que le bilan des décès suspects s'élevait à 136.
Selon M. Kamba, ces décès sont considérés comme des cas probables suspectés d'être liés à Ebola, des investigations étant toujours en cours afin de déterminer ceux qui sont directement attribuables au virus.
UNE ORIGINE ENCORE INCERTAINE
A Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, Anne Ancia, responsable de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a indiqué mardi que les autorités sanitaires n'avaient pas encore identifié le "patient zéro".
"Ce que nous savons pour l'instant, c'est que, le 5 mai, une personne est décédée à Bunia. Le corps a ensuite été ramené à Mongbwalu et placé dans un cercueil. Puis la famille a estimé que ce cercueil n'était pas digne du défunt. Elle a donc décidé de le remplacer. Des funérailles ont ensuite eu lieu, et c'est à partir de là que la transmission aurait commencé," a-t-elle expliqué.
Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, avait déjà indiqué le 16 mai que le véritable cas index n'avait pas encore été identifié.
"Cette épidémie a commencé en avril. Pour l'instant, nous ne connaissons pas le cas index. Cela signifie que nous ne savons pas encore quelle est l'ampleur réelle de cette flambée," avait-il déclaré.
Selon M. Kamba, les résultats du séquençage suggèrent que le virus actuellement en circulation "vient de la forêt", ce qui, selon lui, plaiderait pour une nouvelle introduction plutôt que pour la résurgence d'une ancienne chaîne virale.
Le ministre a également reconnu l'existence de résistances communautaires dans certaines zones affectées : certaines familles ont d'abord donné un sens "mystique" à la maladie et ne l'ont pas attribuée à un virus, ce qui a retardé les alertes et contribué à la propagation de l'épidémie.
Ces rumeurs ont toutefois diminué depuis la déclaration officielle de l'épidémie par le gouvernement et la tenue de points de presse publics, a-t-il ajouté.
L'ABSENCE DE VACCIN SPECIFIQUE
L'épidémie est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, une souche moins fréquente, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, puis responsable d'une flambée dans la région d'Isiro, en RDC, en 2012.
Selon Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l'Institut national de recherche biomédicale, le séquençage génomique montre que le virus actuellement en circulation est un variant du virus Ebola Bundibugyo, distinct des variants détectés en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012.
M. Kamba a reconnu que l'absence de vaccin et de traitement spécifiques constituait une source de préoccupation, tout en soulignant que la RDC disposait d'une longue expérience dans la lutte contre Ebola. La riposte, a-t-il dit, reposera sur la détection rapide, l'isolement des patients, la protection du personnel de santé et les enterrements sécurisés.
Un groupe consultatif technique de l'OMS devait se réunir mardi pour examiner de possibles vaccins candidats. Mme Ancia a indiqué que le vaccin Ervebo, utilisé contre la maladie Ebola à virus Zaïre, faisait partie des options envisagées, mais qu'il pourrait falloir environ deux mois avant qu'il ne soit disponible.
S'exprimant mardi lors du point de presse à Kinshasa, M. Kaseya a précisé que trois vaccins candidats étaient à l'étude, dont Ervebo.
Pour l'heure, Ervebo pourrait offrir un certain niveau de "protection croisée" contre la souche Bundibugyo, mais des études sont nécessaires pour confirmer son efficacité, selon M. Muyembe.
Il a ajouté que certains vaccins candidats étaient déjà en cours de recherche, mais que leur développement prendrait du temps. "Mais ça prendra du temps. Il faut voir peut-être à la fin de l'épidémie, peut-être on peut dire qu'on a trouvé un vaccin. Mais il faut patienter," a-t-il dit.
UNE RIPOSTE DANS UN CONTEXTE FRAGILE
Cette flambée survient dans une zone déjà fragilisée par les conflits, les déplacements de population et la faiblesse des capacités sanitaires.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué mardi que 11.000 réfugiés sud-soudanais en Ituri avaient besoin d'une assistance préventive, tandis que plus de 2.000 réfugiés rwandais et burundais à Goma nécessitaient des fournitures sanitaires.
Des cas confirmés ont été enregistrés à Butembo et à Goma, dans la province du Nord-Kivu. Goma, l'un des plus grands centres urbains de l'est de la RDC et une ville frontalière stratégique avec le Rwanda, est sous le contrôle du Mouvement du 23 mars (M23) depuis le début de 2025.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a déclaré mardi lors du point de presse que le contrôle de Goma par ce groupe rebelle, alors que la ville abrite l'un des laboratoires les mieux équipés du pays, entravait la surveillance épidémiologique, le traçage des contacts et le transport des échantillons.
L'Ouganda a également confirmé deux cas importés à Kampala, dont un décès, selon l'OMS.
Dimanche, l'OMS a déclaré que l'épidémie en RDC et en Ouganda constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Le CDC Afrique a ensuite déclaré l'épidémie urgence de santé publique de sécurité continentale.
Les pays voisins, dont le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie, ont renforcé la surveillance, les contrôles sanitaires aux frontières et les mesures de préparation d'urgence.
Selon des sources locales, le Rwanda a suspendu depuis dimanche les mouvements à travers les principaux postes-frontières reliant Goma à la ville rwandaise de Gisenyi, n'autorisant que les ressortissants congolais et rwandais à retourner dans leurs pays respectifs.
UNE REPONSE SOUS PRESSION
M. Kamba a indiqué que des fournitures d'urgence étaient acheminées vers les zones affectées afin de mettre en place des centres de prise en charge à Mongbwalu, Rwampara et Bunia, principaux foyers de l'épidémie. Le gouvernement, a-t-il ajouté, élargit également le réseau national de laboratoires afin de détecter plus rapidement les virus.
Le ministre a précisé s'être rendu dimanche sur le terrain avec l'OMS, qui avait déjà livré environ cinq tonnes de matériel. L'UNICEF, a-t-il ajouté, était en train de décharger 16 tonnes d'équipements à l'aéroport de Bunia au moment du point de presse.
M. Kamba a reconnu que la baisse des financements internationaux en matière de santé compliquait la riposte, soulignant qu'une épidémie d'une telle ampleur nécessitait un appui important. Il a appelé la communauté internationale à contribuer au renforcement du système de santé congolais.
La RDC a connu plusieurs flambées d'Ebola depuis l'identification du virus près de la rivière Ebola en 1976. La plus grave, causée par la souche Zaïre, a frappé l'est du pays entre 2018 et 2020, faisant plus de 2.200 morts.








