Ebola en RDC : priorité à la surveillance active et à la traque des chaînes de transmission, selon le virologue Jean-Jacques Muyembe (INTERVIEW)
Pour répondre à l'épidémie d'Ebola, récemment déclarée dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la priorité est désormais de renforcer rapidement la surveillance active, de reconstituer les chaînes de transmission et de rompre la propagation du virus, a estimé le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de la RDC, lors d'un entretien accordé à Xinhua à Kinshasa.
Les autorités sanitaires congolaises ont annoncé vendredi une nouvelle épidémie d'Ebola dans la province de l'Ituri, dans l'est du pays. Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola enregistrée en RDC depuis 1976. Selon les données communiquées samedi par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), 336 cas et 87 décès ont été rapportés.
Dans l'est du pays, le risque est particulièrement élevé en raison de la densité de population, des déplacements fréquents et des difficultés à gérer une épidémie dans une région en conflit, a-t-il averti, ajoutant que dans les zones de conflit, la sécurité des soignants, l'acheminement des échantillons, le transport du matériel, le transfert des patients et la communication avec les communautés restent des défis majeurs.
Cette fois-ci, l'épidémie est causée par la souche Bundibugyo, plus rare que la souche Zaïre habituellement observée dans le pays, et a été détectée "avec beaucoup de retard", a estimé M. Muyembe. Sur les 17 épidémies d'Ebola connues en RDC, 15 ont été provoquées par la souche Zaïre et deux par la souche Bundibugyo. Selon le virologue, la différence principale réside dans le pouvoir pathogène : la souche Zaïre peut entraîner une létalité d'environ 80%, voire davantage, tandis que la souche Bundibugyo provoque une létalité inférieure à 50%.
Le CDC Afrique a indiqué qu'il n'existe actuellement ni vaccin spécifique ni traitement spécifique contre la souche Bundibugyo.
Pour M. Muyembe, la réponse doit d'abord reposer sur les mesures classiques de santé publique : isolement des malades, surveillance active, recherche des contacts, protection du personnel soignant, désinfection dans les structures sanitaires, communication sur les risques, engagement communautaire et enterrements dignes et sécurisés.
"Si vous rompez la chaîne de transmission, vous pouvez contrôler l'épidémie", a-t-il expliqué.
Le virologue congolais, né en 1942, a participé à l'enquête sur la première épidémie connue d'Ebola en RDC en 1976. Il a été désigné en 2019 par la revue britannique Nature parmi les dix personnalités scientifiques de l'année.








