RDC: 87 morts dans la dernière épidémie d'Ebola, risque élevé de propagation régionale selon le CDC Afrique (PAPIER GENERAL)
Le bilan de la dernière épidémie d'Ebola déclarée en République démocratique du Congo (RDC) est monté à 87 morts, a indiqué samedi le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), avertissant que cette flambée, due à la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin spécifique homologué n'est actuellement disponible, présente un risque élevé de propagation régionale.
UNE SOUCHE SANS VACCIN SPECIFIQUE
Au total, 336 cas, suspects et confirmés confondus, ainsi que 87 décès ont été signalés dans le cadre de cette nouvelle épidémie dans la province de l'Ituri, dans l'est de la RDC, soit la 17e flambée d'Ebola enregistrée dans le pays depuis 1976, a déclaré Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, lors d'un point de presse en ligne.
"Lors d'une épidémie d'Ebola, nous ne pouvons pas confirmer tous les cas", a indiqué M. Kaseya, précisant que la flambée était causée par la souche Bundibugyo, identifiée seulement pour la troisième fois dans l'histoire. Cette souche, détectée pour la première fois dans l'ouest de l'Ouganda en 2007, "n'a pas de vaccin spécifique confirmé", a-t-il ajouté.
Le ministre congolais de la Santé Roger Kamba, avait auparavant déclaré samedi lors d'un point de presse à Kinshasa que cette souche présentait "une très forte létalité qui peut atteindre 50%".
Ngashi Ngongo, conseiller principal chargé de la gestion des programmes au CDC Afrique, a indiqué que la souche Bundibugyo n'était pas nouvelle, rappelant que des flambées avaient déjà été enregistrées en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012.
Cependant, a-t-il expliqué, la longue absence de nouvelles épidémies dues à cette souche a fait que les recherches sont moins avancées que pour la souche Zaïre, à l'origine de flambées plus nombreuses et pour laquelle des vaccins, traitements et outils de diagnostic ont été développés.
Il a qualifié la réapparition de la souche Bundibugyo de "signal d'alerte", ajoutant que des équipes de recherche avaient déjà commencé à planifier des études destinées à appuyer la riposte.
Shanelle Hall, conseillère principale du directeur général du CDC Afrique pour la gestion et les opérations, a indiqué que certains candidats vaccins étaient envisagés dans le cadre d'études, avec des protocoles encore en cours d'élaboration, tout en soulignant que le processus en était "à un stade précoce".
M. Kamba a indiqué que la souche Bundibugyo se distinguait de la souche Zaïre par certains symptômes. Elle débute souvent par de la fièvre, tandis que les signes hémorragiques apparaissent plus tard. Les autorités congolaises ont appelé la population à signaler rapidement tout cas suspect présentant des symptômes tels que la fièvre, les vomissements, la fatigue ou les saignements.
Selon les autorités à Kinshasa, le cas index présumé serait un infirmier de la zone de santé de Rwampara, en Ituri, décédé après avoir développé des symptômes. M. Kaseya a toutefois indiqué que le véritable cas index n'avait pas encore été identifié.
"Cette épidémie a commencé en avril. Jusqu'à présent, nous ne connaissons pas le cas index. Cela signifie que nous ne savons pas encore quelle est l'ampleur réelle de cette épidémie", a-t-il déclaré.
RISQUE REGIONAL ELEVE
Cette flambée a suscité une inquiétude régionale après le signalement par l'Ouganda d'un "cas importé" de Bundibugyo en provenance de la RDC, tandis que le CDC Afrique a averti que les mouvements transfrontaliers, la mobilité liée aux activités minières et la faiblesse de la surveillance pourraient entraver les efforts de maîtrise de l'épidémie.
L'Ouganda a confirmé un cas importé concernant un Congolais de 59 ans, décédé jeudi à Kampala, qui a été testé positif à la souche Bundibugyo.
"Il s'agit d'un cas importé de la RDC. Le pays n'a pas encore confirmé de cas local", a déclaré Diana Atwine, secrétaire permanente du ministère ougandais de la Santé.
Le CDC Afrique a classé cette épidémie au niveau 3, évaluant le risque comme "très élevé" en RDC, "élevé" pour l'Afrique de l'Est et "modéré" pour le continent. Il a cité notamment un retard de détection de quatre semaines, une transmission communautaire active dans un pôle minier périurbain, une faible recherche des contacts, des lacunes en matière de prévention et de contrôle des infections, ainsi que plusieurs décès parmi les personnels de santé.
M. Kamba a indiqué que des équipes sanitaires avaient été déployées afin d'identifier les contacts des cas confirmés et de contenir la maladie en Ituri, dans les provinces voisines et dans les zones frontalières.
"Il s'agit d'une maladie qui entraîne une contamination interhumaine. La zone de santé de Mongwalu touchée est commerciale et caractérisée par une mobilité intense, ce qui expose le Nord-Kivu, la Tshopo, l'Ouganda et le Soudan du Sud", a indiqué M. Kamba.
M. Ngongo a estimé qu'il était encore trop tôt pour déterminer la vitesse de propagation ou de multiplication de l'épidémie, en raison de la faiblesse de la surveillance et du suivi des contacts.
"Une fois que nous disposerons de bonnes données de surveillance", a-t-il dit, les autorités sanitaires pourront calculer le rythme d'augmentation des cas ainsi que le temps de doublement de l'épidémie.
"Pour l'instant, nous ne recommandons pas aux pays de mettre en place des mesures plus strictes", a déclaré M. Kaseya, ajoutant que le CDC Afrique appelait plutôt les pays à renforcer les mesures de santé publique, notamment la surveillance, la recherche des contacts, la prévention et le contrôle des infections, la communication sur les risques et la coordination transfrontalière.
Le virus Ebola est très contagieux et peut provoquer notamment de la fièvre, des vomissements, des diarrhées, des douleurs généralisées ou un état de malaise, ainsi que, dans les cas graves, des saignements internes et externes. Selon l'OMS, les taux de létalité d'Ebola varient selon le sous-type viral.
Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola enregistrée en RDC depuis l'identification du virus en 1976 à Yambuku, dans la province de l'Equateur (ouest). La précédente flambée, située dans la province du Kasaï (centre), s'était déclarée le 4 septembre 2025, s'achevant le 1er décembre 2025, après 64 cas, dont 53 confirmés et 11 probables, ainsi que 45 décès.








