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RDC/Ebola: à Rwampara, "nous avons enterré une dizaine de personnes sans savoir de quoi elles étaient mortes" (REPORTAGE)

Par :  |  Mots clés : RDC,Ebola,santé,REPORTAGE
French.china.org.cn | Mis à jour le 16-05-2026
Agence de presse Xinhua | 16. 05. 2026

A Rwampara, cité située aux portes de Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la confirmation officielle vendredi d'une 17e flambée du virus Ebola dans le pays a d'abord été ressentie comme une onde de peur : une maladie encore mal comprise par une partie des habitants venait soudain donner un nom aux décès inexpliqués, aux rumeurs et aux inquiétudes qui circulaient depuis plusieurs semaines.

Dans cette localité déjà éprouvée par l'insécurité et les fragilités du système de santé, l'inquiétude circulait de maison en maison. Des habitants rencontrés sur place ont exprimé leur inquiétude face à une maladie qu'ils disent ne jamais avoir connue auparavant dans leur communauté.

"Nous avons peur parce que nous ne connaissons pas cette maladie depuis que nous vivons ici, mais on nous informe qu'il s'agit d'Ebola. A ce niveau, il n'y a pas encore de mesures, moins encore de centre de traitement dans la cité, mais nous prenons nos propres mesures sanitaires pour l'instant", a confié à Xinhua Salire Justin, un habitant de Rwampara.

Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) avait confirmé vendredi matin une épidémie d'Ebola en Ituri. Cette annonce est intervenue dans un contexte d'inquiétude : depuis plusieurs semaines, des signaux d'alerte s'accumulaient dans la province, entre décès inhabituels, enterrements rapprochés et rumeurs persistantes autour d'une maladie que beaucoup disaient ne pas connaître.

Dans les rues, la tension est suscitée autant par les statistiques que par les souvenirs récents. "Nous avons enterré une dizaine de personnes depuis quelques semaines sans savoir de quoi il s'agissait exactement. Maintenant, avec tout ce qui se dit autour d'Ebola, nous avons peur que plusieurs contacts soient dans la nature, dans notre cité de Rwampara et à travers la ville de Bunia", a témoigné Eugénie Semire, une autre habitante rencontrée vendredi.

A l'hôpital général de Rwampara, la pression est palpable. Portant masques et combinaisons de protection, plusieurs professionnels de santé circulent avec prudence dans les couloirs, désormais en alerte face au risque de contamination.

Le gouvernement congolais a annoncé vendredi soir que le bilan de cette nouvelle épidémie de virus Ebola dans la province de l'Ituri est passé à 80 décès, avec 246 cas suspects signalés. Les zones sanitaires touchées sont Rwampara, Mongwalu et Bunia, toutes situées en Ituri.

Les analyses effectuées par l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) ont confirmé huit cas positifs sur treize échantillons sanguins prélevés. La souche identifiée est le virus Ebola Bundibugyo. Parmi les décès signalés, quatre concernent des cas testés positifs.

La souche Bundibugyo du virus Ebola a été identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, dans l'ouest de l'Ouganda, où 131 cas et 42 décès avaient été enregistrés, soit un taux de létalité de 32%, selon l'OMS.

Les vaccins homologués et largement utilisés contre Ebola ciblent le virus Ebola Zaïre, et non l'espèce Bundibugyo.

A Mongwalu, les signes d'alerte s'étaient déjà accumulés avant la confirmation de l'épidémie. Selon le site d'information Actualite.cd, qui cite un rapport de terrain du ministère de la Santé daté du 13 mai, 55 patients sont décédés à l'Hôpital général de référence de Mongwalu entre le 1er avril et le 13 mai, tandis que le taux de létalité dans le service de médecine interne est passé de 9% en avril à 31% en mai.

Le document, examiné par Xinhua, fait état d'un foyer de 15 décès au sein d'une même famille, certains survenus après une réunion familiale à Bunia, avec des patients présentant des symptômes similaires, notamment de la fièvre, des maux de tête et des vomissements.

Dans cette partie de l'Ituri, l'urgence sanitaire se déploie sur un terrain déjà miné par l'insécurité. La zone de Mongwalu, dans le territoire de Djugu, reste marquée par la présence active d'éléments de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), un groupe armé impliqué depuis plusieurs années dans des attaques meurtrières contre des civils.

Les violences attribuées à ce groupe compliquent l'accès des équipes sanitaires aux communautés affectées et risquent de freiner les opérations de sensibilisation, de dépistage et de suivi des contacts.

La province est aussi confrontée depuis plusieurs années aux attaques des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé affilié à l'organisation Etat islamique, responsable de nombreuses tueries dans l'est de la RDC. Cette insécurité chronique complique l'accès des équipes médicales aux zones touchées et risque de ralentir les opérations de dépistage, d'isolement et de traçage des contacts.

Les autorités sanitaires redoutent également que les mouvements fréquents de populations entre les localités de l'Ituri et les pays voisins favorisent une propagation plus large du virus dans la région des Grands Lacs. L'Ouganda a déjà confirmé vendredi un "cas importé" chez un ressortissant congolais décédé à Kampala.

Dans un communiqué publié vendredi avant l'annonce officielle de Kinshasa, la direction provinciale de santé de l'Ituri avait souligné l'ampleur des besoins logistiques, médicaux et humains nécessaires à la riposte. Les autorités provinciales ont appelé la population à faire preuve de vigilance, alors que le dispositif sanitaire devait être progressivement renforcé.

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Source: Agence de presse Xinhua
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