Des liens inaltérables
Du 24 au 31 mars, Mohamed Ayib Salim Daffé, secrétaire général du PASTEF, parti au pouvoir au Sénégal, a conduit une délégation de hauts cadres en visite en Chine. La mission a permis des échanges approfondis sur la gouvernance, la coopération économique et les événements sportifs. À l’issue de cette visite, il a accordé un entretien à CHINAFRIQUE pour évoquer ses attentes concernant le développement des relations sino-sénégalaises et sino-africaines à l’occasion du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique et de l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels.
CHINAFRIQUE: Vous vous êtes rendu à plusieurs reprises en Chine et vous savez que le Parti communiste chinois (PCC) a un principe essentiel dans l’exercice de son pouvoir: toujours mettre le peuple au centre. Qu’en pensez-vous?
Mohamed Ayib Salim Daffé: Tout à fait, nous avons pu en constater la concrétisation à travers nos différentes visites. Nous avons pu découvrir la modernisation spectaculaire de la Chine, avec un développement technologique vraiment très impressionnant. Et également une prise en compte des préoccupations du peuple à travers des problématiques essentielles, telles que l’alimentation, le logement et la mobilité. La Chine a permis à des millions d’habitants de concrètement sortir de la pauvreté et d’accéder au bien-être.
Le Président Xi Jinping, également secrétaire général du Comité central du PCC, accorde une importance particulière à la qualité de sa gouvernance pour satisfaire les attentes du peuple chinois. C’est ce qu’il a théorisé à travers plusieurs œuvres qu’on nous a offertes et qu’on a commencé à lire. Dans le cadre de la pensée de M. Xi, nous avons noté une attention particulière portée à l’édification du PCC, ainsi qu’une attention aux préoccupations du peuple, comme en témoignent les « huit recommandations » du Comité central du PCC et les dispositions stratégiques des « quatre intégralités ». Il s’agit d’une voie originale et concrète, permettant d’aboutir à des résultats tangibles et perceptibles.
La Chine vient de clôturer les Deux sessions, au cours desquelles a été adopté le XVe Plan quinquennal (2026-2030). D’après vous, en quoi ce dispositif institutionnel peut-il inspirer les pays africains selon leurs réalités nationales?
Ce XVe Plan quinquennal nous a séduits par l’originalité de son élaboration. Nous avons eu écho des trois millions d’avis collectés à travers une campagne sur Internet. À tous les niveaux du territoire, en milieu urbain comme rural, la population a pu faire remonter son opinion. Puis cela a fait l’objet d’une construction et d’une synthèse au niveau central, avant son adoption par l’Assemblée populaire nationale. De nombreuses études et enquêtes ont été effectuées pour asseoir les bases scientifiques et théoriques des projections définies dans ce plan. Celui-ci, aussi bien dans son élaboration que dans son contenu, reflète les intérêts du peuple chinois sous la direction du PCC et prend également en compte le contexte international, marqué par l’apparition d’un certain nombre de turbulences et d’opportunités.
Ce modèle de plan quinquennal est inspirant et peut être adapté à notre contexte pour définir beaucoup plus précisément notre propre voie de développement. La Vision Sénégal 2050 vise à faire du Sénégal, à l’horizon 2050, un État souverain, juste et prospère, bâti autour d’axes stratégiques (économie compétitive, promotion d’un capital humain de qualité et équité sociale, aménagement durable du territoire, engagement africain et bonne gouvernance). Son contenu converge totalement avec les orientations du plan quinquennal chinois.
Depuis le 1er mai, la Chine applique le traitement tarifaire zéro sur l’ensemble des produits en provenance des 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle. Dans quels secteurs souhaiteriez-vous voir davantage d’entreprises chinoises investir au Sénégal?
Nous souhaitons un investissement plus important des entreprises chinoises dans les filières « moteurs de croissance », définies dans notre Vision Sénégal 2050. Celles-ci incluent d’abord les industries manufacturières: usines d’assemblage de produits électroménagers, de véhicules, de machines agricoles, etc. Il y a également les industries agroalimentaires et l’agriculture en général, car le Sénégal vise la souveraineté alimentaire. L’agriculture prend en compte l’élevage, les produits forestiers non ligneux, la pêche et l’aquaculture.
Cela concerne également les industries extractives, avec les gisements de pétrole et de gaz qui ont commencé à être exploités. Nous aimerions en intensifier l’exploration et mieux développer les gisements identifiés. L’expérience des entreprises chinoises dans ce domaine peut nous être d’un grand apport. Enfin, les services à haute valeur ajoutée: tourisme, industries culturelles et numérique. Nous avons déjà une très bonne collaboration avec des entreprises chinoises telles que Huawei. Cette coopération peut être renforcée avec d’autres entreprises pour la mise en œuvre du New Deal Technologique, plan de développement du numérique sénégalais.
Cette année, le Sénégal accueillera les 4e Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) d’été, une première pour le continent africain. Comment en percevez-vous la portée?
Notre population est essentiellement jeune et pratique beaucoup le sport. L’organisation des JOJ est une grande opportunité pour le Sénégal de montrer son savoir-faire et ses talents, et également d’accueillir des délégations venant du monde entier dans l’esprit de l’olympisme.
L’Afrique accueille pour la première fois cet événement, ce qui représente un défi, pour nous et pour tous les pays africains, afin de contribuer au rayonnement international du Sénégal et celui de toute l’Afrique, et montrer que le continent a la capacité d’organiser avec succès de très grands événements de rang mondial.
Ce sera aussi l’occasion de gagner des médailles et montrer les talents de notre jeunesse en participant aux compétitions. Nous comptons développer d’autres disciplines à l’instar du football, surtout pour permettre au Sénégal de mieux se faire connaître. Il y aura également des retombées sur les plans économique et touristique.
Quel soutien la Chine peut-elle apporter au Sénégal? Quelles sont vos attentes concernant leur future coopération sportive?
La Chine peut beaucoup nous apporter. Beijing a déjà accueilli les Jeux olympiques (JO) d’été en 2008 et ceux d’hiver en 2022. À Qingdao (province du Shandong), nous avons eu l’occasion de visiter le site des JO de 2008 pour les compétitions de voile. La Chine dispose donc déjà d’un précieux savoir-faire en matière d’organisation de JO. Nous comptons également sur son appui matériel et financier pour le succès des prochains JOJ pour lesquels nous continuerons de solliciter son soutien.
Comment évaluez-vous le rôle des échanges humains et culturels dans le développement des relations entre la Chine et l’Afrique?
Sur le plan humain et culturel, les échanges se développent de plus en plus. Un Institut Confucius a été ouvert à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et nous sommes favorables au renforcement de ces échanges culturels, humains et sportifs pour que nos deux peuples puissent mieux se connaître et s’apprécier mutuellement. Les Sénégalais apprécient la culture chinoise, notamment à travers les films ou la gastronomie.
Nous accordons une grande valeur au renforcement de ces échanges pour que les peuples, au-delà de l’échange des biens et des services, échangent également des idées, des valeurs et des principes. La communauté d’avenir partagé proposée par le Président Xi représente quelque chose de très concret. En tout cas, notre dernière visite en Chine n’a fait que renforcer l’amitié entre nos peuples.








