ZOOM AFRIQUE : Le sommet de Nairobi révèle les profondes mutations des relations afro-françaises
Organisé pour la première fois dans un pays anglophone, le sommet Afrique-France qui s'est tenu lundi et mardi dans la capitale kényane Nairobi marque une nouvelle tentative de Paris de redéfinir ses relations avec le continent africain.
Face au recul de son influence dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Sahel, la France cherche désormais à diversifier ses partenariats africains et à mettre davantage l'accent sur l'économie, l'investissement et la coopération dite "d'égal à égal".
Ce repositionnement intervient dans un contexte de transformation profonde du paysage géopolitique africain, caractérisé par la montée des aspirations à l'autonomie stratégique, la diversification des partenariats internationaux et le renforcement de la coopération Sud-Sud.
Le choix du Kenya comme pays hôte de ce sommet baptisé "Africa Forward" (L'Afrique en avant) n'est pas anodin. Longtemps concentrée sur son influence dans l'Afrique francophone, la diplomatie française tente aujourd'hui d'élargir son ancrage vers l'Afrique de l'Est et les pays anglophones.
"Cette posture ressemble plus à un signe de recul stratégique. Il serait difficile de nier que la France a subi une perte d'influence politique, une montée du sentiment antifrançais, et une concurrence accrue", déclare à Xinhua Moustapha Touré, économiste du développement et professeur à l'Institut supérieur de management (ISM) au Sénégal.
En fait, lors de son arrivée à Nairobi dimanche dernier, le président français Emmanuel Macron a affirmé que l'époque du "pré carré" français en Afrique francophone est "terminée", insistant sur la volonté de la France de construire une relation renouvelée avec le continent.
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre Paris et plusieurs pays sahéliens se sont fortement dégradées ces dernières années. Les départs successifs des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont illustré l'érosion de l'influence traditionnelle française dans la région.
Une évolution qui reflète également la montée des revendications souverainistes sur le continent. Fort de son dynamisme démographique, de son potentiel économique et de son importance stratégique croissante, l'Afrique apparaît désormais non plus comme un simple espace d'influence, mais comme un acteur de plus en plus important de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale.
"L'Afrique ne veut pas de privilège, mais de l'équité (...). Il est temps que la communauté internationale reconnaisse, sans ambiguïté et sans délai, le fait que l'Afrique ne peut rester, et ne restera pas, soumise aux décisions prises sans qu'elle ait voix au chapitre", a affirmé mardi le président kényan William Ruto, hôte du sommet, lors de sa session plénière d'ouverture.
"Notre époque exige une plus forte coopération, un renouvellement du multilatéralisme, ainsi que des partenariats qui ne sont pas fondés sur la hiérarchie mais sur l'égalité souveraine, le respect mutuel et les responsabilités communes", a-t-il poursuivi.
"Pour les chefs d'Etat africains, ce n'est pas nécessairement la France en soi qui présente un intérêt, mais la possibilité de diversifier leurs partenariats à un moment où les grandes puissances mondiales se livrent une concurrence de plus en plus acharnée pour gagner en influence sur le continent", estime le site d'information américain Semafor.
Les attentes du continent ont profondément évolué. Les pays africains accordent désormais une importance croissante aux partenariats capables de soutenir concrètement l'industrialisation, les infrastructures, la transformation numérique, l'emploi de la jeunesse et la transition énergétique.
L'avenir des relations entre la France et l'Afrique dépendra donc moins des déclarations politiques que de la capacité des différentes parties à répondre concrètement aux attentes des populations africaines en matière de développement, d'emploi et de souveraineté.
En signe de relation renouvelée, le sommet de Nairobi met fortement l'accent sur les investissements privés et les projets économiques. Plusieurs grands groupes français ont annoncé leur volonté de renforcer leur présence au Kenya et dans d'autres marchés africains, notamment dans les secteurs des transports, de l'énergie et des infrastructures logistiques.
Pour de nombreux observateurs africains, les partenariats Sud-Sud offrent aux pays africains des sources de financement, de technologie et d'expérience de développement de plus en plus diversifiées dans de nombreux domaines comme les infrastructures, l'agriculture, l'industrialisation, l'économie numérique, la santé ou encore la transition énergétique.
Les annonces économiques de la France devront donc être suivies d'effets concrets si elle souhaite convaincre durablement les opinions publiques africaines, d'autant plus que les coopérations entre les pays africains et les autres pays du Sud global connaissent une dynamique croissante.








