Le Procès de Tokyo a façonné le droit pénal international moderne et l'ordre mondial d'après-guerre, selon des experts russes (SYNTHESE)
En amont du 80e anniversaire de l'ouverture du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, mis en place à Tokyo pour le procès des criminels de guerre japonais, des experts russes ont rappelé que ce procès avait jeté les bases du droit pénal international moderne et de l'ordre mondial d'après-guerre, tout en dénonçant les tentatives visant à minimiser son importance.
Du 3 mai 1946 au 12 novembre 1948, le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient a jugé les criminels de guerre japonais de classe A de la Seconde Guerre mondiale lors d'une série de procès internationaux, une procédure connue sous le nom de "Procès de Tokyo".
"Le Procès de Tokyo a documenté les atrocités massives commises par l'armée japonaise à travers l'Asie, notamment le massacre de Nanjing, les exécutions de masse et d'autres crimes graves", a déclaré Anatoli Kochkine, académicien de l'Académie russe des sciences naturelles et membre du conseil exécutif de l'Association russe des historiens de la Seconde Guerre mondiale.
"Il représente une procédure judiciaire historique contre les dirigeants militaires et politiques japonais accusés de crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale", a souligné M. Kochkine.
"Il était largement admis que les verdicts rendus contre les instigateurs de la Seconde Guerre mondiale constitueraient un rempart solide contre la résurgence future du fascisme, du nazisme et du militarisme", a-t-il relevé.
Un point de vue partagé par Dimitri Streltsov, chercheur principal au Centre d'études japonaises de l'Institut de la Chine et de l'Asie contemporaine de l'Académie russe des sciences.
"Le Procès de Tokyo a été un événement qui a marqué une époque", a indiqué M. Streltsov. "Il a mis à nu la dégénérescence morale des dirigeants japonais et l'ampleur des crimes odieux perpétrés par le militarisme japonais contre les peuples asiatiques. Dans une certaine mesure, il a fait respecter le sens de la justice parmi les pays victimes de l'agression japonaise".
M. Streltsov a rappelé que l'ordre international d'après-guerre avait été largement bâti sur ce sens de la justice historique.
"Cela s'applique tant à l'Allemagne nazie qu'au Japon militariste, et a renforcé les fondements moraux et juridiques de l'ordre mondial d'après-guerre", selon lui.
L'importance historique du procès va bien au-delà de la punition individuelle de criminels de guerre. Les deux experts ont observé que ce procès avait établi des normes essentielles du droit international et des valeurs communes de la civilisation humaine.
Cependant, ils ont également pointé le fait que ce procès a été entaché de profonds regrets.
Tous les criminels de guerre japonais n'ont pas été traduits en justice. Un grand nombre d'entre eux, y compris les commandants des unités à l'origine d'expériences inhumaines avec des armes chimiques et biologiques, ont échappé à la justice et trouvé refuge aux Etats-Unis.
Aujourd'hui, il existe au Japon une réticence délibérée à regarder en face les atrocités commises pendant la guerre par les militaristes et les ultranationalistes japonais, a déploré M. Kochkine.
De l'avis de cet expert russe, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi est une admiratrice de feu le Premier ministre Shinzo Abe, qui avait affirmé à plusieurs reprises que le Japon devait cesser de s'excuser pour son passé guerrier et revenir à l'idéal du Japon d'avant-guerre.
M. Kochkine a averti que de telles tendances dangereuses semblaient refaire surface au Japon.
"Le Japon s'engage une nouvelle fois sur la voie de la militarisation. Certaines forces dans le pays tentent de revenir sur les acquis de la Seconde Guerre mondiale et de remettre en cause la légitimité du Procès de Tokyo, le qualifiant de 'tribunal des vainqueurs sur les vaincus'", a-t-il alerté. "Ce sont là des tendances extrêmement dangereuses qui exigent une opposition résolue".








