L'Asie-Pacifique, principale victime du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, dénonce le révisionnisme historique et la résurgence du militarisme (SYNTHESE)
Alors que ce dimanche marque le 80e anniversaire de l'ouverture du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, ou Procès de Tokyo, des responsables et des universitaires de toute la région Asie-Pacifique, principale victime des atrocités commises par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, ont appelé le Japon à affronter son passé pendant la guerre et la communauté internationale à se prémunir contre une résurgence des tendances militaristes récentes.
Lors du procès il y a quatre-vingts ans, le tribunal a condamné 25 criminels de guerre japonais de classe A, dont sept à la peine de mort, y compris Hideki Tojo, le plus atroce des criminels de guerre qui fut Premier ministre japonais entre 1941 et 1944. Les procédures, étayées par des preuves abondantes, ont exposé les crimes du militarisme japonais et ont constitué une victoire historique de la justice sur l'agression.
Huit décennies plus tard, des inquiétudes persistent quant à savoir si le Japon a pleinement assumé son histoire et en a tiré les leçons. Les critiques pointent du doigt les actions de certains politiciens et groupes d'extrême droite, notamment les visites au sanctuaire Yasukuni, les distorsions perçues dans les manuels d'histoire, les débats autour des révisions de la Constitution pacifiste et l'accélération des mesures d'expansion militaire.
REFLEXION INADEQUATE SUR LE PASSE
De l'avis d'Antonius Sumarwan, maître de conférences à l'Université Sanata Dharma en Indonésie, la principale question est de savoir si le processus de réflexion morale sur le passé est réellement mené honnêtement.
"Si une nation obscurcit l'histoire, relativise les crimes de guerre ou même glorifie les auteurs de violences, c'est le signe que les leçons de l'histoire n'ont pas été véritablement apprises", note-t-il, ajoutant que si les criminels de guerre continuent d'être honorés sans critique, cela ne fera que créer de nouvelles blessures pour les victimes.
Aux yeux de Myint Thein, membre de la Commission historique du Myanmar, les dirigeants politiques et les parlementaires japonais qui visitent ouvertement le sanctuaire Yasukuni méprisent la souffrance des pays asiatiques autrefois soumis à une invasion brutale, et de telles actions pourraient être considérées comme un "pas vers la renaissance du sentiment militariste dans le Japon contemporain".
"Cela vous montre qu'il y a un mouvement croissant au Japon, et en particulier au sein du parti au pouvoir, pour blanchir leur propre histoire au moment même où ils se remilitarisent", remarque Robert Barwick, président national du Parti des citoyens australiens.
Pour Sim Ann, ministre d'Etat chargée des Affaires étrangères de Singapour, son pays reconnaît que la gravité des dommages et des souffrances causés par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale continue de créer des problèmes historiques difficiles dans certaines parties de l'Asie, et Singapour espère que le Japon pourrait réfléchir aux manières permettant de régler ces questions en suspens.
UNE NOUVELLE MENACE POUR LA SECURITE REGIONALE
Commentant la tendance actuelle du Japon à minimiser ou nier son histoire d'agression, Jitkai Chin, membre d'un comité d'experts malaisien au Centre d'études stratégiques régionales, estime qu'un manque de réflexion historique pourrait conduire à un biais cognitif, affaiblir la confiance mutuelle et exacerber les dilemmes de sécurité régionale.
Les faux pas peuvent être interprétés comme un déni des faits historiques, déclenchant des sensibilités parmi les pays voisins et conduisant à des frictions diplomatiques et à des erreurs de jugement stratégique, selon lui.
Anna Malindog-Uy, vice-présidente du groupe de réflexion Asian Century Philippines Strategic Studies Institute, note que les récents incidents d'inconduite militaire et la montée des sentiments d'extrême droite au Japon ont inévitablement accru la sensibilité régionale.
"Dans une région où la mémoire historique reste profondément ancrée, même les actions symboliques ont un poids disproportionné, et l'ombre de la Seconde Guerre mondiale continue de façonner la perception des Philippines sur les développements militaires du Japon", juge-t-elle.
Des atrocités commises par les envahisseurs japonais telles que la marche de la mort de Bataan et le massacre de Manille ont été traitées de manière généralisée lors du Procès de Tokyo, laissant de nombreux responsables directs insuffisamment punis, rappelle Wilson Lee Flores, chroniqueur pour The Philippine Star.
Précisément parce que le Procès de Tokyo n'a pas permis d'aboutir à une mise en justice approfondie, les forces d'extrême droite japonaises ont pu, après la guerre, faire un retour en force dans la politique japonaise, observe Kwon Ki-sik, responsable de la Korea-China City Friendship Association.
"Ils prétendent arbitrairement que le Japon était une victime et induisent en erreur l'opinion publique intérieure au Japon. En tant qu'auteur des crimes, le Japon a pris l'apparence d'une victime et s'est armé d'un nouveau militarisme, qui a maintenant évolué au point de menacer directement la paix et la stabilité en Asie de l'Est. C'est vraiment regrettable et inquiétant", selon M. Kwon.








