share

La zone euro au bord de la stagflation au premier trimestre, sous l'effet du conflit au Moyen-Orient (ANALYSE)

Par :  |  Mots clés : UE,économie,zoneeuro
French.china.org.cn | Mis à jour le 01-05-2026
Agence de presse Xinhua | 01. 05. 2026

Les dernières données d'Eurostat publiées jeudi suggèrent que la zone euro pourrait glisser vers la stagflation, avec une croissance économique au premier trimestre de seulement 0,1% en glissement trimestriel, une inflation en hausse, une amélioration limitée du marché du travail et une flambée des coûts de l'énergie dans un contexte de conflit prolongé au Moyen-Orient.

La Banque centrale européenne (BCE) est confrontée à un dilemme politique, avertit Dejan Soskic, professeur d'économie à l'Université de Belgrade. L'inflation reste tenace en raison des prix de l'énergie liés à la guerre, ce qui nécessiterait normalement de nouvelles hausses des taux d'intérêt, mais la zone euro stagne déjà, certaines parties entrant même en récession. Tout resserrement supplémentaire ne ferait qu'aggraver la récession et compliquer la reprise, a-t-il déclaré.

Les divergences au sein de la zone euro étaient frappantes. L'Irlande, l'une des économies de la zone euro ayant connu la croissance la plus rapide ces dernières années, a enregistré la plus mauvaise performance du bloc au premier trimestre, avec une contraction de 2%, marquant un brusque renversement de tendance. La France a stagné à zéro, le Portugal n'a également enregistré aucune croissance. L'Italie n'a atteint que 0,2%, et l'Allemagne, moteur industriel de la région, n'a progressé que de 0,3%.

Parmi tous les Etats membres ayant communiqué leurs chiffres, aucun n'a enregistré une croissance supérieure à 1%. "On espérait une accélération de l'activité en 2026 et 2027... mais ces espoirs ont été anéantis par la hausse du prix du pétrole", note Fabien Bossy, économiste à la banque française Société générale CIB.

LES PRIX SONT DE NOUVEAU FRAPPANTS

Selon les analystes, ce qui préoccupe davantage les décideurs politiques c'est l'accélération de l'inflation. Eurostat a estimé l'inflation globale à 3% en avril, contre 2,6% en mars, s'éloignant ainsi de l'objectif de 2% fixé par la BCE.

Les prix de l'énergie ont été le principal facteur de cette hausse, bondissant de 10,9% en glissement annuel, soit plus du double de la progression enregistrée le mois précédent, selon les données d'Eurostat.

Les répercussions du conflit au Moyen-Orient sont de plus en plus visibles dans la consommation quotidienne. Le journal portugais Público a rapporté jeudi que le coût de la préparation d'un simple gâteau était passé à 8,38 euros (9,8 dollars), soit +42,5% depuis 2022. Le prix des œufs a explosé de 83,9% sous l'effet de conditions météo extrêmes et de la guerre.

Nicola Nobile, d'Oxford Economics, prévient que les effets négatifs deviendront plus visibles au deuxième trimestre, à mesure que l'impact total des perturbations dans le détroit d'Ormuz se répercutera sur les chaînes d'approvisionnement.

Les analystes notent que le chômage dans la zone euro est resté proche de son plus bas niveau historique de 6,2% en mars, mais que cela n'a guère atténué les pressions stagflationnistes croissantes. Le marché du travail est de plus en plus décrit comme gelé, les embauches et les licenciements oscillant tous deux autour de niveaux historiquement bas.

Leo Barincou, également d'Oxford Economics, pense que l'Europe s'oriente vers un régime de "faible embauche et faible licenciement", où la dynamique de l'emploi est de fait au point mort. Dans le pire des cas, redoute-t-il, une fermeture de six mois du détroit d'Ormuz pourrait faire grimper le chômage à près de 7% à mesure que l'emploi se contracte.

UNE REPRISE EN PAUSE

Ces mêmes pressions se répercutent désormais sur l'ensemble de l'économie. L'Allemagne, première économie de la zone euro, a enregistré une croissance de 0,3% en glissement trimestriel au premier trimestre, prolongeant ainsi la modeste reprise amorcée l'hiver dernier. Toutefois, les données de l'Institut allemand de recherche économique (DIW) montrent que cette reprise s'essouffle face à la hausse des coûts énergétiques et à l'incertitude croissante.

"L'escalade géopolitique frappe l'économie allemande à un moment où une reprise dynamique commençait tout juste à se dessiner", a indiqué mercredi Geraldine Dany-Knedlik, responsable économique au DIW. Berlin a déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, les ramenant de 1% à 0,5%.

Des responsables européens ont averti que la prolongation du conflit au Moyen-Orient accentuait les pressions budgétaires et économiques dans toute la région. Mikko Spolander, directeur général du département économique du ministère finlandais des Finances, juge qu'une résolution rapide est essentielle pour limiter les dommages économiques, avertissant que le choc pourrait aggraver les pressions budgétaires.

"Les risques à la hausse pour l'inflation et les risques à la baisse pour la croissance se sont tous deux intensifiés", a déclaré jeudi la BCE dans un communiqué.

Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
Source: Agence de presse Xinhua
Retournez en haut de la page