Cessez-le-feu: quels désaccords persistent entre l'Iran et les Etats-Unis ? (REPORTAGE)
Alors que le fragile cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran touche à sa fin, l'incertitude plane à nouveau sur l'avenir du Moyen-Orient. La situation instable dans le détroit d'Ormuz, brièvement rouvert puis refermé par l'Iran, a accentué cette instabilité.
Cet épisode met en évidence les désaccords profondément enracinés concernant l'accès maritime et les questions nucléaires, laissant présager des tensions qui pourraient rester vives à court terme.
VA-ET-VIENT A ORMUZ
A la suite du cessez-le-feu au Liban, un foyer de tensions majeur au début de la trêve entre les Etats-Unis et l'Iran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré vendredi que le détroit d'Ormuz était entièrement ouvert à tous les navires commerciaux.
Le président américain Donald Trump a salué cette initiative, mais a souligné que le blocus naval américain contre l'Iran resterait pleinement en vigueur jusqu'à ce que l'accord entre Washington et Téhéran soit "achevé à 100%".
A peine un jour plus tard, le quartier général central iranien de Khatam al-Anbiya a annoncé la reprise d'un contrôle strict sur le détroit d'Ormuz, accusant Washington de violer le cessez-le-feu et de "poursuivre ses actes de banditisme et de piraterie sous le prétexte du blocus".
La marine du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne a ensuite confirmé que le détroit d'Ormuz resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis lèvent leur blocus naval sur cette voie navigable, avertissant qu'aucun navire ne devait quitter son mouillage dans le golfe Persique ou le golfe d'Oman, et que toute approche du détroit serait considérée comme une "coopération avec l'ennemi" et ciblé en conséquence.
Suite au revirement de Téhéran, M.Trump a convoqué samedi matin une réunion dans la salle de crise de la Maison Blanche consacrée à l'évolution de la situation dans le détroit et aux négociations avec l'Iran. La réunion aurait réuni le vice-président JD Vance, le secrétaire d'Etat Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et d'autres hauts responsables.
"Il (l'Iran) ne peut pas nous faire du chantage", a déclaré M. Trump lors d'un événement à la Maison Blanche.
DIFFERENDS MAJEURS
Le 11 avril, l'Iran et les Etats-Unis, sous la médiation du Pakistan, ont tenu une série de négociations intenses à Islamabad, mais aucune avancée majeure n'a été réalisée. Le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, qui dirigeait la délégation de Téhéran, a déclaré que des progrès avaient été accomplis, mais que les deux parties restaient très éloignées sur des questions clés.
D'après les déclarations des deux parties et les informations relayées par les médias, les Etats-Unis et l'Iran ont récemment échangé leurs points de vue sur trois questions clés, mais des divergences importantes subsistent.
Premièrement, le sort de l'uranium hautement enrichi de l'Iran reste en suspens. M. Trump a déclaré vendredi que les Etats-Unis travailleraient avec l'Iran pour le retrait de son uranium enrichi. CNN, citant des sources informées, a rapporté que Washington était prêt à débloquer 20 milliards de dollars d'avoirs iraniens en échange de la remise par Téhéran de ses stocks, une proposition rejetée par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, comme étant "impossible".
Deuxièmement, le désaccord persiste quant au droit de l'Iran à enrichir de l'uranium. Vendredi, M. Trump a affirmé que l'Iran avait accepté de suspendre son programme nucléaire pour une durée indéterminée, une affirmation démentie par un haut responsable iranien anonyme lors d'une interview accordée à CNN le lendemain. Parallèlement, des sources américaines proches des négociations précédentes ont indiqué que Washington avait proposé une suspension de 20 ans des activités d'enrichissement de l'Iran, tandis que Téhéran avait riposté en proposant une pause de cinq ans, une proposition que les Etats-Unis n'ont pas acceptée.
Troisièmement, les tensions restent vives concernant la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. Un responsable américain a déclaré samedi au Wall Street Journal que l'armée américaine se préparait à arraisonner et éventuellement à saisir des pétroliers et des navires commerciaux liés à l'Iran dans les eaux internationales dans les jours à venir. Le même jour, un haut responsable américain a déclaré à Axios que sans avancée diplomatique, les combats entre les deux parties pourraient reprendre d'ici quelques jours.
Malgré les contacts et les efforts de médiation en cours, les divergences fondamentales entre les Etats-Unis et l'Iran restent sans solution, rendant peu probable un accord rapide, selon les analystes.








