Les alliés européens résistent à l'appel de Trump pour une mission militaire dans le détroit d'Ormuz (PAPIER GENERAL)
Plusieurs pays européens, ainsi que l'Union européenne (UE), ont exprimé lundi leur réticence, voire leur opposition, à l'appel du président américain Donald Trump en faveur d'une mission militaire visant à garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d'Ormuz.
Insistant sur la nécessité de solutions diplomatiques et mettant en garde contre une nouvelle escalade régionale, les dirigeants européens ont souligné que le conflit actuel ne devait pas se transformer en mission de l'OTAN, ni entraîner le continent dans une guerre plus large.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a exclu toute participation militaire à la protection des pétroliers dans le détroit, soulignant que l'OTAN était une "alliance de défense" et non une "alliance d'intervention".
Il a déclaré que l'Allemagne ne participerait à aucune mesure militaire visant à garantir la liberté de navigation tant que le conflit se poursuivrait, ajoutant qu'aucun concept opérationnel viable n'avait, jusqu'à présent, été présenté pour une telle mission.
Ses propos ont été repris à Bruxelles par la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas. A l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du bloc, elle a indiqué que les Vingt-Sept n'étaient pas disposés à étendre leur mission navale existante en mer Rouge, "Aspides", au détroit d'Ormuz.
"Nous travaillons à des solutions diplomatiques pour le détroit d'Ormuz", a dit Mme Kallas, ajoutant : "Ce n'est pas la guerre de l'Europe".
Pour sa part, le ministre portugais des Affaires étrangères Paulo Rangel a assuré que son pays "n'est pas et ne sera pas impliqué dans ce conflit". Il a également rejeté les menaces de l'administration Trump à l'égard des membres de l'OTAN qui refuseraient de soutenir Washington, estimant qu'elles ne méritaient "absolument aucune réaction".
Son homologue italien Antonio Tajani a lui aussi exprimé des doutes, soulignant que les missions existantes telles que "Aspides" (mer Rouge) et "Atalanta" (Corne de l'Afrique) étaient principalement conçues pour des escortes défensives et des opérations de lutte contre la piraterie, ce qui rend difficile leur extension au détroit d'Ormuz, une zone à haut risque.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a indiqué que Londres travaillait avec ses alliés à un "plan viable" pour rétablir la liberté de navigation, tout en précisant qu'"il ne s'agira pas - et il n'a jamais été envisagé qu'il le s'agisse - d'une mission de l'OTAN".
Ces positions prudentes surviennent dans un contexte de frictions visibles avec Washington. M. Trump a récemment critiqué le Royaume-Uni dans une interview accordée au Financial Times, affirmant que Londres "n'a pas voulu venir" lorsqu'une aide a été demandée pour la première fois et qu'il n'avait proposé des navires qu'après la réduction du "niveau de danger".
En Europe du Nord et de l'Est, les ressources limitées et les priorités stratégiques ont largement pesé dans les refus. La ministre finlandaise des Affaires étrangères Elina Valtonen a déclaré que son pays disposait de "très peu de ressources supplémentaires" et que le détroit n'est pas une "priorité absolue".
Le ministre suédois de la Défense Pal Jonson a également indiqué que la priorité stratégique de son pays demeurait les régions septentrionales.
Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a confirmé que la Pologne n'avait "aucun projet" de participation, tandis que la ministre bulgare par intérim des Affaires étrangères Nadejda Neynski a dit que son pays ne disposait pas des capacités nécessaires pour une telle mission.
Le radiodiffuseur public néerlandais NOS a rapporté que le Premier ministre néerlandais Rob Jetten avait indiqué que les Pays-Bas n'envisageaient pas actuellement de participer. "Pour l'heure, toute mission dans le détroit d'Ormuz nécessitera un apaisement des tensions dans la région", a-t-il dit lors d'un déplacement lundi à Berlin.
Selon des analystes, la pression exercée par les Etats-Unis pourrait viser à pousser les alliés européens à s'impliquer davantage. Markku Kangaspuro, directeur de recherche à l'Institut Aleksanteri de l'Université d'Helsinki, s'est interrogé sur l'opportunité pour les pays de l'OTAN d'entrer dans une guerre "lancée illégalement par les Etats-Unis et Israël".
Notant que c'est la première fois que Washington cherchait à impliquer les pays de l'OTAN dans sa guerre contre l'Iran, M. Kangaspuro a estimé que cela suggère que les Etats-Unis ont lancé la guerre sans réflexion suffisante. "Les répercussions n'ont pas été suffisamment évaluées", a-t-il estimé.








