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ZOOM AFRIQUE : malgré la prolongation de l'AGOA, l'incertitude politique assombrit l'avenir du commerce entre les Etats-Unis et l'Afrique

Par : 张平平 |  Mots clés : Afrique,AGOA
French.china.org.cn | Mis à jour le 25-02-2026
Agence de presse Xinhua | 25. 02. 2026

Les Etats-Unis ont annoncé au début du mois la prolongation de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA, en français : Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique) jusqu'à la fin de 2026, apportant un soulagement aux pays africains qui cherchent à développer leurs exportations vers le marché mondial. Mais cet optimisme s'est rapidement estompé, l'incertitude qui entoure la politique américaine incitant les exportateurs à renoncer à développer leurs activités.

Selon le représentant américain au Commerce Jamieson Greer, la prolongation s'applique rétroactivement à compter du 30 septembre 2025, date à laquelle le programme a expiré. Mise en œuvre en 2000, l'AGOA accorde un traitement en franchise de droits à certains produits tels que les textiles, les produits agricoles et les véhicules provenant de pays désignés d'Afrique subsaharienne. Cependant, l'incertitude quant à l'avenir de l'AGOA, les conditions politiques qui y sont liées et les politiques tarifaires américaines plus générales ont assombri les perspectives du programme.


POLITIQUE IMPREVISIBLE


Le Congrès des Etats-Unis avait initialement approuvé une prolongation de trois ans de l'AGOA. Cependant, le Sénat a amendé la loi pour la prolonger d'un an avant qu'elle ne soit soumise au président. Si cette décision a été saluée par les exportateurs africains, elle a laissé planer une incertitude sur l'avenir à long terme du commerce entre les Etats-Unis et l'Afrique.

Dans le même temps, les droits de douane américains sur les pays africains ont également compromis les avantages escomptés de l'AGOA. L'année dernière, Washington a imposé des droits de douane aux pays africains, allant de 10% pour le Kenya à 30% pour les marchandises en provenance d'Afrique du Sud. Le président américain Donald Trump a annoncé samedi dernier un nouveau droit de douane mondial de 15%, au lendemain de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis jugeant illégaux ses droits de douane généralisés, imposés en vertu d'une loi destinée aux situations d'urgence nationale.

Teddy Kaberuka, analyste économique rwandais, a jugé très contradictoire le fait que, d'un côté, les Etats-Unis imposent des droits de douane protectionnistes et, de l'autre, rétablissent l'AGOA.

Les experts ont estimé qu'un accès prévisible au marché renforce la résilience macroéconomique, car la prévisibilité permet aux gouvernements de planifier, aux entreprises d'investir et aux travailleurs d'envisager leur existence avec confiance.

"Supposons qu'un pays vise à exporter vers les Etats-Unis, que demain des droits de douane soient imposés sur ses exportations, que le lendemain une liste des pays de l'AGOA soit publiée et que le jour suivant la liste des bénéficiaires soit réduite. C'est vraiment instable", a expliqué M. Kaberuka.

"Ces changements ont une incidence sur les prévisions. Ils ne laissent aucune marge de manœuvre aux exportateurs leur permettant d'élaborer des plans à long terme pour leurs activités d'investissement", a-t-il ajouté.

Straton Habyarimana, un autre analyste économique rwandais, a affirmé qu'il "faudra du temps pour rétablir la confiance et pour que les Etats-Unis soient considérés comme un partenaire fiable" en matière commerciale.


FORME DEGUISEE DE PROTECTIONNISME


Les mesures non tarifaires américaines, notamment les normes sanitaires et phytosanitaires ainsi que les obstacles administratifs, ont eu un impact significatif et souvent restrictif sur les pays africains, entraînant fréquemment des coûts de mise en conformité plus élevés que les droits de douane traditionnels, a fait remarquer M. Habyarimana.

Il a déclaré que ces mesures constituent souvent une forme déguisée de protectionnisme, qui touche particulièrement les exportations agricoles et manufacturières. Elles obligent les exportateurs africains à investir dans des systèmes coûteux de test, de certification et de contrôle qualité, ce qui peut être prohibitif pour les petits exploitants agricoles et les petites et moyennes entreprises.

Il a noté que les secteurs agricoles tels que le café, le cacao et les fruits sont soumis à des limites strictes en matière de résidus de pesticides et à des normes rigoureuses en matière d'aflatoxines, tandis que les règles d'origine et les normes du travail pour les textiles et les vêtements constituent des barrières non tarifaires importantes pour des pays tels que le Lesotho, le Kenya et Maurice.

De plus, M. Kaberuka a souligné que l'impact de l'AGOA n'est "pas vraiment significatif pour l'Afrique, compte tenu du volume des exportations".

"Si l'on examine le volume des exportations de l'Afrique vers les Etats-Unis, on constate qu'il n'a pas augmenté autant qu'il aurait dû, ce qui signifie que l'impact de l'AGOA n'est pas vraiment significatif compte tenu du volume global des exportations", a-t-il précisé.

"C'est pourquoi les Américains peuvent aujourd'hui se permettre d'ajouter des pays à la liste des bénéficiaires éligibles ou d'en retirer d'autres. Cela n'a pas d'effet majeur sur leur économie, car le volume des exportations est minime, sans parler de la nature des exportations vers le marché américain. Il s'agit vraiment d'une petite échelle", a poursuivi M. Kaberuka.

En ajoutant ou en retirant des pays de la liste, le gouvernement américain peut également promouvoir son programme politique en tirant parti de l'AGOA. Pour bénéficier de cette loi, les pays doivent répondre à des critères de gouvernance et démontrer leur engagement en faveur des politiques économiques exigées par Washington.

Ceux qui ne remplissent pas ces critères peuvent être privés de leurs privilèges. Par exemple, le Gabon, le Niger, la République centrafricaine et l'Ouganda ont tous été retirés de la liste des pays éligibles à l'AGOA à partir de janvier 2024 pour des raisons politiques. Washington a également menacé d'en retirer l'Afrique du Sud en raison de son alignement politique avec la Russie et l'Iran, ainsi que de l'affaire portée par Pretoria devant la Cour internationale de justice en 2023, accusant Israël de génocide à Gaza.


EFFORTS DE DIVERSIFICATION DES MARCHES


Face à l'incertitude qui plane sur l'avenir de l'AGOA, les analystes estiment que les pays africains doivent renforcer leurs échanges intra-africains afin d'atténuer la volatilité des marchés internationaux.

Les pays du continent s'efforcent de tirer parti des possibilités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui englobe un marché de 1,4 milliard de personnes. Lors du sommet de l'Union africaine qui s'est tenu les 14 et 15 février, les dirigeants ont renouvelé leurs appels en faveur d'une accélération de l'intégration continentale par le biais de la ZLECA, soulignant son rôle central dans la promotion du développement durable et de la transformation économique à travers l'Afrique.

"Le marché africain est suffisant en soi si les pays africains parviennent à accroître leurs échanges commerciaux entre eux. Nous avons des pays riches en ressources naturelles, des pays riches en pétrole, en minerais. Nous avons toutes les ressources nécessaires. Une fois que les pays auront harmonisé leurs politiques commerciales, le commerce intra-africain devrait constituer la prochaine frontière à franchir pour le développement des pays d'Afrique. C'est la voie à suivre", a recommandé M. Kaberuka.

Concernant la coopération avec la Chine et d'autres pays du Sud global, M. Kaberuka a souligné qu'elle a déjà un impact significatif sur les flux commerciaux, tant au niveau des exportations que des importations.

A la fin de l'année 2024, la Chine était le premier partenaire commercial de l'Afrique pour la 16e année consécutive, et la croissance du commerce bilatéral a continué de s'accélérer en 2025.

Selon les données publiées par l'Administration générale des douanes de Chine, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont atteint 314,4 milliards de dollars de janvier à novembre 2025, soit une hausse de 17,8% en glissement annuel, dépassant pour la première fois la barre des 300 milliards de dollars. Sur ce total, les importations chinoises en provenance d'Afrique se sont élevées à 112,7 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,2% en base annuelle.

La Chine mettra en œuvre des mesures de tarification zéro sur les importations en provenance de 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques à compter du 1er mai, une initiative qui démontre le soutien indéfectible de la Chine au développement indépendant de l'Afrique.

Oryem Henry Okello, ministre d'Etat ougandais chargé des Affaires internationales, a déclaré que cette mesure intervient à un moment crucial, alors que les droits de douane sont de plus en plus utilisés à l'échelle mondiale comme moyens de pression économique. "Cela devrait faire la différence dans la promotion de l'industrialisation de l'Afrique. De nombreux produits africains sont à la recherche de nouveaux marchés", a-t-il poursuivi.

"La politique de tarification zéro de la Chine offre une solution alternative appropriée aux exportateurs africains pour compenser les droits de douane américains", selon M. Habyarimana, qui a ajouté que cette politique devrait augmenter les volumes d'exportation et stimuler les investissements locaux.

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Source: Agence de presse Xinhua
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