Des experts chinois ressuscitent une station de pompage avec de la ferraille dans une ferme bissau-guinéenne (REPORTAGE)
Dans la ferme de Carantaba, dans le nord-est de la Guinée-Bissau, les canaux d'irrigation se sont tus d'un coup, suite à une panne de la station de pompage. Sous la chaleur sèche de la saison, des rizières ont commencé à pâlir, la terre à durcir.
Cette coupure d'eau menace d'autant plus la récolte que Carantaba a une autre mission : produire des semences de riz pour le pays. Ici à Carantaba, les semis sont échelonnés. Les plus anciens, mis en terre le 10 janvier, entrent dans une phase clé du tallage, gourmande en eau. Les plus récents, semés le 2 février, viennent à peine de lever et n'ont pas encore développé de système racinaire solide.
Luis Fombe, technicien de la ferme, font les cent pas autour du groupe électrogène. Le moteur diesel démarre, mais l'ensemble vibre fortement ; de l'autre côté, l'alternateur ne réagit pas, l'aiguille du voltmètre reste à zéro et les pompes ne se mettent pas en marche.
"Ici, trouver des pièces d'origine, c'est presque impossible. Même si l'on commande, le temps que ça arrive, les plants n'attendent pas", s'inquiète-t-il.
A court de solution, il se tourne finalement vers la mission chinoise d'assistance technique agricole basée dans la région de Bafata (centre). Deux mécaniciens, Liu Qingguo et Deng Changchun, ne tardent pas à partir pour Carantaba avec une machine à souder et des équipements de test.
Après examen sur place, ils découvrent des problèmes au niveau de plusieurs segments : production électrique, transmission, conduite d'eau. Pour remettre la station en service, il faut démonter, réparer section par section, puis réassembler un ensemble qui n'a plus de pièces de rechange disponibles.
Dans la salle des machines, une meuleuse d'angle déchire le silence, avec des étincelles qui jaillissent puis retombent sur le sol. Accroupi près des raccords de la pompe, M. Deng compare les dimensions : l'interface d'une pièce de substitution "ne tombe pas juste", ce qui pourrait provoquer de violentes vibrations entravant l'aspiration de l'eau. Faute de composant adapté, les deux techniciens décident d'usiner sur place : couper, ajuster, tester, recommencer.
Lorsque les raccords finissent par s'emboîter, un nouveau problème apparaît : la modification décale l'alignement et "pousse" la conduite hors de sa position. M. Liu, fort de plusieurs années de travail dans le pays, tranche : "On coupe, on ressoude". Sous une chaleur de près de 40 degrés, la sueur coule le long de la protection du visage. Après des heures, un assemblage de tuyaux usés et de pièces de fortune recompose enfin un circuit complet.
M. Liu appuie sur le bouton de démarrage. Le groupe électrogène gronde à nouveau. Quelques minutes plus tard, la pression ouvre la vanne du canal principal : l'eau revient dans les conduites, puis se déverse vers les parcelles assoiffées.
Le responsable de la ferme, Fonseca Saqui, serre la main des deux mécaniciens : "On n'avait pas de pièces de rechange. Vous avez réussi à le remettre en état à l'aide de ferraille, et ça marche. Merci !"
La Chine envoie des experts agricoles dans le pays depuis 1998. Zheng Junjie, chef de la 12e mission chinoise d'assistance technique agricole en Guinée-Bissau, rappelle qu'au total, douze équipes et plus de 240 experts se sont succédés pour apporter une coopération en matière d'assistance agricole dans plusieurs régions, dont Bafata, Gabu et Oio.
"L'objectif n'est pas seulement d'aider à produire, mais de transmettre des méthodes", souligne-t-il. Selon lui, l'équipe a déjà contribué à sélectionner 54 variétés de riz adaptées aux conditions locales et à produire plus de 30.000 kilogrammes de semences au cours des deux dernières années.
Alors que la fête du Printemps (Nouvel An chinois) approche, période de retour au pays pour beaucoup, les neuf membres de la mission chinoise ont choisi de rester sur le terrain. Devant le canal de nouveau animé, M. Zheng sourit : " Pour ceux qui travaillent la terre, voir l'eau revenir, c'est meilleur que des raviolis du Nouvel An".








