share

Un ordre mondial en cours de destruction et le risque américain au centre des débats à Munich (LEVER DE RIDEAU)

Par :  |  Mots clés : MSC,Europe,USA
French.china.org.cn | Mis à jour le 13-02-2026
Agence de presse Xinhua | 13. 02. 2026

Le rapport intitulé "En cours de destruction" (Under Destruction), publié à l'occasion de la 62e édition de Conférence de Munich sur la sécurité (MSC) qui débutera vendredi en Allemagne, tire la sonnette d'alarme sur le ravage de l'ordre international "à coups de boule de démolition".

L'administration américaine y est désignée comme "le plus important des démolisseurs", un des termes clés du rapport qui révèlent la préoccupation générale des Européens face aux Etats-Unis, un pays devenu "méconnaissable" à leurs yeux.

Dans le premier chapitre de ce rapport, sont énumérés les coups portés par "le plus important des démolisseurs" contre les piliers de l'ordre international d'après-1945 : retraits et réductions budgétaires dans de nombreux cadres multilatéraux, imposition de droits de douane dits "réciproques" aux partenaires commerciaux, projet d'acquisition du Groenland, enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro...

Les auteurs du rapport de la MSC y voient une approche subversive à l'égard de la coopération multilatérale, un abandon du soutien à une économie mondiale ouverte et au libre-échange, un mépris des principes fondamentaux du droit international et, "le plus choquant, peut-être", un rejet de certaines des normes les plus essentielles du système d'après-1945, notamment l'intégrité territoriale et l'interdiction du recours à la menace ou à l'emploi de la force contre d'autres Etats.

D'où vient ce "recalibrage complet" de la politique étrangère américaine, selon l'expression du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio ? "Parce que l'ordre existant avait cessé de servir les intérêts américains", "le système actuel de gouvernance mondiale est devenu un handicap plutôt qu'un atout pour la politique étrangère américaine", estime le rapport.

Ce que Washington qualifie de "recalibrage" est néanmoins largement perçu comme une entreprise bien plus radicale : une attaque généralisée contre les principes fondamentaux de l'ordre international, ajoute le rapport, qui souligne que les opposants à cette politique destructrice américaine redoutent qu'elle ne sape la capacité de la communauté internationale à relever les défis les plus graves de l'humanité et n'ouvre la voie à un monde privilégiant les riches et les puissants.

"UN RISQUE PLUS GRAVE QUE L'AN DERNIER"

Evoquant l'évolution actuelle de la politique étrangère américaine, les personnes interrogées dans la quasi-totalité des pays du G7 et du BRICS perçoivent désormais les Etats-Unis comme un risque plus grave que l'an dernier, selon l'Indice de sécurité de Munich (MSI), la référence annuelle publiée dans le rapport de la MSC.

"Cette situation confirme une tendance déjà perceptible dans l'édition précédente du MSI suite à l'élection de Donald Trump, où la perception de la gravité du risque américain avait fortement augmenté", note le rapport.

Dans la plupart des pays, les gens considèrent désormais davantage de pays comme des menaces qu'ils ne le faisaient l'année dernière, selon les résultats du MSI. "L'évaluation des Etats-Unis est particulièrement frappante : dans tous les pays sondés, les personnes interrogées considèrent les Etats-Unis comme une menace plus importante que l'an dernier", souligne le rapport.

"LES EUROPEENS SONT CONTRAINTS A REAGIR"

Le "détachement" des Etats-Unis d'avec l'Europe est une préoccupation que la MSC ne peut ignorer.

Pour la plupart des Européens, les Etats-Unis sont aujourd'hui méconnaissables et les signaux changeants de Washington ont aggravé le sentiment d'insécurité en Europe et contraint les Européens à réagir, indique le rapport.

Ces derniers avaient choisi une prudente "coexistence défensive" transatlantique, tentant de s'accommoder d'une administration américaine afin d'éviter tout conflit ouvert, estime Cui Hongjian, directeur du Centre d'études sur l'Union européenne et le développement régional à l'Université des langues étrangères de Beijing.

Cependant, ce mode d'interaction montre clairement que la confiance mutuelle transatlantique a atteint un niveau historiquement bas, plaçant l'Europe dans une situation difficile et un dilemme, a-t-il ajouté.

Selon le rapport de la MSC, les récentes confrontations au sujet du Groenland suggèrent quant à elles que la stratégie d'accommodement de l'Europe pourrait atteindre ses limites : "les dirigeants européens doivent accepter cette réalité et agir en conséquence", en faisant preuve d'un plus grand courage politique et d'une pensée innovante tant dans la communication que dans la prise de décision.

Des termes assez forts pour jeter les bases d'une confrontation idéologique totale avec la Maison Blanche à Munich, comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
Source: Agence de presse Xinhua
Retournez en haut de la page