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ZOOM AFRIQUE : Les restrictions de voyage américaines créent des incertitudes pour les supporters sénégalais des Lions au Mondial 2026

Par :  |  Mots clés : Sénégal,foot,Mondial2026,supporters,visa,USA
French.china.org.cn | Mis à jour le 02-02-2026
Agence de presse Xinhua | 02. 02. 2026

Au Sénégal, la préparation du Mondial 2026 ne se joue pas seulement sur les pelouses. Dans les ministères, les fédérations et les comités de supporters, une même question revient : comment faire voyager la ferveur des Lions de la Teranga jusqu'aux tribunes américaines, alors que les conditions d'entrée aux Etats-Unis se durcissent ?

A Dakar, des responsables et supporters redoutent un scénario où l'équipe nationale serait privée d'une partie de son public habituel. Entre incertitudes administratives et barrières budgétaires, l'enjeu dépasse la simple logistique : il touche à la place des supporters dans la fête mondiale du football, et à la capacité des pays africains à se projeter, comme ils l'ont fait ces dernières années, sur les grandes scènes internationales.

DES PREPARATIFS ENGAGES MAIS SOUS CONTRAINTES

Selon la ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye, interrogée vendredi par Xinhua, les préparatifs du pays ont commencé tôt. Elle a indiqué avoir engagé des échanges avec des représentants diplomatiques au Canada et aux Etats-Unis, "durant même la période" de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), afin d'examiner les possibilités de convoyer des supporters depuis le Sénégal. "Mais les conditions sont difficiles et draconiennes", a-t-elle constaté.

Signé le 16 décembre dernier par le président américain Donald Trump, un décret visant à suspendre l'entrée sur le territoire américain des ressortissants de plusieurs pays dont le Sénégal, menace d'exclure les supporters sénégalais de la Coupe du monde 2026, co-organisée avec le Canada et le Mexique du 11 juin au 19 juillet.

Mme Gaye a souligné que, dans le contexte actuel, le dispositif ne pourra pas reproduire automatiquement l'ampleur observée lors de la CAN au Maroc. "Au Maroc, nous avons mobilisé au minimum 700 supporters par match", a-t-elle rappelé.

Malgré l'introduction du "FIFA PASS", présenté comme un mécanisme de facilitation consulaire pour les détenteurs de billets, l'incertitude demeure pour de nombreux supporters sénégalais. Les voyageurs étrangers venant aux Etats-Unis pour le tourisme, y compris pour assister aux matchs, doivent disposer de documents requis. Toutefois, il est à noter que ce dispositif de rendez-vous priorisés ne constitue pas une garantie d'obtention de visa.

Au-delà de l'incertitude administrative, le facteur budgétaire s'impose déjà comme un premier filtre. Entre le prix d'un billet d'avion long-courrier, les frais d'hébergement et le coût des tickets de matchs, le budget total pour un tel déplacement peut représenter, pour de nombreux ménages africains, l'équivalent de plusieurs mois de revenus.

COLERE, INQUIETUDE ET PROFESSIONNALISATION DES COMITES

A Dakar, la ferveur pour le Mondial 2026 se manifeste déjà par petites touches : des maillots des Lions s'affichant sur des étals, et des adolescents s'entraînant sur des terrains de quartier en parlant du Mondial comme d'un rendez-vous naturel. Mais, derrière cet élan, la perspective d'un voyage vers les tribunes américaines se brouille.

Au sein des supporters, la déception se mêle à une forme d'incompréhension. Djibril Guèye, président d'Allez Casa, groupe de supporters du Sénégal, a dit ne pas comprendre qu'un pays hôte puisse limiter la possibilité pour des fans d'accompagner leur équipe. "Une Coupe du monde, c'est une fête", a-t-il insisté, estimant que la présence des supporters fait partie intégrante du spectacle et du soutien moral aux joueurs.

Deux supporters interrogés localement expriment un malaise similaire, avec des sensibilités différentes. Abou Soumaré, amateur de football, a dit avoir été "abasourdi" par les restrictions et a appelé la FIFA à renforcer le dialogue avec les autorités concernées, au nom de l'esprit de fraternité associé au tournoi.

Oumar Camara, supporter sénégalais, a de son côté mis en avant un acquis récent. "Les supporters africains sont maintenant bien organisés avec des comités de supporters. Ils ont pris l'habitude de se déplacer pour les grands tournois", a-t-il dit, craignant que des entraves répétées ne découragent ces dynamiques de mobilisation.

Au fil des années, des comités de supporters se sont structurés, avec des règles internes, des mécanismes de collecte et un encadrement plus strict, précisément pour rendre les déplacements plus crédibles et mieux maîtrisés. Dans ce contexte, les restrictions de visas ne constituent pas seulement une difficulté individuelle, elles pourraient aussi fragiliser un dispositif collectif construit peu à peu.

PROBLEMATIQUES QUI DEPASSENT LE SENEGAL

Le Sénégal n'est pas un cas isolé. A l'instar des Lions, les Eléphants de Côte d'Ivoire pourraient également faire face à des tribunes clairsemées. Selon le décret présidentiel américain, la Côte d'Ivoire est aussi sur la liste des pays participants à la Coupe du monde soumis à des restrictions d'entrée aux Etats-Unis.

Ange Thio, coach football ivoirien, a estimé que la décision américaine était "absurde". "Il ne faut pas confondre le sport avec la politique. Le sport reste le sport, le football reste le football, et la politique reste la politique", a-t-il souligné, "si les Etats-unis ont la charge d'organiser une Coupe du monde, il faudrait que tous accompagnent".

"Aller jouer un match de football sans aucun supporter, c'est franchement compliqué", a exprimé Souleymane Ouattara, supporter ivoirien, appelant des pays africains à boycotter cette Coupe du monde.

Pour le Sénégal et ses voisins, les restrictions de voyage américaines provoquent des incertitudes pour des supporters à se rendre sur place aux Etats-Unis pour soutenir leurs équipes. Certains se tournent déjà vers le Canada ou le Mexique, tandis que d'autres espèrent des clarifications rapides, avec le risque que le "douzième homme" soit moins présent dans les tribunes qu'à l'accoutumée.

Après tout, le football est une passion partagée par le continent africain. Comme l'a souligné le coach ivoirien Ange Thio, "Lorsqu'une équipe nationale part jouer une Coupe d'Afrique ou une Coupe du monde, c'est tout un pays qui se déplace".

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Source: Agence de presse Xinhua
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