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RDC : à Uvira, la vie reprend, mais la guerre n'a pas lâché prise (REPORTAGE)

Par : 张平平 |  Mots clés : RDC,conflit,Rwanda,Burundi
French.china.org.cn | Mis à jour le 16-12-2025
Agence de presse Xinhua | 16. 12. 2025

Des rues sont de nouveau balayées, quelques commerces rouvrent prudemment et les habitants réapparaissent peu à peu dans l'espace public. A Uvira, ville stratégique de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la vie quotidienne recommence à bouger, tandis que l'issue du conflit qui l'a récemment frappée demeure incertaine.

Uvira, qui avait servi de chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu (est) avant d'être passée mercredi dernier sous le contrôle du Mouvement du 23 mars (M23), s'est réveillée dans un contexte d'escalade plus large qui a déplacé les combats vers le sud de la province et au-delà, ravivant les craintes d'une instabilité accrue le long des principaux axes humains et commerciaux.

La reprise des activités, confiée par des habitants à Xinhua, relève moins d'un retour de confiance que d'une mise à l'épreuve : celle de savoir si le calme peut durer.


UN RETOUR PRUDENT


Tôt le matin, quelques jours après que la rébellion du M23 a affirmé s'être emparée de la ville, des groupes d'habitants sont sortis dans plusieurs quartiers pour nettoyer les routes principales, balayer les rues et dégager les débris laissés par les récents combats. Ces opérations de salubrité ont constitué l'un des premiers signes visibles d'un redémarrage prudent de la vie publique.

"C'est la première fois que nous sortons depuis les affrontements", a expliqué Ndugu Bahambwe, habitant du quartier Kalundu, un balai à la main. "Nous avions peur, mais nous voulons aussi montrer que la vie doit continuer".

Selon lui, ce nettoyage visait à préparer une éventuelle reprise des activités économiques dès la semaine prochaine, "si la situation reste calme".

Cette prudence dépasse les craintes individuelles. Carrefour commercial majeur du Sud-Kivu, Uvira joue un rôle clé dans les échanges transfrontaliers avec le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie et l'Ouganda, notamment pour les denrées alimentaires, le carburant et les minerais. Toute instabilité dans cette ville se répercute bien au-delà de ses limites.

Ce sentiment se retrouve dans l'ensemble de la ville. Si l'atmosphère est plus calme que les jours précédents, la prudence domine les routines quotidiennes, en particulier à la tombée de la nuit. De nombreux commerces restent fermés, les transports publics fonctionnent au ralenti et la plupart des habitants ne sortent que pour l'essentiel.

De jour comme après la tombée de la nuit, ce retour progressif s'opère sous une forte présence des rebelles. Des combattants du M23 sont déployés autour de sites clés et postés aux principaux carrefours.

"La ville fonctionne à nouveau, mais sous surveillance", ont confié des habitants à Xinhua. Des impacts de balles et des véhicules endommagés demeurent visibles dans certains quartiers, rappelant à quel point la violence a récemment bouleversé la vie quotidienne.

"Il y a du calme, oui, mais un calme fragile", a résumé Marie, commerçante au marché central d'Uvira, qui espère rouvrir la semaine prochaine. "Nous pensons qu'il est temps de retravailler, mais nous attendons de voir comment la situation évoluera et si la sécurité va réellement durer".


UN RETOUR FAUTE D'ALTERNATIVE


La reprise à Uvira intervient dans un contexte de dynamiques conflictuelles toujours non résolues au Sud-Kivu.

Ces dernières semaines, les combats entre l'armée congolaise et le M23 se sont étendus à plusieurs territoires de la province, provoquant le déplacement de plus de 500.000 civils, dont plus de 100.000 enfants, selon l'UNICEF, et perturbant fortement l'activité économique.

Située sur les rives du lac Tanganyika et à proximité immédiate de la frontière burundaise, Uvira occupe une position particulièrement sensible : le contrôle de la ville influe directement sur les mouvements de population, les routes d'approvisionnement et les flux transfrontaliers.

L'incertitude quant à la suite du conflit pèse davantage sur les comportements civils que toute déclaration officielle de retour au calme. Pour beaucoup, revenir ne traduit pas un acte de confiance, mais une nécessité.

Aganze Aristote, qui avait fui Uvira pendant les combats, a raconté que sa famille avait perdu l'essentiel de ses biens en fuyant sous les tirs. "Nous avons tout abandonné en courant", dit-il. Après avoir appris que la zone avait été sécurisée, il a décidé de reprendre son activité. "Quand nous avons fui, la vie est devenue très difficile. Nous ne savions pas où aller. Je suis revenu et j'ai rouvert pour que les enfants ne meurent pas de faim".

Munyasole Yve a fait un choix similaire. "Là où nous étions partis, nous risquions de mourir de faim," a-t-il expliqué. "L'argent s'est épuisé et les autorités locales ne pouvaient pas aider tout le monde. Nous n'avions pas d'autre choix que de revenir".

L'instabilité a également affecté les ressortissants étrangers.

Avec l'entrée des forces du M23 à Uvira, les autorités burundaises ont fermé mercredi dernier la frontière avec la RDC pour des raisons de sécurité. Dimanche, un passage limité et exceptionnel d'une journée a été autorisé, à l'issue de consultations entre le M23 et les autorités burundaises, permettant à des centaines de ressortissants burundais bloqués dans le Sud-Kivu de regagner leur pays depuis Uvira.

A la frontière, une longue file d'attente s'étirait à perte de vue. Sous un soleil écrasant, des personnes visiblement anxieuses attendaient leur tour, portant sur la tête ou sur les épaules des ballots enveloppés de tissu, souvent l'ensemble de leurs biens, la sueur ruisselant sur leurs visages.

Parmi elles, Fulgence Ndaizehe, ressortissant burundais, a déploré : "Nous travaillions à Uvira. Mais vu la situation, nous avons décidé de rentrer au Burundi".


APPELS AU CALME, INCERTITUDE PERSISTANTE


Alors que les habitants testent prudemment un retour à la normale, les nouvelles autorités cherchent à projeter une image de stabilité.

Samedi dernier, Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, s'est adressé à des groupes de jeunes dans plusieurs quartiers, appelant au calme, à la discipline et à la coexistence pacifique. Il a exhorté la jeunesse à éviter la violence, les pillages et les représailles, soulignant que les habitants eux-mêmes, en particulier les jeunes, joueraient un rôle central dans la stabilisation de la ville.

Vendredi dernier, lors d'un point de presse au Conseil de sécurité des Nations Unies, le secrétaire général adjoint aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a averti que la RDC faisait toujours face à une crise sécuritaire et humanitaire profonde, les civils en payant le plus lourd tribut.

Il a estimé que la récente offensive du M23 dans le Sud-Kivu avait "ravivé le spectre d'un embrasement régional aux conséquences incalculables", évoquant un "risque sérieux" de fragmentation accrue à mesure que le conflit se régionalise.

Des analystes et des sources locales ont également averti que la perte d'Uvira pourrait, à terme, ouvrir un corridor vers le sud-est de la RDC, y compris la province du Haut-Katanga, région économique clé. Des affrontements ont par ailleurs été signalés plus au sud, dans les territoires de Baraka et de Fizi, situés dans la province du Sud-Kivu.

Pour de nombreux civils, cependant, la confiance dépendra moins des discours que de la capacité du calme à s'installer dans la durée.

"Nous voulons croire que la semaine prochaine sera meilleure", a confié un médecin du centre d'Uvira. "Mais ici, nous avons appris à rester prudents".

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Source: Agence de presse Xinhua
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