share

Grands Lacs d'Afrique : l'élan diplomatique de Paris bute sur la méfiance (PAPIER GENERAL)

Par :  |  Mots clés : RDC,Nord-Kivu,M23,conflit,Paris
French.china.org.cn | Mis à jour le 31-10-2025
Agence de presse Xinhua | 31. 10. 2025

Présentée comme une nouvelle impulsion diplomatique pour la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs africains, notamment pour résoudre la crise sécuritaire et humanitaire dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la conférence internationale à Paris s'est tenue jeudi dans un climat feutré, bien loin de la grande mobilisation initialement envisagée.

Malgré des initiatives qui se veulent ambitieuses, la conférence de Paris s'est heurtée à la complexité d'un conflit qui perdure depuis des décennies. Les médiations se multiplient, mais les bons offices avancent à pas lents, freinés par la poursuite des combats et l'absence de confiance mutuelle.

UNE PARTICIPATION EN DECA DES ATTENTES

C'est pourtant un sommet d'envergure qui avait été envisagé. La liste des invités comptait une centaine de personnalités, parmi lesquelles plusieurs chefs d'Etat africains, impliqués dans la crise en RDC, au cœur de l'agenda de cette rencontre.

Au final, seuls deux dirigeants africains ont fait le déplacement, à savoir le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et le président du Conseil des ministres du Togo, Faure Gnassingbé, désigné en avril dernier par l'Union africaine en tant que médiateur de la crise dans les Grands Lacs.

La plupart des pays étaient représentés par leurs ministres ou par des envoyés spéciaux, dont le Rwanda, l'autre acteur central de la crise, représenté par son chef de la diplomatie, Olivier Nduhungirehe.

"L'ensemble de la région des Grands Lacs voit ressurgir un conflit qui s'immisce dans toutes les communautés, des deux côtés des frontières congolaises, rwandaises, burundaises et ougandaises", a reconnu le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans son discours d'ouverture de jeudi. Une phrase qui a résonné comme un constat lucide : la crise est désormais régionale, mais la réponse politique reste fragmentée.

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a livré à Paris un message empreint de gravité : "Ce n'est pas seulement une crise congolaise, c'est une crise régionale. Et osons le dire, c'est un échec collectif de la communauté internationale à garantir la paix et la dignité humaine, là où elles devraient être des droits fondamentaux".

DES ANNONCES SPECTACULAIRES ET DES REACTIONS MITIGEES

Lors de la conférence, le président français Emmanuel Macron a annoncé la mobilisation d'une aide internationale de 1,5 milliard d'euros (environ 1,74 milliard de dollars) destinée à répondre à l'urgence humanitaire, alors que seulement 16% du plan de réponse humanitaire 2025 pour la RDC, évalué à 2,5 milliards de dollars, ont été financés à ce jour.

"Je suis fier d'annoncer que vous avez collectivement mobilisé plus de 1,5 milliard d'euros d'assistance pour les populations les plus vulnérables", a déclaré le chef de l'Etat français, promettant l'envoi de médicaments et de nourriture, ainsi que la prochaine réouverture de l'aéroport de Goma aux vols humanitaires et la mise en place de couloirs sécurisés d'aide.

Situé dans la province du Nord-Kivu, cet aéroport se trouve aujourd'hui sous le contrôle du M23, qui en a fait l'un de ses bastions.

Mais l'annonce, censée marquer une victoire symbolique, a suscité un accueil pour le moins mitigé, chacun y allant de sa propre lecture.

M. Nduhungirehe a sèchement rappelé que "l'aéroport de Goma est aux mains des autorités du M23". "Ce n'est pas ici à Paris qu'on peut faire rouvrir un aéroport".

Quelques heures plus tard, le M23 a réagi en qualifiant cette décision prononcée par le locataire de l'Elysée "d'inopportune, déconnectée de la réalité du terrain et prise sans consultation préalable". Le mouvement a en outre accusé certains "lobbys humanitaires" d'exploiter la détresse des populations.

Face à ces critiques, M. Barrot a tenu à préciser que l'initiative s'inscrivait dans une continuité diplomatique. "Cette conférence internationale a été l'occasion d'accélérer les discussions sur ce sujet (la réouverture de l'aéroport de Goma), qui vont se poursuivre dans le cadre de la médiation qatarie, avec une impulsion nouvelle qui aura été donnée ici, depuis Paris".

La réouverture de l'aéroport "se fera uniquement sur autorisation des autorités congolaises et uniquement pour des vols humanitaires qui seront effectués en journée", a précisé le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya.

LES LIMITES DE LA DIPLOMATIE FACE A LA REALITE DU TERRAIN

En annonçant une aide humanitaire massive et la mise en place de couloirs sécurisés, Paris a affirmé vouloir appuyer les initiatives diplomatiques déjà en place. Mais la conférence a surtout mis en lumière l'écart grandissant entre les discours et la réalité, dans un contexte où la confiance entre les acteurs reste fragile.

M. Barrot a reconnu que "la réponse humanitaire ne fait pas tout", tout en assurant que "la France continuera d'appuyer les processus de paix conduits par Washington et Doha". Deux cadres parallèles, celui de Washington et celui de Doha constituent aujourd'hui les principaux canaux de bons offices entre Kinshasa, Kigali et le M23.

Pourtant, sur le terrain comme dans les chancelleries, la méfiance s'installe. M. Muyaya a estimé que "les discussions qui se tiennent à Doha aujourd'hui précèdent la mort du M23 dans sa forme actuelle". "Même le Qatar, qui a la culture de conduire des médiations difficiles, est étonné du spectacle que lui offrent les officiels congolais. C'est simplement ahurissant", a réagi Benjamin Mbonimpa, l'un des principaux négociateurs du M23 à Doha, où Kinshasa et le M23 ont signé, en juillet et début octobre, une déclaration des principes et un mécanisme de vérification du cessez-le-feu, respectivement.

Dans le même temps, de nouveaux affrontements ont éclaté dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, où les rebelles du M23 ont repris le contrôle de la localité stratégique de Ndete, selon les médias locaux.

Sur le plan humanitaire, la situation demeure alarmante. Selon les Nations Unies, plus de 2,4 millions de personnes ont été déplacées depuis janvier 2025, portant à près de six millions le nombre total de déplacés internes. Près d'un million de Congolais ont trouvé refuge dans les pays voisins, tandis que 27 millions de personnes sont aujourd'hui menacées par la faim.

Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
Source: Agence de presse Xinhua
Retournez en haut de la page