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Le "réel inexorable" politique et financier de la France après la chute du gouvernement Bayrou

Par : 王栋 |  Mots clés : France, gouvernement, vote de confiance
French.china.org.cn | Mis à jour le 09-09-2025
Agence de presse Xinhua | 09. 09. 2025

Le gouvernement français dirigé par le Premier ministre François Bayrou a été renversé lundi après son échec lors d'un vote de confiance à l'Assemblée nationale que le désormais chef d'un gouvernement démissionnaire avait lui-même sollicité, ouvrant une nouvelle page de l'instabilité du pays.

"Vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement, mais vous n'avez pas le pouvoir d'effacer le réel", a affirmé M. Bayrou devant les députés quelques heures avant sa chute. Il a averti que "le réel" restera "inexorable" après lui. En effet, depuis la dissolution parlementaire en juin 2024, les observateurs de la France peuvent s'accorder à dire que le pays est confronté à de multiples défis bien réels et compliqués.


"POLITIQUE MALADE"


"La politique est malade des certitudes, des lignes rouges, des ultimatums et des alliances contre nature. Et pendant que la politique s'enferme dans ses certitudes, la France étouffe. Elle étouffe du blocage permanent", a dénoncé dans l'hémicycle ce lundi Gabriel Attal lors de sa prise de parole en tant que chef de file du camp présidentiel.

Contraint de démissionner de son poste de Premier ministre après les élections législatives anticipées, il est sans doute le mieux placé pour faire ce diagnostic de la politique française. Son successeur, Michel Barnier, n'a duré que trois mois face à une nouvelle assemblée fracturée en trois blocs : gauche, centre et extrême-droite. La même représentation nationale qui a voté ce lundi contre la confiance de François Bayrou, qui a pris le relai de Michel Barnier il y a moins de neuf mois.

Au total, 364 députés ont voté contre, 194 pour et 15 se sont abstenus. Les députés qui ont voté contre étaient pour la plupart issus des deux côtés de l'échiquier politique, mais aussi du "socle commun" sur lequel M. Bayrou tout comme son prédécesseur s'appuyait pour gouverner. Le président français Emmanuel Macron "prend acte du résultat du vote des députés" et recevra M. Bayrou mardi "pour accepter la démission de son gouvernement", selon l'Elysée.

Un nouveau Premier ministre sera nommé "dans les tous prochains jours", a assuré l'Elysée, alors que le Rassemblement national (RN) réclame une nouvelle dissolution après-Bayrou. De l'autre côté, La France insoumise (LFI) va déposer mardi une motion de destitution du chef de l'Etat, un scénario jugé peu plausible par la majorité des observateurs. M. Macron lui-même a affirmé qu'il exercerait son mandat présidentiel "jusqu'à son terme".

Alors que LFI appelle au départ du président pour "débloquer la situation", le mouvement social "Bloquons tout" se déclenchera dès mercredi, faisant écho aux Gilets jaunes au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron.


FINANCE PUBLIQUE EN "URGENCE VITALE"


Fin août, M. Bayrou a annoncé qu'il solliciterait la confiance de l'Assemblée nationale pour valider son diagnostic sur la gravité du problème du surendettement de la France. Ce vote serait une "épreuve de vérité" sur "la question dont tout dépend, la question d'urgence vitale dont notre pronostic est engagé, (...) la question de la maîtrise de nos dépenses, la question du surendettement", a annoncé M. Bayrou devant les députés qui ne lui ont finalement pas accordé la confiance.

A la mi-juillet, M. Bayrou a présenté un plan pluriannuel pour rééquilibrer les comptes publics français avec l'objectif de réaliser 43,8 milliards d'économies et de ramener le déficit à 4,6% du PIB en 2026. Des mesures comme la suppression des deux jours fériés ont été considérées comme inacceptables par l'opposition mais aussi dans l'opinion publique. Un "bon plan" qu'un Premier ministre "lucide et courageux" a "longuement préparé" avec ses ministres, a indiqué le président français dans une interview publiée à la mi-août. Néanmoins, ce plan budgétaire pouvait susciter une motion de censure parlementaire devant faire tomber M. Bayrou, comme ce fut le cas pour le gouvernement précédent, ont jugé des observateurs durant l'été.

Selon les chiffres officiels, la dette de la France représente aujourd'hui plus de 3.300 milliards d'euros, soit 114% du PIB, et son remboursement va peser de plus en plus lourd dans le budget du pays. En 2024, le déficit public français s'établit à 169,7 milliards d'euros, soit 5,8% du PIB, après 5,4% en 2023 et 4,7% en 2022. Cependant, les règles de l'Union européenne prévoient que les Etats membres s'engagent à maintenir leur déficit au-dessous de 3% du PIB et leur dette publique à un niveau inférieur à 60% du PIB.

"La France ne va pas faire faillite demain, le risque est plutôt celui d'un étranglement progressif sur le long terme", estime Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, cité par Les Echos. Il s'est dit inquiet de voir que le coût croissant de la dette risquait de peser sur l'économie française.

L'agence de notation Fitch révisera la note de la France vendredi. Une dégradation à un simple A est envisagée par des analystes, ce qui marquerait un tournant historique pour le pays. "Ce ne serait pas la fin du monde de passer en simple A, mais ça enterrerait une époque. Avant la crise financière de 2008, la France était triple A", souligne Anthony Morlet-Lavidalie.

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Source: Agence de presse Xinhua
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